J’en ai une joliette rien que pour toi, ça va te plaire. Pis sinon tant pis, de toute façon je raconte.
Donc voilà. Tu sais, tu te rappelles – ou peut-être pas, alors je te rafraîchis – que notre Mufti national, à Vételgeuse, dans son formidable élan de révolutionnade inspirée, avait décidé, y’a quelque temps, en 2007, ou chais plus, mais on s’en fout, d’offrir à sa populace une grandiose Réforme pour changer tout un tas de merdasseries dans la société – indépendance des médias, liberté des communications, limitation du nombre de mandats du Chef Suprême, j’en passe et des pas mûres – qui faisaient que c’était pas encore tout à fait un pays libéré des entraves de cet ignoble impérialisme qui gangrène la planète.
Malheureusement pour lui, au Vénérable, son peuple était tellement rongé par des siècles de tradition obscuranteuse qu’il alla voter non à ladite Réforme, pourtant généreusement proposée par le Guide, qui attendait au minima d'être récompensé de sa bonté populiste… Tu vois le truc ? On croit rêver ! Sans blague, gars… pas d’accord, les bouseux ! Délire complet chez les pouilleux… les ouailles se rebellent, renvoient le Chef dans les cordes… la Réforme, y veulent pas… Non mais foutre, se dit le Grand Sachem, faudrait voir à respecter un peu la volonté du Simon Volibar, bande de petits chiasseux ! Ma Réforme, tu vas te la prendre en suppositoire s’il le faut, mais tu vas te l’enfiler bien profond, ou je ne m’appelle plus Ludo Vachez…
Alors séance tenante, ni une ni deux, l’a passé quand même sa Grande Réforme, Mufti Ier. Décrets présidentiels à tour de manivelles, l’a vérolé tous ses petits articles réformateux bien malgré tout que les autochtones n’en voulaient pas, pauvres sbires, qui savent pas tout ce qu’est mieux pour leur bien… M’en vais les aider un 'tit peu à sortir de la gadoue, j’leur dois bien ça, qu’a dit l’Enluminé. Alors pour commencer, j'vais déjà m’autoriser la réélection sans limite, même si c’est pas permis dans le code, passque comme ça j'pourrai les aider encore plus longtemps à faire leur bonheur malgré eux.
Bon, alors maintenant on en est là, que le Réforme refusée est passée quand même, en toute légalité, légitimité, lubricité (sodo à temps complet, c’est encore meilleur par où ça passe), vu que c’est le Chef lui-même qui a œuvré, et qu’il a été voulu, élu, applaudi, choisi, boulonné pour l’éternité par le peuple soi-même, c’est le principe de la démoctature.
Pourtant… y’a quand même un truc… kèkchose qui coince aux entournures dans le moral du Gros Rouge qui fâche, une ‘tite lichette de changement qu’il n’a pas encore bien pu coulisser glorieusement, passque justement, après enquête, il a vu que c’était ça qu’avait tellement effrayé la bêtasse populace au point que toute la Sainte Réforme avait été recrachée à la sortie des urnes… Alors videmment, sur le sujet, le Patron, maintenant, il y va en douceur… cherche a pas vexer ses brebis adorées, faudrait pas qu’elles prennent une attaque, les pauvres chéries, une crise de foi qui renverrait aux gogues tout le travail déjà effectué, tout ça par un malencontrueux malentendu révolutionnaire.
Passque bien sûr, comme nous on sait, vu qu’on est éclairés, le Chef il fait tout bien pour le bien de son Peuple, mais celui-ci, étriqué du bulbe par des siècles de savante ignorance orchestrée par les oligarques tout puissants jusque-là, il le sait pas, lui, et du coup il pourrait prendre ombrage de cette putain de suppression de la propriété privée que putain comment je vais bien pouvoir faire pour pas que ça se remarque trop ?
Mais là faut que je te dise un truc, que je digresse pour t’explicationner.
Passqu’ici, sur Vételgeuse, mais pas seulement ici, c’est partout autour pareil au même, du Labrador à la Terre de feu, la propriété privée c’est sacré. Les mecs ont des bicoques en torchis, mais ils sont chez eux… On touche pas les billes du voisin… D’accord, ici ça vit les uns sur les autres et ça se mélange à tout va, c’est pas comme en Ricanerie, où un clampin se fait écarteler tout vif s’il a la mauvaise idée de mettre ne serait-ce qu’un doigt de pied en éventail sur un gazon qu’est pas le sien, mais l’idée est la même: l’absolutisme devant la propriété, et ça se respecte. C’est pas comme chez nous, en vieille Europe, travaillée encore en loucedé par ce bon vieux droit romain qui distingue la possession de la propriété.
Là, bon, je vais pas te faire un cours sur les Usus, Fructus et Abusus, mais si tu sais pas, c’est ça qui permet des trucs aussi louches que l’usufruit, ou quand un mec usus d’un fructus même si ce dernier n’est pas à lui. Si ça te passe au-dessus du cigare, retiens seulement que c’est grâce à de si vaseuses notions de droit flouteux qu’un pauvre type qu’a peiné toute sa vie pour se payer un petit appart’ afin d’assurer ses vieux jours peut pas foutre dehors une saloperie de locataire qui paie pas son loyer. Le sale mec en question usus d’un fructus, il en a donc légalement une forme de possession, même s’il n’en est pas le proprio à proprement parler. Tu vois la torvitude du truc…
Bref, n’épiloguons pas sur le sujet, ça va fâcher les rougeauds qui trouvent que tout ce qui est aux autres est aussi à eux, loi logique aussi imparable que naturelle, t’as qu’à voir comment un clebs se laisse piquer son os quand il a décidé que c’était le sien…
Non, ne politisons pas le débat, on a autre chose à foutre pendant les rares heures où on peut gambader sur Internet entre les coupures de courant alter-mondialiste. Mais le truc à retenir, c’est que sur le continent où qu’est plantée Vételgeuse, la propriété c’est sacré, point barre ! De là, quand le Réformateur a annoncé à son peuple ébaubi que dorénavant y'aurait plus de proprios et que tout allait devenir collectif, manière kolkhoze, pour le Saint Partage des biens de chacun envers tout le monde, les gueules se sont allongées jusque sur les grolles et la Réforme balayée à grands coups de lattes dans le cul.
Du coup, le Grand Patron s’est demandé comment il allait pouvoir faire pour continuer à dispenser son formidable élan révolutionnaire à une population aussi récalcitrante que ça en devient franchement désobligeant, allez donc seulement aider les peigne-culs ! Comment sucrer la propriété privée, en d'autres termes exproprier les gniaces qui sont chez eux, sans que les bouseux viennent me gonfler les burnes à grands coups de casseroles jusque dans mon palais présidentiel ?
Alors Réforme impensable ? Mission impossible ? Oui, peut-être en théorie, mais c’était sans compter l’inénarrable pugnacité du Sachem, sa magnifique abnégation populaire et son sens inné de la manipe désintéressée que j’en lacrime rien qu’à y penser.
Malinois comme pas deux lorsqu’il s’agit d’enculer les foules qui en redemandent, il a donc décidé d’œuvrer selon deux axes, et ça marche super bien, m’en vais t’exposer:
- Définitions. La propriété privée, on garde, puisque vous faites chier, mais on redéfinit les termes.
- Conditions. La propriété privée, on garde, puisque vous faites chier, mais on y colle des conditions.
D’abord on y va discrétos, on prépare le terrain, on joue sur les mots, on fait rien de trop musclé – la cavalerie ce sera pour plus tard, il sera toujours assez tôt de resserrer les boulons. Une fois redéfinis les termes, posées les conditions, on drastiquera poco à poco, et sans même t’en rendre compte tu feras joujou dans un kolkhoze à faire pâlir d’envie Staline, Mao et Castro réunis. C’est-y pas trop beau pour être vrai au paradis révolutionnaire ?
Maintenant que je t’ai dévoilé de quoi y retourne, j’en viens à mon sujet. Panique pas, bonhomme, j’en n’ai plus pour longtemps, pis si ça te fatigue tu peux toujours retourner chez Greg pour lire des jolies choses sur Vételgeuse et surtout qui te filent pas trop le bourdon.
Donc hier, je rencontre une copine qui s’appelle Marielys, mais tu t’en fous comme de l’an quarante j’imagine bien. Sauf que Marielys elle m’en raconte une bien bonne que je m’en vais te raconter à mon tour passqu’elle illustre bien les billevesées ci-avant incluses.
Marielys, elle a dans les cinquante balais bien sonnés, cinq mouflets, une tante handicapée à charge, une cousine pas handicapée mais à charge quand même, deux ou trois sœurs à charge aussi, et elle vit comme tout le monde dans une maisonnette avec tout sa tripotée de sangsues qui font du bruit et qu’en foutent pas une rame.
Tout soudain, sa mère, qui crèche pas loin, clamse sans prévenir. Je te passe sur les explications familiales, mais c’est à elle, Marielys, d’hériter du terrain et de la cahute en terre cuite au soleil qui la chapeaute entre les barrières de cactus délabrées et les déchets à ciel ouvert, c’est la tradition par ici-bas. Une fois les formalités d’enterrement expédiées, elle s’en va donc pour nettoyer le terrain et voir comment c’est-y qu’elle va s’organiser avec sa smala de glandeurs. Et là, oh surprise ! elle trouve une espèce de gonzesse dans ses âges qui fait déjà du grand nettoyage et qui lui demande bien ce qu'elle vient foutre chez elle...
Même si selon nos critères d’êtres humains normalement constitués Marielys n’a pas forcément toutes les cases nécessaires à la comprenette de base, c’est la race qui veut ça, elle pige quand même assez vite que la drôlesse a déjà élu domicile sur ledit terrain de feue sa mère et ne compte pas liquider les lieux avant quelques générations. Comme elle n’a plus ni l’énergie ni l’envie de s’étriper avec une grosse conne, elle s’en va donc pour chez elle après quelques insultes carabinées et crachées sur voix stridentes de femelles hystériques, comme elles savent si bien faire à Vételgeuse…
Depuis ce fâcheux épisode, et malgré l’intervention des quelques mâles souffreteux de la famille, des voisins, de la mairie et de quelques flicaillons pas concernés vu le manque de dividendes projetés, la vieille salope n’a pas levé le camp et Marielys a compris qu’elle pouvait s’asseoir sur son héritage. Incidemment, elle a appris deux ou trois trucs rigolos que son Cher Président avait déjà décrété mais qu’on n’avait pas vraiment suivi, on n’était trop occupé à siroter des bières en savourant le reggaeton hurleur du voisin, bouffer des empanadas graisseuses et chercher de la margarine, de la farine et de l’huile pour nourrir les cul terreux du nid à blattes.
Premièrement, les droits de succession n’existent plus. Disparus dans les limbes de la loi révolutionnaire qui cherche a faire le bonheur de tous et pas seulement de quelques riches ordures qui vont profiter du système en se gavant de générations en générations, genre Marielys et consorts.
Deuxièmement, le pouvoir aux Communes n’est pas qu’un slogan de plus qu’on colle sur les bagnoles gouvernementales pour faire croire au peuple que c’est lui qui décide, l’est devenu réalité. Sur le terrain, c’est maintenant la Commune qui décide de tout, y compris de qui va habiter quoi, par exemple dans le cas où un mec clapote en laissant sa maison vacante. La bougresse squatteuse ayant pris Marielys de vitesse et bénéficiant visiblement d’excellentes connexions communales, elle est devenue légalement indélogeable.
Troisièmement, qu’à Vételgeuse un proprio est maintenant qualifié d’occupante. Occupant de son propre bien, certes, mais occupant et non plus propriétaire.
Deuxièmement, le pouvoir aux Communes n’est pas qu’un slogan de plus qu’on colle sur les bagnoles gouvernementales pour faire croire au peuple que c’est lui qui décide, l’est devenu réalité. Sur le terrain, c’est maintenant la Commune qui décide de tout, y compris de qui va habiter quoi, par exemple dans le cas où un mec clapote en laissant sa maison vacante. La bougresse squatteuse ayant pris Marielys de vitesse et bénéficiant visiblement d’excellentes connexions communales, elle est devenue légalement indélogeable.
Troisièmement, qu’à Vételgeuse un proprio est maintenant qualifié d’occupante. Occupant de son propre bien, certes, mais occupant et non plus propriétaire.
Là faut voir qu’on n'en est qu’au début des hostilités, à la redéfinition des termes. Viendront ensuite les conditions. Et plus tard, dans pas trop longtemps quand même, quand ces premières étapes auront été bien assimilées par la masse sodomite, on pourra préciser quelques joyeusetés finassières:
- un occupant est qualifié d’occupant s’il n’occupe pas plus de 12 mètres carrés à lui tout seul...
- un occupant sera forcé d’accepter d’autres occupants si son bien est trop grand pour lui selon la loi...
- un occupant n’est pas qualifié d’occupant si son bien est trop grand pour lui...
- un occupant ne pourra pas vendre son bien s’il y a d’autres occupants avec lui...
- un occupant sera obligé de passer par l’État pour pouvoir vendre son bien, aux conditions et prix imposés...
- un occupant pourra être délogé s’il n’est pas qualifié d’occupant selon la loi...
- etc. etc.
Heureusement, les mecs, point besoin d'être propriotte pour bien suçoter les roustiflards des étrangers en mal d'affection, ce qui devrait garantir à ces derniers, dont je suis assez satisfait d'intégrer les rangs libidineux, on ne se refait pas, de pouvoir bénéficier pour quelque temps encore des largesses culières de nos donzelles préférées ;-)
Allez, à demain, les aminches, Robert.

1 commentaires:
ouah, ça claque !
effectivement, si c'est ça la révolution, je vais encore y réfléchir (bien au chaud en europe !).
ceci étant, la misère ou la crainte du chaos ne justifie-t-elle pas ces mesures radicales ?
en france/Belgique, on ne "bénéficie" pas de ces euh..."réformes", ça n'empêche pas dupont-la-joie de "chier des barres" en hiver pour payer les factures de chauffage !
merci pour ces commentaires à la audiard (dur à suivre quant même, parfois), qui dresse l'autre portrait du venezula, peinture à l'acide et au gros pinceau..
à props, je visite mérida en février : si tu as un conseil, merci d'avance
valdo
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