vendredi 24 septembre 2010

Cubanibalisation

Tu sais qu’ici, à Vételgeuse, patrie autoproclamée du patriote Volibar le Grand, on se bricole parmi une économie qui se renferme doucettement sur elle-même, s’inflationnise dans son petit coin sans rien demander à personne. Le pognon qu’on utilise n’est reconnu nulle part, c’est du brouzouf papier maïs catégorie Monopoly pour bouseux, et celui des autres est savamment manipulé par les seules ouailles du gouvernement, qui savent comment faire le mieux pour le bien du pays – pas question que tu dollarises ou europises dans ton coin sans l’aval des dirigeants bien pensants, habilités et débilitants à diaboliser avec l’ennemi outre-révolutionniste. Videmment, y’a toujours ceux qui sont pas d’accord et qui passent par en-dessous, qui black-markettisent que c’en est une honte, des fumiers d’impérialistes, on en a déjà causé dans le poste, n’y revenons pas, c’est pas le moment.
Pour le moment, justement, le propos c’est que c’est un peu la spécialité de notre Chef Illuminé, la renfermade sur soi-même que je fais ce que je veux et si ça te plaît pas je t’emmerde. Déjà pour l’heure nationale, fin 2007, il avait gratifié le monde ébaubi de sa gargantuesque indépendance: modifié son fuseau horaire d'une demi-plombe tout seul comme un grand... L’a décidé, l’a fait. Total: la moitié de nos appareils communicants avec le monde réel et réglés automatiquement sur le fuseau horaire idoine, parmi lesquels ordinos et cellulaires, refusent toujours obstinément d’afficher l’heure exacte avec laquelle on est censés batifoler, englués qu’ils sont restés sur la bonne vieille horloge agréée par tous, moins le Grand Mufti. Avant ça l'avait déjà modifié le nom de l'État, devenu officiellement volibarien, pour ceux qui sauraient pas, puis le nombre d'étoiles du drapeau et même le sens du galop du cheval blanc des armoiries, qui file maintenant toutes voiles dehors vers la gauche révolutionnaire, tu parles si c'est historique...

Autre corollaire de l’économie estampillée Jeu de la Poste et nombrilisme salvateur, c’est que les faffes étrangers ne se bousculent pas dans les larfeuilles nationaux, et pas même plus dans ceux de la gouvernance, vu la facilité avec laquelle le Sachem distribue les deniers de l’État à l’extérieur – donc forcément en devises, vu ce que les autres en ont à foutre de nos brouzoufs locaux. Ou alors il paie en nature naphtique, le précieux or noir grâce auquel on n’est pas encore larvés dix mille pieds sous terre, mais que ça ne va pas traîner vu que là aussi c’est en veux-tu en voilà à n’importe quel clampin un tantinet dans le besoin d’énergie vitale, c’est une question d’image, le Chef doit la jouer on est une nation forte et éclairante, la preuve, on te file du pétroléo gratos ou à prix coûtant, même dans les banlieues défavorisées ricaines, histoire de bien montrer comme la Revolucccióóón est tellement meilleure que la merdasse capitaliste. Aux dernières news, le Mufti, l’aurait décidé de vendre du pétrole à 50$ le baril aux Chinetoques alors que le prix du marché avoisine les 75$... Sûr, c’est pas comme ça qu’on va gauffrer du dollar...
Ce qui est rigolo tout plein, dans l’affaire, c’est qu’à Vételgeuse ça se saurait si un quelconque gniace savait faire autre chose de ses dix doigts que décapsuler des bières pisseuses, brancher le 5000 watts de sa chignole, engrosser des gamines et embâfrer des empanadas farcies à l’huile saturée. Du coup, forcément, faut importer de là où les mecs se sortent un peu plus les pouces du cul pour produire de quoi becqueter plus tout le reste. Mais pour leur acheter, à ceux-là, tu sais quoi ? Faut des devises, bonhomme... comme j’te l’dis. Emmerdant, pas vrai ? Et comment qu’on va faire, alors ? Déjà qu’on aide pas les touristes à venir s’installer, qu’on exproprie à tour de bras, qu’on nationalise à hue et à dia, c’est tout ça de monnaie étrangère qui nous sort des poches...
Tiens ! hier, je lisais dans le canard que les compagnies de téléphonie mobile, qui forcément roamisent avec l’étranger, n'allaient pas tarder à nous couper le jus par faute de paiement. Et l’Internet devrait suivre vu que les serveurs, tu parles, risquent pas d’être hébergés ici, y’a pas assez d’électroche pour bien faire... Aussi, ma femme m'a dit, je savais pas vu ce que ça m'intéresse, que ça fait des mois qu’y a plus ni pommes ni poires au supermercado, ou même au marché... forcément, les centrales d’achat ne payant plus les fournisseurs étrangers, en l’occurrence le Chili, ben a sont plus livrées, les centrales révolutionnaires, on leur fait la gueule... marre de fournir du matos sans être payés, les affreux voisins capitalistes... Mais qu’on se rassure: y’a toujours les kalaches et les Migs tout neufs, à Vételgeuse, commandés à prix d’or chez nos nouveaux amis d’outre-communisme, c’est d’ailleurs bien là qu’on reconnaît notre ancien para de Président: tout dans la milice, la police et l’armée, y’a que ça de vrai pour durer, les mecs !

Enfin bref, je vais pas m’épiloguer sur le système économico-risible de Vételgeuse, tu connais, t’ai déjà dis et tu t’en bas l’œil. Non, là où que je voulais en venir, c’est que comme tu sais, il paraîtrait que l’homme est un animal social, d’après certains, et qu’y fait pas toujours bon rester qu’entre soi, ça limite le champ d’action. Donc faut s’associer, l’union fait la force et toutes ces choses. Fallait donc bien trouver un partenaire pour faire joujou dans le bas à sable révolutionnaire. Et c’était tout trouvé, communauté d’idées et ceci-cela, suffisait de se tourner vers les Enfumés du Cigare, ceux-là même que les cochons de gringos n’ont pas hésité à tenter d’encochonner à leur tour au fond de la baie, mais ça n’a pas trop bien marché, paraît. Rapprochement obligé, d’ailleurs, vu que c’est justement de là-bas que vient pour meilleure partie le fabuleux modèle de Revolucccióóón que connaît Vételgeuse.
Certaines mauvaises langues parlent d’ailleurs d’une cubanibalisation vitesse grand V.
Ça a commencé par les toubibs, que le Sachem a importés via des programmes spéciaux d’aide au développement médical, because semblerait que les médicastres autochtones avaient quand même de la peine à assurer, ce face à quoi je ne dis rien, d’ailleurs, pour une fois, t’as qu’à me relire. Pis ça a été le tour des militaires, les gradés, que le Chef a collé dans son armée sans demander son avis au pueblo, pis les dirigeants de son parti, pis les politiciens à sa botte. Au point que ça a même un peu gueulé, mais pas trop fort, faudrait vexer personne, que c'était pas trop sain de mettre toutes les manoilles de commande entre des mains amies, certes, mais étrangères... mauvais procès, jalousie, méchanceté gratuite... c’est quand même une bonne action, pas vrai, tous ces travailleurs immigrés recrutés généreusement pour leur éviter la boat-pipolisation direction Florida...
À côté de ça, le Grand Dirigeur, toujours avec l’aide de ses amis Castrés, est aussi en train de mettre en place à l’échelon national tout un système sécuritaire informatisé, manière soviétique – contrôle des communications et tutti quanti –, à faire pâlir d’envie Zorglub en personne. Pareil pour le tout nouveau service nationalisé des registres immobiliers et des impôts: appareillage acheté au Panama et installé par les Fidélisés. Que du bonheur... à t’en saucer la platée même après la vaisselle !
Dernier épisode en date de la copie-conforme que le Grand Manitou opère avec l'île embargottisée: la création d'une révolutionnaire carte de rationnement alimentaire, nommée pompeusement Cédula de buen vivir... fallait oser quand même, quel sacré sacripant que ce Chef-là...

Alors comme tu vois, l’économie locale à de qui tenir, à Vételgeuse. Or ce qui me plaît bien, dans l’histoire, chuis d'un naturel moqueur, et si tu lis la presse tu vois où je veux en venir, c’est que le système dont on parle ici, boycotté par les Néandericains depuis 1962, pas rien qu'une paille, est non seulement en voie d'extinction chez les cousins – belle lurette que les Soviétiques ne sont plus de ce monde et que les Chinks ont vendu leur économie aux démons friqués de la planète –, s'essouffle y compris sur son terrain d'origine, c'est pas moi qui le dis mais son Batonnier Castré en retraite, Fidèle à lui-même mais clairvoyant pour une fois (original ici pour les puristes). Même si deux jours plus tard il a révisé sa copie, sans toutefois nier le fond du propos, il a quand même affirmé que son fameux modèle qui fait la nique à Bamaland depuis 50 balais n'était non seulement pas exportable, mais surtout plus viable, même chez lui... tout un programme ! Sans doute qu'avec l'âge le pauvre vioque se dit qu'il aurait pu mieux faire, et que ça risque de valser pour son matricule au Jugement dernier...
Bon, soit dit en passant, ça va pas mieux du côté jovial de l'économie, me fais pas dire ce que je veux pas dire... C'est crise partout, banques en ruine, États surendettés jusqu'au trou de balle, heureusement renfloués par les... banques ! Planche à biffetons quand tu nous tiens... N'empêche qu'au Paradis du Cigare et du Rhum Club, ça catapulte dans les hautes sphères du retour en arrière que seul le Sachem de Vételgeuse a pas dû s'en rendre compte. On pourrait même parler d'une révolution capitaliste sans avoir l'air plus grotesque qu'un volibarien essayant de faire croire que les élections de dans 2 jours ne seront pas truquées...
Non, sérieux, regarde le projet: Raulito, frérot du Fido-boulettes à casquette vert-glauque, voudrait déplacer un demi-million d’employés de l’Etat vers le secteur privé, c'est déjà entériné par la Centrale des travailleurs. Et à terme, supprimer un million et demi d'emplois dits "superflus", soit le quart de la population active... Raisons officielles du dégraissage: système à bout de souffle, inefficacité, productivité insuffisante, indiscipline et manque de motivation des salariés... D'après un analyste cité chais plus où, les gens ne foutent rien dans les burlingues, les interruptions de courant sont pléthore, la production agricole et industrielle est en plein effondrement et 80% des denrées consommées dans le pays sont importées. Et si ça ne te rappelle pas quelque chose, viens donc faire un tour du côté de chez Swann !
Quant au fameux carnet de rationnement des denrées de première nécessité cher à notre Lider Volibaro, le Libreta, il est en passe d'être supprimé et compensé par une hausse des salaires. En clair, on va libéraliser l'économie et reconvertir les travailleurs, des listes de licenciés circulent déjà dans les entreprises. Les autorités parlent de les diriger vers des firmes étrangères installées dans le pays, de les encourager à créer leur propre négoce. En gros, accroître le secteur privé... Je rêve !

Et sur le tarmac de l'imbécillité décidément atavique, qui c'est-y qui restera scotché comme un trisomique à son plafond ? Ce serait-y pas notre Ludo Vachez national que le monde libéré des entraves de l'esclavage moderne nous envie ?
Enfin moi, ce que j'en dis... Tu me connais, à part une paire d'air-bags à l'avant et à l'arrière du châssis, j'en ai pas grand chose à braire... C'est pas ma dulcinée callipyge qui dira le contraire, pas vrai ma Gaby ?



Allez, je te salue bien bas mon amigo. Ton Roby.

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