T’ai déjà touché un mot de ma voisine, celle qu’a ses niards à l’école volibarienne du coin. J'la connais bien, vu que c’est une maîtresse occasionnelle, à ma greule et à moi. Vais pas te faire un dessin, on aime bien la rigolade chez les Mérous...
Donc la tribade me raconte la chouette réunion d’hier à l’école, causerie informative et diaporama instructif sur fond de pandémies tropicales.
Lors figure-toi qu’il fallait intéresser les p’tits singes et leurs géniteurs à la glauqueuse question des méchantes pipiques qui filent la dengue et le chipo. Sais pas si tu te souviens, mais y’a pas si long j’te causais de comment faire pour éradiquer les vilaines bébêtes et que fallait un minima d’attention pour endiguer le sinistre. Or on est au paradis révolutionnaire, et comme tu sais déjà, tout y est tellement rose, voire même rouge, qu'y a pas tant besoin de se démener, tout y est déjà parfait, sinon ça se saurait. On a donc devant soi une toute belle recrudescence turgescente de moustiflards de toutes sortes que c’est même pas la peine. Videmment, comme ils fumiguent plus, – trop cher, trop fatigant, trop efficace, chais pas, choisis comme tu veux –, la cause a rejoint les nombreuses autres qui se péjorent à la vitesse du mec qui court aux gogues après s'être enfilé quinze kilos de pruneaux.
Bon, y'a plus de fumigations dans les cambrousses, mais le Gros Rouge-qui-fâche n'est quand même pas si mauvais bougre que ça, vu qu'il a décidé d'informer sa populace, comme ça au moins elle saura quoi faire et ce sera déjà ça – et toujours ça que les gouverneux n'auront pas à faire, mais ça c'est moi qui rajoute. Comme avec tout le reste, le Grand-Manitou et sa clique d'engauchisés à gros braquemards montrent donc à qui veut bien sortir la merdasse de ses mirettes que moins on en fait et mieux on se porte, le tout est de savoir caresser le pueblo avec bien de la vaseloche pour éviter qu'il se cabre trop raide. Ouais, passque je t'ai pas dit, mais pour pallier le manque de fumigations, le conseil c'est donc de se rabattre sur la production du Docteur Baygon ou du Sieur Flytox, de gentils chimistes amusants dont les bombes festives s'acquièrent au prix rigolo d'une quinzaine de brouzoufs inflationnés, soit le prix d'un kilo de barbaque de qualité primera. En clair, tu prends le prix du kilo de filet de bœuf de chez toi et tu connais celui du pschit-pschit anti-dengue. Sachant que sous ces latitudes il te faut baygonniser toute la sainte journée pour éviter d'aller te pieuter le soir avec la tronche d'un elephant-man, tu calcules le budget des ménages volibariens que soutient moralement (mais seulement moralement) Tonton-Mufti.
Pas besoin de préciser que personne ne va rien gicler à la gueule des moustiques, vu que la viande, déjà, quand ils s'en paient une tranche, les autochtones, c'est de la qualité segunda, voire tercera... On s'achemine donc gentiment vers une jolie épidémie de tout ce que tu veux, et ce sera un joli pompon sur les incapacités notoires et récurrentes du Grand-Sachem à diriger quoi que ce soit dans ce bastringue.
Bon, maintenant que t'as pigé de quoi qu'on cause, passons au cœur du propos: la réunion d'hier. Comme c'est pas le sujet, je t'évite d'alourdir sur le coup de l’horaire – séance prévue à 9 heures du mat et commencée à 10 heures 30, rien de plus normal aux pays des feignasses décérébrées – pour passer direct à l'organisation de comment c'est donc que ça s'est passé.
Pour informer les morbacs locaux, on est venus à plusieurs professionnels bien informés et suréquipés, c'est comme ça qu'ils aiment bien faire, au pays, on achète du neuf tant qu'on peut avec le niaf du contribuable. Kèss tu veux, ils aiment bien montrer qu’ils sont riches et intelligents, les indigènes, que c’est un pays en plein essor et que grâce à leur merveilleux Grand-Guide ils lancent des satellites et s’occupent à construire des cellulaires et des bagnoles merdiques et pas chères.
Donc on a tout bien expliqué aux blattes toutes baubies comment fallait fumigar chez soi, ça je viens de dire, pis aussi éviter de laisser traîner des poches d’eau stagnante (bonjour les déchetteries à ciel ouvert dans les rues et les jardins qui se respectent), et laver les gamins (c'est pas trop l'habitude), et sprayer, surtout sprayer tout ce qui bouge, mais ça j'ai déjà dit.
Pour bien montrer comment faire tout ça, illustrer tous ces bons conseils qui vont faire de comment ça va éviter la contagion, on avait donc amené du matos dernier cri digne d'un geek survitaminé. Ecran plat de la mort, PC dernière génération, relayé par une machine Epson à cracher du diapo tout juste sortie de son carton d’emballage.
Tout ce beau monde s’installe dans la cour, prêt à en asséner à la foule toute berluée. C'était hier à 11 heures du mat'. Donc en plein cagnard... Tu vois la gueule de l’écran ? Tu visualises le contraste des couleurs ? T'imagines l'intensité des détails se détachant de la toile blanche imbibée de lumière tropicale ?
Bref. A partir de là, comme personne voyait que dalle et que personne ne pigeait pourquoi c'est-y que ça marchait pas tout ce fourbi dernier cri, t’avais toute l’escouade de pingouins qui tournicotaient comme des hélices entre le PC et l’écran, à modifier l’angle de vue, rapprocher le machine, agrandir le zoom, vérifier le câblage, modifier la mise au point, bidouiller les réglages, la totale.
Leur a fallu une plombe et demie ! Une pleine plombe et demie pour se dire que ça irait peut-être mieux dans une salle de classe... A l'ombre, à l'abri des rayons du soleil, là où c'que c'est plus sombre et qu'on distingue mieux ce qui passe à la télé. Eh oui, les gars z’ont le matos, mais ce qui manque, c’est les neurones... Et ça, c'était pas indiqué dans le manuel de l'Epson...
Reusement, comme j'dis toujours, pour tirer un coup de fessier ou turluter un touriste, y’en a pas besoin, de neurones. C’est toujours ça de pris...
Allez, j'te laisse, bonhomme. Robert.

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