mercredi 8 septembre 2010

Propriétaire qui peut (2)

Bon, on a vu hier, si t’as bien tout lu mon billet doux, comment au pays de la révolution en marche, du progrès social tout azimut, du sain régime populiste façon Simon Volibar revu et corrigé Ludo Vachez, notre Saigneur et Maître, les riches salauds qui profitaient jusque-là d’un bien propre en toute catimini, pour soi tout seul, sans partager avec une populace pourtant méritante, même aussi feignassière qu'un cul de nonne, allaient bientôt connaître l’allégresse de l’immobilier communautaire, comme autant de Soviétiques, Chinetoques et Cubanos avant eux.
On a vu, donc, mais j'ai pas tout dit, pas du tout dévoilé le plus beau, espécialement pour toi et consorts, l'étranger qui vise à l'expat sous les tropiques, celui qui y croit encore, grâce aux bonnes âmes qui commercialisent à fond de tramway les casbahs locales en exploitant tes rêves de cocos fraîches et de salopes écartelées sous la couette, ou grâce aux bondieuseries socialisantes des tordus qui ensemencent la planète web de leur loghorrée tronquée d'un paradis volibarien alter-mondialisé – même résultat malgré le topo aux antipodes du cuistre vendeur de vent –, donc grâce à tous ces trouducs qui tendent leurs perches merdeuses aux naïfs en mal de soleil et/ou de gauchisme à deux balles, des troupeaux bêlants d'Européens en tongues et peau rougie continuent d'affluer, et c'est à eux tout exprès que je vocifère ma salace verbeuse du jour.
Alors permets-moi de t'en remettre une couche sur la propriété privée, un addendum, j’ai la verve collée au clavier que ça va pas traîner.

Passque le truc drôlatique, le point d'orgue crémeux, le pompon du bonnet de bain, c'est qu'ils ne seront pas les seuls, ceusses de Vételgeuse, à boustifailler de la compote pour communautaires, à connaître les joies d’une rédemption salvatrice qui finira de jeter le pays dans une qualité de vie inégalée et unique au monde... Les extranjeros, les gringos, les expatrios, eux aussi, devront y passer, à la case paupérisation pour ta salubrité perso, dépouillement pour le bien de l’État, qui redéfinira les priorités et, soyons-en sûrs, qui saura comment redistribuer les largesses en fonction du mérite de chacun.
Faut dire que jusqu’ici, à Vételgeuse, et c’est ce qui faisait les choux gras de tous ces revendeurs de camelote immobiliaire estampillés blogueurs patentés pour mieux rassurer le quidam dubitatif sur la gratuité de leur entregent, jusqu'ici, donc, le simple touriste tout juste débarqué de son deltaplane à prix discount, pouvait séance tenante s'enfiler dans la première notaria venue pour finaliser l'acquisition d'une terrasse face mer dans la région côtière, c'est plus sympa la plage que les piranhas qui te courent au cul sur les bords du Rénoque ou les truands assoiffés de pèze qui gangrènent l'Eldorado guyanais.
C'était l'époque bénie, sacrée, immortelle, où après la notaria te restait plus qu'à signer tes papelards au Registro du coin pour devenir PROPRIO dans les Caraïbes... ça jette un max tu conviendras, et surtout ça beurrait méchant les arepas farcies au caviar de tous les enviandés expatriés qui n'ont rien trouvé de mieux pour survivre ici que d'encommissionner salement leurs propres congénères.

L'étranger débarquait donc la gueule enfarinée, souvent alpagué déjà par messages subliminaux distillés savamment ici ou là sur Routard, Voyageforum ou Pigeonvole.com... et pan ! il signait tout-à-trac son patacaisse de contrats notariaux avant de pénétrer d'un peton timide dans le patio de SA maison rien qu'à lui, le top du top du bonheur de vivre pour le Shadok moyen ou le Schleu en retraite. Facile, rapide, pas cher, l'investissement du siècle, les gars, c'est promis par monts et par vaux, juré sans simagrées les yeux dans les yeux, t'as qu'à seulement croire, on te dit, la funeste réalité locale qui te mettra des trémolos dans le regard dès que t'entendras le nom de Vételgeuse ce sera pour plus tard, maintenant t'as qu'à profiter, alors profite !
Seulement voilà... Le Grand Mufti, dans son inénarrable clairvoyance australopithèque, il a bien réalisé qu'il pouvait pas collectiviser les autochtones et laisser batifoler les gringolitos dans leurs mares à putasses privées. Alors il a dit STOP les gars ! Maintenant, fini de rigoler, remontez les braguettes c'est du sérieux... Pour acheter à Vételgeuse, dorénavant, faut au minimum montrer son carton jaune de Résident bien intégré, ce qui, si t'as un peu suivi le cursus de mes nuits blanches, est devenu quasi impossible, même en soudoyant à gauche et à droite. Or pour obtenir le fameux césame, la cédula précieuse qui te donne libre accès au socialisme grimpant du Grand Chef Illuminé, faut un séjour légal de 5 ans. Autant dire que les touristes ambitieux chargés de rêves exotiques jusqu'à la gueule peuvent toujours aller se rhabiller comme ils peuvent chez Emaüs.

Disons-le tout net, ceux qui connaissent la nouvelle mesure ont maintenant le sourire aussi crispé que celui du chat qu'on encule, mais tous les autres, et ils sont foison sur place et sur le Net – les emmanchés vendant des turnes continuant d'œuvrer comme si de rien n'était (soit ils savent rien et leur bêtise crasse n'a d'égale que leur incompétence, soit ils savent et jouent sur le fait que l'étranger, une fois passé à la notaria et délesté de son gniaf, ne constatera que trop tard que la case Registro lui est fermée à tout jamais) –, tous ceux qui savent pas, donc, l'auront aussi profond qu'un ténia ventousé dans le grêleux, et ils auront beau essayer de repasser par le Start, la seule prime qu'ils toucheront jamais sera celle de la vaseline...
Evidemment, si les étrangers non-Résidents ne peuvent plus acheter au pays, ils peuvent plus vendre non plus... CQFD ! Et là faut dire un truc un peu méchant, mais tristement vrai: que ceux qui pensent faire larmoyer l'administration volibarienne en arguant du fait que leur achat était légal à l'époque et qu'ils devraient donc pouvoir revendre en toute légalité aujourd'hui se la carrent dans l'oignon: ils n'en ont rien à braire, les partisans du Sachem. De ça comme de rien d'autre, d'ailleurs, c'est pas du favoritisme.
D'abord, c'est pas l'habitude locale, de prendre en considération toutes les jérémiades des cas particuliers de tout et de rien. L'idée qui prévaut ici, si tu sais pas, c'est démerde-toi seulement c'est pas notre problo et les vaches seront bien gardées. Ensuite, faut dire que si elle n'était pas appliquée jusqu'ici, la loi qui t'empêche de posséder en rond si t'es pas légalisé du bled, elle existait déjà avant. Donc c'est retour à l'envoyeur. Et même encore mieux: puisque t'avais pas le droit d'acheter à l'époque, tout ça est nul et non avenu et ce qui était à toi est donc maintenant à nous... Et parions que tous les glandus sans cédulas qui font tamponner tous les trois mois leur passeport à l'aéroport pour faire croire qu'ils sont sortis du pays et revenus avec un nouveau droit d'entrée mais qui vivent en toute tranquillité dans une villa paradisiaque s'en vont pas tarder à remettre les clefs de leur quinta rica aux envoyés spéciaux du gouvernement populaire...

Comme quoi, à Vételgeuse, tu peux faire comme tu veux, le prendre par tous les bouts, ça finit toujours par l'enculade, et c'est pas mes copines autochtones qui diront le contraire ;-)



A la revoyure amigos, Ton Roby.

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