mercredi 28 juillet 2010

Post-scriptum traumatique (2)

Tite lichette encore, si tu veux bien... quant à la ci-dernière joyeusade scolarisante, étant donné que je sors tout juste de ma coiffeuse, qui m’a clairci tant les idées que les douilles grâce à ses cisailles, pour les secondes, et à ses mioches pour les premières.

Or donc, pendant que ceux qui virent à l'extase en comptant leur nombre de visiteurs turbinent à innover dans la prose cultureuse, j’y étais lascivé sur son fauteuil à bascule, à ma Tibisay, et face miroir, s’il te déplaît pas, et j’y ai profité d’en flirter un doigt question apprentisseries pour lardons.
Et de lui lancer ma ritournelle comme tu sais, les A et les D à l’école, toutes ces combines du délirium révolutionnaire que c’en rigolbringue à t’en déchausser les molaires. La Tibi opine, acquiesce, confirme, colère à tout va – faut pas lui parler du Grand Sachem de trop près – et qu’est-ce-t’y j’apprends, au passage, comme ça, l’air de rien, à la sauvette, d’après toi ? Ben que c’est encore plus jouasse que j’imaginais, plus drôlatique tout plein, et, corrolaire, plus salace encore que je te contais y’a pas plus de deux ou trois jours.
Preuve qui peut, la Tibi s’en va tournicoter dans son gourbi et me sort d’une calebasse le boletín de son petit dernier, élevé à grands coups de pèze dans une scolante bien privée qui douille bonbon rien que pour passer l’entrée. Bon, perso j’y mettrais pas les doigts de pied, dans une taule pareille, catho-facho jusqu’au trou du cul, mais comme je dis toujours, quand on aime on ne compte pas, ça fait mesquin, et faut avouer que le turbin de la Tibi remplit bien ses caisses de bière, et si par ailleurs elle a le malheur de nourrir quelques ambitions pour sa marmaille, c’est vrai qu’elle a tout intérêt à raquer sec et d'ensuite pourvoyer sur Ténériffe ou autre, enfin un bled normalement constitué et doté d'écoles qui ressemblent à autre chose qu'à une étable pour pré-pubères surexcités.

Donc je zyeute le boletín du Ricardo, c’est comme ça qu’il est affublé. C’était le seul bulletin qu’elle avait, la Tibi, sur ses trois chiards, passque pour les deux autres, dans la même école mais classes différentes, un le prof n'avait pas les tampons pour tamponner, ça fait déjà deux jours de suite mais faudra revenir encore, et l’autre il avait oublié les bulletins chez lui, faudra revenir aussi. Comme elle y allait que pour ça, Tibi, et que c'est chaque fois une grosse demi-journée de perdue sous le soleil, elle était jouasse comme un enterrement de sourd-muets, te dire.
Alors voilà comment le truc se présente, un carnet de fin d'année à Vételgeuse: d’abord t’as la couverture, dont la reliure à elle seule vaudrait le détour à trois heures du mat’ en pleine nuit de Saint-Sylvestre et bourré comme un coing. Une feuille de carton bleu ciel pliée en deux et ficelée sur les côtés par un lacet de laine – bleu aussi, c’est déjà ça. Le tout est fait à la main, les trous pour la ficelle comme le reste, c’est ni droit, ni d’équerre, ni égal nulle part. Mais le bleu pâle est joli. Dessus c’est écrit (à la main aussi, et les lignes sont rigolottement parallèles à rien du tout): Ricardo Dugenou-Dugland (j’vais quand même pas t’donner le vrai blaze, vu le taux de délationnisme qui règne tout par là autour), 5to grado, Docente: Licenciada Mirtho Lardozo, comme ça se prononce ou à peu près. Le coup du «licenciada», faut savoir qu’au pays y z’aiment bien mettre ça partout, ça prouve comment t’as été bon dans tes études, au cas où un maleducado viendrait à en douter. En vrai ça donne ça:

– Bonjour, Licenciado José Maldito, ou Ingeniero Luis Montoutgro... Ça pose tout de suite le bonhomme, même quand t’as rien demandé.
Remarque, sont pas les seuls, à aimer la présentation imagée, les décérébrés autochtones (merde, pléonasme), passque j’avais une connaissance ricaine qui se présentait en tendant bien droit la main, balai dans le cul et regard direct, en disant à chaque coup:
Hello, I’m Richard, Washington DC...

Bon, à l’intérieur de la couverture du boletín susdit, une feuille pliée en trois, imprimée sur une jet d’encre dont la cartouche n’avait probablement plus été changée depuis le passage des premiers Indiens par le détroit de Béring quand il était encore glacé. Première page (y’a donc six pages vu que c’est recto-verso, faut un peu imaginer d’ton côté, j’vais pas toujours tout expliquer), première page, donc, t’as l’écusson et la titulaille nationale sur une bonne moitié, faut bien ça pour présenter ce formidable Pays du Progrès Révolutionnaire: República Volibariana de Vetelgeuse, Ministerio del Poder Popular para la Educación, et bla-bla-bla sur une demi-page. Plus bas: Boletín Informativo Básica. Año escolar 2009-2010, mais ça c’est à la main passque c’était imprimé 2008-2009 et un charitable a biffé au Bic et marqué correct à côté. Ensuite les noms, l’âge, le numéro de cédula, vital pour le suivi intrusif du futur, le représentant, le prof et tutti quanti.
Tu ouvres le volant et t’as trois paginettes verticales avec chaque fois les évaluations et observations du trimestre, du genre: « Arrive lavé le matin, sait très bien son alphabet jusqu’à B, sait parfaitement compter sur ses doigts jusqu’à 5, l’a très bien joué avec les autres dans les arbres de la cour, l’a bien foutu la paix à sa maîtresse quand elle essémessisait à ses copines, l’a bien tout recopié le tableau pour chez lui ». Passqu’ici c’est comme ça qu’on bosse: le prof asperge tout le programme au tableau en arrivant et attend sagement dans un coin que les niards aient tout recopié pour y bosser à la maison, pis y rentre chez lui tout guilleret du magnifique savoir dispensé que ça t’en donnerait la chair de poule à un professeur agrégé de la Sorbonne.
Au bas de chaque page de trimestre, toujours dans le boletín, t’as marqué la date et le tampon de l’école et les lignes pour signer, d’un côté l'instit', de l’autre le parent. Evidemment, sur les trois pages t’en as deux où la maîtresse a signé à la place du parent, faut ce qu’y faut, on est à Vételgeuse...

Au final, dernière page mais pas des moindres, t’as le Boletín de Promoción proprement dit. Là c’est la directrice de l’école soi-même qui félicite le pingouin d’avoir passé en 6° grado, año escolar 2008-2009, biffé et noté juste à la main. Daté, tamponné, signé. Le tout imprimé à la sans-encre et faut juste rajouter les données manquantes dans les espaces prévus, genre la date et le grade de l’année prochaine.
Je me tourne vers ma Tibi et lui demande comment ça se fait-y que je vois pas la fameuse lettre qui donne le niveau atteint en fin d’année, A ou B ou D, et aussi comment ça se fait-y que le bulletin ci-présent devant inclus ne mentionne QUE Promoción. En clair que t’as pas le choix de promu ou pas, genre un des deux à biffer, ou alors c'est-y qu'y a des bulletins imprimés à l’avance pour ceux qui passent et ceux qui ratent ? Mais non, qu’elle me dit Tibi, ahurie par mon ignorance gringolesque. C’est fini, tout ça. Le Suprême l’a dit lui-même, paraît, qu’y avait plus de lettres à l’école – invención del Presidente, qu'on dit.
Donc les lettres, les notes, on met plus, c’est fini. Trop discriminatoire... Alors maintenant, que j’demande à la donzelle, comment tu sais si ça passe ou pas ? Ah mais non, Roberto, t’as pas compris... maintenant tout le monde passe, c’est obligé... Tout le monde promu, hop ! En voiture Simone pour jusqu’à la Universidad, où là non plus t’as pas de prérequis chiatiques qui te laisseraient sur le carreau douze mecs sur dix. Tu bouffes tes années, promues automatiquement, pis tu passes à l’Uni sans besoin de rien d’autre que tes petites jambes pour aller jusque là, pis après t’as tes diplômes, grâce aux exas que tu réussis haut la manoille avec le prof à tes côtés qui te montre bien où faut mettre les réponses justes. Tous au même niveau, dans le même bateau... même les ceusses des scolastiques privées qui coûtent la peau du cul. C’est beau la révolution, pas ?

Alors voilà. Moi, comme j’ai toujours le vilain esprit, tu me connais, je me demande si y’aurait pas comme qui dirait une espèce de lien de cause à effet que les profs les laissent tous passer, les macaques, vu que c’est leurs parents qui vont ensuite les évaluer, rapport à la loi des Communes que je t’ai dit l’autre jour... Tu vois pas qu’un mioche passe pas son année et que son père te retourne à la maîtresse une incapableté de poursuivre sa grande carrière dans le vernissage des ongles... Chiotte ! toutes ces années d'études perdues pour si peu... autant fermer sa gueule et tout laisser passer en attendant la retraite...

Reusement qu’en cas de pépin, c'est ça qu'est bien à Vételgeuse, la maestra, pour peu qu’elle soit calibrée tout bien comme il faut, a toujours la possibilité de se reconvertir en ballerine à clins d'yeux pour étrangers esseulés, ça permet au moins de rebondir sur les fesses...



Saludos et à la proxima vez, Robby.

3 commentaires:

LoL a dit…

Un dernier commentaire avant quelques mois de pause, sinon je risque de me faire taxer de lèche-botte... ;)

Excellent article à nouveau, on se réjouit de voir la situation du pays de 20 ans, lorsque tous les petits génies auront intégré la trépidante "vie active"...

A propos de la pique lancée aux ceusses qui jubilent devant les statistiques: pourquoi tu as un compteur de visites? (bientôt 15000! tu peux préparer l'aguardiente ;)

Robert Mérou a dit…

Chiotte! la main dans le sac...
Ouais, le compteur, bof... C'est pour moi, pour savoir. Pour l'idée... de combien de zombies s'égarent par chez Mérou... La curiosité est mère de chais pas quoi, mais sans elle on en serait encore à bouffer des empanadas assis au bord de la route...
Ceci étant, je ne sauterai aucun bouchon de quoi que ce soit quand j'aurai passé les 10 millions. On peut s'informer, j'dis rien, mais faut savoir se tenir...

JL a dit…

Rob, je suis le "ceusse". Tu devrais pas mettre un lien à "ceusse", tu fais gonfler mes stats (déjà un visiteur depuis la publication de ton billet). J'en bave de joie.