jeudi 19 novembre 2009

Prise d'otages

Hier, comme avant-hier, comme y’a deux jours, comme trois fois la semaine dernière, comme... comme souvent, si souvent... hier, donc, au moment pile de la pause post-emmerdes quotidiennes, détente du soir espoir, après journée étouffante de tournage en rond, moite de crasse, écrasante de connerie, pas jouasse, cause autochtones que j’ai déjà dit et ambiance locale itou, hier, pendant que la bouffe était quasi sur la table, à bientôt savourer son poulet citron et sa cohorte de desserts estampillés choco croquant à couleur vanille malgache et rhum du bord, à tout vite siroter sa vodka glaciale et sorbet mandarine, devant le dernier divx volé sur Internet via Azureus, hier, donc, à l’heure où le choix de vivre à Vételgeuse commence à prendre (enfin) quelque sens, un chouïa de joie de vivre, un soupçon de plaisir tropical, d’éphémère satisfaction exotique, rien de bien fantasmagorique mais ça fait du bien quand même, alors paf! panne d’électricité...
Bien dans la gueule, la panne. Deux plombes montre en main. Pile-poil. Et là où ça fait bien mal: 18-20h. Passque donc, si tu piges le pays, le repos du guerrier, par Vételgeuse, l’est plutôt mérité. Faut te souvenir de la chaleur et de la saleté, des files d'attente à rallonge, de la poussière et de la merdasse, de la connerie et de la glandouille, du j’m’en-foutrisme et des pénuries, autant qui te mettent sur les genoux à peine passé l’aube mais faut encore tenir jusqu’au soir. Alors à ces heures, c’est aussi vachard qu’un nazillon de service qu’aurait les pleins pouvoirs pour te contrôler les cartes de séjour maghrébines à Sarkoland, avec l’aval enthousiaste de Nabot Ier bien entendu.

Maintenant, faut préciser que sans l’électricité t’as plus la lumière, of course, mais aussi plus d’eau, vu que la pompe à flotte ne s’actionne pas à la main, plus de chiottes ni de douche, ça va avec, plus de zizique ou de téloche ou d’ordino pour passer le temps, plus de clim’ ni de ventilo qui t’aideraient à ne pas fondre comme une bouze sous un tracteur, plus de cuisinière pour la bouffe si t’as pas le gaz, plus de frigo après 30 minutes, plus de congelés si tu tiens un minimum à préserver la chaîne du froid jusqu’à ton estogomme.
Et si t’es à l’ordinateur en train de taper ta thèse, ou de backuper ton hard disque, ou rédiger ton mail super capital à ta gonzesse qui veut se trisser, ben c’est pareil, tu peux repasser dans deux heures pour voir les dégâts. Déjà si ta bécane démarre, pis si le disque monte, pis quoi d’autre qu’a disparu dans les limbes du trou noir numérique... Et les dégâts, même avec protecteur de voltage, UPS avec batteries ou ce que tu veux, t’as toujours un frigo qui morfle, un graveur CD, un disque dur externe, un lecteur DVD, une télé qui capotent par coupe-jus répétés, ça fatigue les bébêtes qui marchent à l’électrique et qu’aiment pas être tirées par la prise sans prévenir.
Et autour de toi? Et dans la rue? Eh ben rien... Rien de rien! Les mecs sont agglutinés comme des bœufs en attendant gentiment que ça revienne. Faut être «pendiante» comme y disent. Des fois c’est deux ou trois pannes par jour, pendant des semaines et des mois, des années que ça dure, mais t’as rien qu’à être patient, normal. Décérébrage total ou je m’y connais plus, tu conviendras... Les gars sont là, dehors, à regarder les bagnoles qui passent dans la nuit noire, les bus qui leur gerbent le gasoil à-même le tarin sans dire pardon. Discutaillent le bout de gras sur les chaises du trottoir, c’est la coutume, pis poireautent niaisement. Sont même contents, les gniaces, t’entend les Ouéééé et les battages de mains dès que la lumière s’éteint tout subit. Contents parce que ça fait du changement. Sont ravis de l’aubaine, c’est autrement. Pis de toute façon y sont là à glander sous le réverbère, alors avec ou sans la lumière, ça fait pas une grosse différence pour jaqueter.
Toi, comme t’as pas le son de la clim’ ou de la télé, t’entends encore mieux les entubés brâmer dans la rue, c’est sympa pour passer le temps. Et les deux ou trois connards qui ont des baffles de 5000 watts dans leur caisse, c’est aussi la coutume, ouvrent leur coffre pour l’occasion et t’as droit au reggaeton 2500 décibels qui fait bander. Et comme le sol tremble, les alarmes de bagnoles se mettent de la partie toutes les 30 secondes à tourner en boucle, et tout le monde trouve ça très joli, faut croire, vu que personne n’éteint ou ne diapasone le bastringue, et tout ce beau monde s’amuse sous la lune comme des petites blattes dans un lavabo pas nettoyé depuis cinq ans.

Voilà pour la panne. Le truc, c’est que quand t’as traîné un peu ta couenne ici ou là, tu sais que pas mal d’endroits ont des problos d’électroche, ou t’as un couvre-feu le soir ou bref c’est pas si clair qu’en plein Francfort un soir de Noël. Bon, c’est pas grave, on vit avec. Moi, comme tu m’vois, ça m’a jamais dérangé de lire à la chandelle, de me laver l’cul au bassin, d’écouter de la zique au walkman. Mais ici... faut piger et relire ce que disait notre ami commun: ici, la goutte, les gouttes, les fleuves et les torrents d’immondices, d’ignominie, les ras-le-cul, tous les jours que dieu fait, c’est que tu sais ni quand ni où ni combien ni rien. T’es là, tout normal, tout bien chez toi depuis ce matin, ou même depuis une semaine ou un mois, si t’as de la chance, et tout à trac, pan! dans la gueule. Même si tu sais, même si t’es préparé, même si t’anticipes, tu l’as dans les dents. C’est obligé. Même après six mois de coupures, rien qu’une semaine sans rien d’anormal et t’as repris l’habitude de vivre benoîtement. Et paf! c’est là qu’y te remettent dans l’ambiance. Et me fais pas croire qu’ils pourraient pas prévenir un brin... Je demande pas des grilles publiées dans le canard, on n’est pas en Suède, mais rien que genre attention, tous les mercredis et vendredis dans le soirée. Tu sais pas l’heure mais tu t’attends, ça aide.

Non, ce qui est frappant, ici, c’est le mépris. Le mépris généralisé. Une sorte de façon d’être nationale, qui fleure bon la prise d’otage. Tu vas à la banque, y’a une cinquantaine de clampins devant toi et un seul guichet d'ouvert. Mais une tripotée de crétins qui s’activent derrière et qui n’ont rien à braire de la clientèle. Pas là pour ça, laissez-nous rigoler entre nous à siroter des refrescos en attendant vendredi soir. Pourtant, dans la moindre boutique de frippes t’as six à sept vendeurs sur 12 mètres carrés, la main d’œuvre, faut dire, a manque pas et a pas chère... Mépris! L’électricité, malgré le prix prohibitif, tu compares avec l’Europe et tu pleures, pareil pour téléphone ou Internet, l’électricité, on te la met quand on veut, on te la coupe si on veut, vient pas nous faire chier... Mépris! T’es là les bras balants, à pleurnicher ou menacer, ça change rien. T’es pris en otage, tu la boucles!
Quand le Grand Mufti volibarien a voulu fêter dignement ses dix ans de dictature démocratique, il a dit les gars, aujourd’hui, c’est férié! Plus personne ne moufte, tu restes chez toi à faire c’que tu veux mais si tu regardes mon allocution télé c’est encore mieux... Par contre, travailler, ouvrir ta tienda, ça tu peux pas. Faut respecter le Code ! Donc t’es obligé de la fermer. Ta boutique et ta gueule. J’ai vu de mes yeux vu des escouades de Guardia nacional débarquer dans des magasins restés ouverts, la Kalache au poing pour forcer les récalcitrants à fermer séance tenante contre amende carabinée et plus si mésentente. Et les jours fériés, tu dois mettre le drapeau de la nation sur ta maison ou ton commerce sous peine des pires représailles, c’est même une loi toute spéciale pour ça.
La prise d’otage, c’est tous les jours, n’importe où, particulièrement grâce aux services publics: l’électricité, videmment, faut suivre, mais aussi le gaz, que le camion il vient quand y veut pour te livrer, idem avec le vide-poubelles – généralement tes sacs à ordures patientent de deux à six semaines sous la chaleur et le nez des clebs avant qu’un bahut ne daigne venir voir de quoi il retourne.

Alors tu vois que la vie au merveilleux pays de Vételgeuse est sans nul doute la plus débordante de cynisme et d'outrecuidance que tu pourrais imaginasser dans tes plus sombres cauchemars dantesques. Et bien que les autochtones, toujours très fiers de leur merdasse ambiante, s'ingénient à prétendre le contraire, c'est probable le seul pays au monde où ça se passe comme ça, à la panne de luz méprisante et va chier! Tiens, l'autre jour, un mien poto qui vit au Burkina Faso depuis 12 balais, trou du cul du monde s'il en est, m'a affirmé que des pannes d'électricité... moui, parfois, quand t'as la tempête. Mais sinon, non, pas de problo particulier, l'eau, le téléphone, Internet, la bouffe, dans l'ensemble les besoins de base sont correques... Alors tu vois qu'ici, bien que les décérébrés aiment se la jouer on a un satellite et du pétrole et des Hummers, t'as vu comme on est des mecs biens, eh ben malgré, malgré, on est en terrain tiers et même quart-mondesque que quand tu racontes autour personne te croit, surtout pas les altermondialoches qui croivent dur comme fer que c'est le paradis anti-Bamaland...
Pour te dire comme c'est, au pays, même les greluches, entre une bonne paire de miches et des nibards plastifiés pour tes beaux yeux, te prennent en otage à chaque coin de rue, à coup de viens-y me troncher quand t'as un moment et si tu banques c'est encore meilleur, j'vais orgasmer rien qu'à mater ton passeport... C'est au point que les donzelles se déhanchent la cuisse à t'en faire triquer des eunuques homos et versés dans les ordres, à rendre goudou n'importe quelle nympho accro de naissance au manche à balai. Alors la prise d'otage te remonte dans le calcif aussi sûr que je m'appelle Roby, mais là je dis rien passque c'est pas pour déplaire aux ceusses qui savent en profiter... pas?

Allez, à très bientôt les gars, Robert.

samedi 7 novembre 2009

Incroyable mais vrai

Je sais bien que tu vas pas l’croire, mais là faut que je te dise. L’autre jour, des potos frouziens en villégiature à Vételgeuse ont fait le détour par ma casbah. Coucou salut, sympa de se revoir. Cool ton bled, mais putain, c’est cher et y’a rien à foutre… Videmment, quand t’es habitué à des pays qui savent vivre, genre Asie du sud-est, Thaïlande, Philippines, Indonésie, bref, ça fait tout bizarre, les pénuries, le manque de services, de flotte, d’électricité... Et pis le tiers-monde qui s’la joue on est un pays où y’a tout mais où t’as rien quand même, ça fait tout drôle pour ceux qui sont pas prévenus.
Mais n’ergottons pas. Non, le truc qu’ils ont pas pigé, les potes, c’était qu’ils avaient toujours entendu dire que les gus de la galaxie latino c’étaient des foireurs et des allumés, toujours à danser et gigoter, jouer de la miouze, s’éclater au grand air genre Brésiliens surexcités, Jamaïquains pétés au reggae. Pis là, ben non... Rien. Danse, musique, rigolades, y’a pas. Les fiestas légendaires, les notes lascives qui s’envolent à chaque coin de rue, qui s’échappent de chaque autobus, de chaque troquet, t’as pas... Que de la baston, du lourd qui tache, reggaeton-tecno-merdeux à fond les baffles. Bien distortionné, ça aide à comprendre les paroles, et surtout décibellisé à tout crin, faut concurrencer le bruit des pétards et des alarmes bagniolesques... Mais fiesta, non point. Et pis quand t’en as une, de fête, tu vois les gars avachis sur des caisses de bière, à pas pouvoir s’entendre vu le volume sonore, et voilà, rien de plus. Pas de danseuses lascives, pas de rigolades fraîches et festives. Baston et bière fade, ça ira bien comme ça. Et quand les gniaces sont bien bourrés, ils restent à discutailler sur le bord de la route, à te faire chier jusqu’à point d’heure et épuisement des stocks de mousse.
Alors voilà, j’ai tenté d’expliquer ceci cela aux potos, que c’était incroyable mais vrai, idée préconçue et tutti quanti. En fait, tu t’éclates mieux à une fête de sourds-muets dépressifs en plein Paris qu’ici à Vételgeuse, que tu le croies ou non. De là, je me suis rendu compte, c’est pour ça que je t’écris, qu’au pays y’avait pas mal de ces idées fausses et qu’un petit éclaircissement serait pas de refus. Pas ?

Alors à part la nouba qui n’en est pas une, à Vételgeuse, t’as aussi la gentillesse des autochtones, qui faudrait pas prendre pour argent comptant. Gentils ? Moui, un chouïa. Disons qu’il faudrait pas confondre gentillesse et rienfoutrisme. Comme ils ont rien d’autre à foutre de leurs journées, c’est vrai qu’ils sont assez serviables dans l’ensemble. Mais très honnêtement, tu me connais, je dirais que ce n’est pas de la gentillesse. Parce que quand tu regardes au quotidien, tu vois bien comme ils s’en branlent, des autres. Les bagnoles s’arrêtent au milieu de la rue et va chier si t’es derrière. Pareil pour tourner sans rien indiquer ou te couper la route à tout bout de champ. Z’en ont rien à foutre de rien, donc y’a pas de raison que ça s’étende pas aussi aux autres clampins…
T’es en panne au bord de la route et les gens s’arrêtent ? C’est vrai, mais c’est surtout pour voir la gueule que t’as, sont curieux comme des clebs, et aussi parce qu’ils ont rien d’autre à glander de la journée. Un jour, un cope m’a dit qu’en face de chez lui y’avait un trou au beau milieu de la chaussée. Toutes les tires se faisaient les pneus et les amortos gratoche. Et t’avais là un gars avachis sur une chaise à regarder le trafic. L’est resté toute la journée à zieuter les bagnoles s’auto-détruire, pas même l’idée d’aller poser un truc devant le trou pour prévenir.
Une fois que je voulais refaire mon mur d’entrée, je demande au voisin si ses ouvriers étaient biens, vu qu’il était en train de leur faire faire tout son patio. Y m’dit que oui, pas mal, pas chers. Donc je demande un devis au chef des ouvriers. Enculade premier choix ! Un truc qui valait 300, 500 à tout péter, il demande 2500 sans sourciller. OK merci. Le lendemain je demande au voisin, avec lequel je m’entends fort bien, je précise, si c’est pas du sodomite carabiné, son ouvrier… Ah ouich, y m’dit, ça fait cher ! Et c’est parce que je suis étranger ? j’lui demande. Propable, y répond. Et c’est tout. Pas un truc du genre, attends, j’vas lui causer, j’lai à la bonne… Non. Chacun son truc, chacun sa chiasse ! Même en Frouzerie, contrée d’égoïstes s’il en est, tu reconnais, t’oserais pas laisser ton voisin goger dans la mélasse comme ça. Solidarité, ici ? mon cul !
Va dans un magasin, un aéroport, un hosto, une administration, et regarde la gueule qu’on te tire quand tu demandes un truc: du pur Soviétique des années Brejniev, un must ! Sympas, les gens ? Oui, dès qu’il y a le moindre souci on te râpe dessus comme si t’étais la dernière des merdes, et si t’es étranger c’est encore mieux, rentre dans ton pays sale basura, on t’a pas demandé de venir ici ! Même les Beurs de nos latitudes seraient interloqués… Non, y’a un seul moment où ils sont vraiment, vraiment cools et gentils, les gens: quand ils ont besoin de toi ! Alors là, putain, tu la vois, la différence… En bons opportunistes, et sans honte pour le reste du temps où ils t’ignorent comme du poisson pourri, par exemple tes voisins, ils deviennent carpettesques dès qu’ils veulent te demander un truc ou un machin. Rappliquent dare-dare la gueule enfarinée et le sourire mielleux aux lèvres. C’est au point qu’avec le temps tu sais direct si un gars à besoin de toi: suffit de voir s’il est poli et attentionné… Là, tu peux être sûr qu’il a besoin, va se couper en quatre, s’écraser devant tes pieds et te parler comme à un être humain civilisé. Marrant, la différence! Politesse, instruction, éducation font leur apparition comme par magie. Le reste du temps, rien à battre, chacun ses merdes et vient pas me gonfler !

Et la cool attitude ? C’est pas une idée fausse, ça aussi ? Les gens, dans ce pays, comme partout où il fait chaud, les gens ils sont relax et décontractes. Sauf que viens-y voir… Ici c’est pas les Africains et leur sourire Pepsodent avec tapage sur les cuisses à la moindre broutille. Ici c’est stress et compagnie. Rien à glander de la journée, mais putain si ça stress… Comme ils ne prévoient jamais rien à l’avance, vivent minute par minute sans rien anticiper, sans rien foutre, sont tout le temps dans la merde et ça leur ronge le bide, faut pas croire. Un exemple ? La bagnole a une durite qui claque et tu vas chez le mécano. Il répare et voit que celle d’à côté va pas tarder aussi à s’émanciper. Le mécano te le dit, mais ne te propose pas de réparer, elle tient toujours. Et toi, ben pareil, tant qu’elle tient… Et dans trois jours tu restes au bord de la route, dépanneuse et emmerdes pour la journée.
Autre exemple ? Un vieux clamse et personne ne songe à faire la succession, on a autre chose à foutre, par exemple rester au bord de la route à regarder passer les bagnoles, comme les vaches dans Lucky Luke. Et pis un jour on doit vendre un terrain, mais l’est au nom du vieux. Merde, ça coince pour la notaria. Alors faut faire en urgence la succession pour pouvoir vendre, mais les 8 frères et sœurs sont éparpillés dans le pays, ils savent pas lire ni écrire et c’est le sac d’embrouilles qui commence… Et pour tout c’est pareil, chacun est rattrapé par sa glandouille et généralement les problèmes s’accumulent, comme pour la durite, que si elle est pas réparée elle va te faire péter un autre truc en plus, ou la succession, parce que tu devras allonger des amendes pour le retard.
Donc la vie des autochtones, à Vételgeuse, est un véritable sac de nœuds étant donné le laxisme généralisé. À force, ça mine, ça ronge la tripe, tu sais à l’avance que ça va chier grave presque tous les jours vu que tu multiplies les risques en rien foutant. À ce niveau-là sont quand même lucides, faut reconnaître. Et donc, j’y viens, la cool attitude que tu vois au premier regard dans la rue, c’est pas de la cool attitude, sont pas cools du tout, c’est juste de la glandouille. Feigniassiers, zombiesques, larvaires, glandeurs, mais certainement pas cools !

Alors voilà, j’ai essayé de t’apprendre un petit peu, mais je sais que c’est pas gagné, d’abord parce que les idées fausses ont la vie dure, et pis aussi parce qu’on ne fait pas boire un âne qu’a pas soif… Alors pour rester sur une note positive, disons qu’il y a quand même un truc où c’est pas de l’intox à Vételgeuse, c’est la plastique avenante et plus si entente de la gent femelle. Là, là d’accord, on fait dans le panier garni et y’a largement de quoi s’en payer une tranche. Et en plus c’est pas cher, on aurait tort de s’priver…


A plus tard les gars, Robe.

lundi 2 novembre 2009

Confiture aux cochons

C’est rien de le dire, mais la population locale, ici, à Vételgeuse, le pays Canada Dry, où tout ça y ressemble comme deux gouttes d’eau à un vrai pays mais c’est seulement pour la façade, ici, donc, la gente autochtone suinte le rienfoutrisme que c’est à donner des pustules à un aï anémique. D’ailleurs, l’indigène partage avec ce dernier bradype l’excuse génétique... on ne se refait pas mon brave, c’est de naissance.
Pourtant, et c’est rien de le dire aussi, le national de Vételgeuse, malgré la puanteur culturelle qui lui sert d’oreiller de paresse, c’est pas pour la queue d’une poire qu’il se prend, ni même pour une roupille de sansonnet… Faut y entendre comme il se la pète sévère en causant de sa race si élaborée qu’elle en donnerait la jaunisse aux Ariens et la chiasse aux Chinetoques. Son beau pays, pour lui, où on produit rien mais on consomme tout ce qui bouge, où on sait pas causer mais où la menterie vole plus bas qu’une escouade de lombrics, où on trafique tout ce qu’y peut et on fauche le reste, où le sport national se pratique en hamac Polar, ce beau pays, autrefois sauvagement squatté par d’ignobles Indiens sans culture, mais qu’on est en train de badigeonner à la chaux, t’inquiètes, c'est une merveilleuse terre rien moins que le must absolu. Ah bien-sûr, pas un mot sur la glandouille atavique et le vol a l’arraché, la bêtise crasse et le manque de cervelle, la médiocrité ambiante et les pannes de courant (clin d’œil à Gaël, m’a bien fait marrer, le cuistre), la politique intrusive et la catho-colique décérébranteuse. Merde, ça exploserait le cliché…
Donc on y croit, on est les meilleurs sur terre, on a même un satellite rien qu’à nous et si ça se trouve on va bientôt produire (faire produire, plutôt, c’est plus dans nos cordes) des portables et des bagnoles. Pas chers. Merdiques. Chinoiseries. Mais quand même, ça vous pose un gniace! Donc ici c’est le paradis. Enfin… jusqu’à qu’on aille voir ailleurs. Parce que là, magie du voyage, l’exilé vétèl veut généralement plus revenir dans son gourbi en torchis et devient rapidos le number ouane à chier sur la gueule de ses ex-concitoyens. Va comprendre. Mais bref, tout ça, on a déjà dit, et même si ce sera jamais assez, c’est pas le propos qui nous occupe.

Non, le truc, c’est que dans cette merveilleuse idée qu’on est bien supérieurs, chez les nationaux de Vételgeuse, la planète où il fait bon vivre à goinfrer des gamines et des empanadas graisseuses, dans cette idée, faut voir cette saloperie d’Indios comme un chancre rampant qui date d’avant l’époque préhistorique où qu’on n’était pas encore arrivés, donc nous, les Créoles, disons même les Européens… Faut évidemment pas demander d’où vient la jolie couleur canelle desdits Créoles, ça nous renverrait droit chez les esclaves négros, et ça, non, on aime déjà moins... Donc nous, les Créoles, moitié Blancs et moitié… moitié… disons moitié autre chose, on a quand même une autre tenue que ces peaux-cuivrés enforestés et tout juste dignes de se faire étriper dans un film de Mel Gibson. Et moi, voyez, le gars Robert, je serais assez d’accord avec eux, une fois n’est pas coutume, pour ces deux assertions:
1) À y bien regarder, ce pays pourrait être un vrai paradis sur terre pour peu qu’on veuille bien se donner la peine de nettoyer l’endroit de toute cette viande malodorante et feigniassière qui gâche le paysage.
2) Les Indiens incultes sont d’une tout autre tenue que la bidoche auto-imbibée de sa propre supériorité ci-dessus citée.
Et pourquoi-t-y que je parle de ces Amazoniaques et de leur forêt mouillesque? Passque j’en viens, bonhomme... Plutôt, j’en REviens. Voilà, t’as tout pigé, je me suis gaufré des vacances, des toutes bonnes avec Mémère. Et comme j’aime bien causer de ce que je vois ailleurs que dans le poste, je prends la claviature et t’informe.

Me suis donc baguenaudé avec Gaby du côté de la jungle. La toute bonne, la toute vraie. On a poulopé comme des touristes dans la fange de Paria, cœur de mangrove, delta d’Orénoque, Guyanes, Amazonies, tu vois le topo. Et là, tu croiras ou pas, mais j’avais les neurones tout humides d’émouveuse admiration. Pour tout dire, ça chiait grave la merveille du monde, on aurait dit du Manset. Et j’en aurais presque oublié la présence de ces cancrelats merdeux qui se colmatent comme autant de putrides sangsues agglutinées tout par là autour. Quand tu vois tout ça, tu comprends bien la confiotte aux nourrins... toute cette belle nature à ces tordus d'arrière zone, fait franchement pitié !

Tiens, la mangrove. Quand on se balade en barque là au milieu, comme dans une mer intérieure, on enfile des dizaines de canaux et tout se ressemble : un labyrinthe de palétuviers et de verdure à perte de vue. Un paysage de racines entremêlées, d’arbres torturés, de végétation à l’abandon. Un dédale de cours d'eau sombres et statiques, flotte glauque, lumière tamisée, silence de mort. Des mangroves, c'est sûr, t'en as ailleurs, dans le pays. Mais là, on n’est pas dans un marécage pour touristes en goguette, qui scrutent l’eau pour y voir des hippocampes et des étoiles de mer, avant d’aller s’envoyer des langoustes au resto de la plage… Non, ici c'est la cour des grands: 900 kils carrés d’un labyrinthe inextricable, de milliers de caños, de centaines d’îles et de lagunes, d’une quinzaine de types de forêts différents, d’animaux que tu peux plus zyeuter ailleurs que dans des zoos.
Dans cet enfer vert, les montées et descentes de la marée se font sentir jusqu’à plus de 150 kil’s de la mer ! On compte pas les variétés de mammifères, de serpents, d’oiseaux qu’on peut y rencontrer. Aigles, martins-pêcheurs, ibis écarlates, perroquets de toutes tailles, hérons, paons rouges, aigrettes, flamands roses, colibris nains, fous, toucans, ou encore hoatzin huppé, gros oiseau roux d’origine préhistorique. Plus loin à l’intérieur des terres, on a aussi des fourmiliers, des tatous, des tapirs, des loutres et même des lamantins, les derniers de la planète. J'te fais l'encyclo pour bien t'expliquer.
Entre les lianes aériennes, les feuilles géantes et les troncs des balsas, s’enchevêtrent des jacinthes d’eau et des palmes en tout genre, se mélangent aux frondaisons. Le royaume des grands aras, des singes hurleurs et des capucins, pis aussi des mygales, des scorpions et des dendrobates, ces minuscules grenouilles aux couleurs aussi vives que leur poison te bouffe la tripe. Pis y'a aussi tout une clique de jaguars, d’ocelots, d’anacondas, de piranhas, de boas constrictors et d’alligators, planqués dans le monde végétal, entre les plantes carnivores et les fougères aux épines vénéneuses ! Les insectes, dans le genre, sont pas mal non plus : t'as les poux d’agoutis, qui bouffent les guiboles, les taons géants, qui causent des pustules grosses comme des tartelettes et qui font aussi mal que si on s’était cassé le bras, les vers macaques, qui se planquent sous la peau, ou encore ces vers microscopiques qui te remontent l’urètre et s’y implantent grâce à de petites épines qui en rendent l’extraction impossible. De quoi rigoler pendant un moment !
En serpentant entre les terres et les eaux, on rencontre de petits requins ou des dauphins roses à la recherche de leur pitance. L’envol des ibis rouges est aussi majestueux qu'un bar-tabac ouvert toute la nuit ! Selon l’heure, par exemple très tôt le matin, c'est des milliers d’oiseaux qui déménagent en même temps. Dès qu’on voit leur couleur rouge sang se détacher dans le feuillage des arbres, on ralentit en glissant sur l’eau. On peut parfois s’approcher à moins d’une vingtaine de mètres, avant qu’ils ne se cassent tous en même temps en plein ciel. Féerique, le truc, même pour ceux qu'ont rien à foutre des zozios.

Je sais pas comment font les gars qu'habitent dans le coin pour s’y retrouver parmi tous ces caños. Certains ont même des noms et les pêcheurs y s'baladent là-dedans comme dans une ville, grands boulevards, petites ruelles et impasses. Y'a des points de repère, d’accord, mais comme ça tourne dans tous les sens et que la végétation est presque partout la même, au premier coup d’œil tu vois que pouic la différence entre tel ou tel passage. Tu cherches un coin, une île, tu prends un petit quart d’heure de navigation rapide, sur de grandes étendues, pour approcher, mais après, tu tournicotes encore près d’une demi-heure dans de petits canaux très abrités pour apercevoir enfin ton bonheur. Là, tu finis par emprunter deux ou trois tout petits conduits noyés sous les racines de palétuviers, au pas, en n’utilisant presque pas le moteur pour éviter de coincer l’hélice. T'arrives dans une gouille en forme de cul-de-sac et t'amarres ta barquette. Les arbres sont moins serrés et t'as même droit à un peu de lumière. Y'a plus qu’à descendre.
Moi j’avais pris des sandales en cuir pour pouvoir les enlever plus facilement, mais c’était pas idéal parce qu’une fois enfoncées dans la merde c’était pas jojo pour les récupérer. Ensuite, elles étaient tellement crades que valait mieux encore marcher pieds nus. J’avais pas voulu prendre des grolles fermées pour éviter de les tremper à la première rigole, et pas non plus des tongues, que je soupçonnais un peu légères. C’est ce genre de détails qui font le touriste : t'es jamais à l’aise, jamais à ta place, au final t'as toujours l’air d'un guignol, quand c'est pas pire ! Les mecs devant moi, qui manœuvraient le bahut, ils avaient juste des tongues et c’était encore ce qu’y avait de mieux sur le sentier qu’on avait emprunté. Bon à savoir mais trop tard. Bref, je te passe les détails de l'épopée et je te passe directos aux Indiens. Dans notre coin, c'étaient surtout des Waraos, comme Indiens.

Depuis quelques mois, là-bas, t'as l’électricité. Enfin, ce qu'on appelle comme ça dans le pays... Avec cette redoutable avancée technologique, y'a plein d’Indiens waraos qui s’installent de plus en plus près du village; ça les attire comme des papillons sur une bougie. Avant, ils préféraient leur vie traditionnelle et ne venaient pas se mélanger avec les Criollos, c’est-à-dire les Créoles. Mais avec l’électricité, ça leur simplifie bien la vie et du coup, ils se rapprochent. Surtout que dans la forêt c’est pas vraiment le top, comme existence, même pour des Indiens.
Ah ouais, évidemment, comme pour les insectes sur la flamme, ils viennent s’y brûler les ailes, les gugus. En attendant de disparaître, avec l'aide de l'Église et de l'État, ils se sédentarisent, leur habitat se détériore et les ressources naturelles s’épuisent. Alors les problèmes liés à l’hygiène et à la malnutrition débarquent.
Pour éviter de crever la gueule ouverte, il leur reste plus qu’à se «créoliser»... tu parles d'un bienfait ! Ils collent des moteurs à leurs pirogues, changent leurs toits de palmes pour de la tôle, qui rouille et qui s’envole au moindre souffle, s’équipent en groupes électrogènes et en électroménager, contemplent plus souvent la téloche que l’envol des ibis rouges. Les Créoles, quant à eux, les regardent et les traitent comme des sauvages. Normal, c'est la mentalité de Vételgeuse qui veut ça... on n'est des moins que rien mais pour pas que ça se voie trop on dit bien fort le contraire, ça s'appelle la méthode Coué !

Dans le bled où qu'on était, avec Gaby, c'est tout près du lac d'asphalte. On y a été crapahuter à pinces pour voir, eh ben c'était pas mal du tout ! Le bled, c'est un hameau, tout coincé en pleine mangrove. Le truc qui m'a scotché, en arrivant, c'est que t'avais pas un moustiflard à l'horizon, malgré l’humidité ambiante. Paraît qu'ils peuvent pas se reproduire dans les eaux saumâtres. Bon, par contre, t'as les porcs, aux alentours des baraques des Créoles, ou métis, tu dis comme tu veux. Mais eux ils aiment mieux Créoles, ça fait plus Européens. Donc des porcs... Qui cherchent à rucloner. Là-bas y'a que ça, des cochons. Des noirs, des gris, des roses, des gros et des petits. Les gens vivent avec et y en a plein dans le village. Ils dorment, bouffent et chient dans les maisons en toute convivialité. On en revient donc aux nationaux, plus bas de gamme, plus merdassieux, plus putassiers tu meurs !
En parlant de Créoles, ici c’est comme ça qu’ils font la distinction entre les Indiens et les Latinos. Le Créole c'est le descendant d’Espingouins, à pas confondre avec l'Indio, tout juste sorti de sa forêt malpropre ! Pourtant, quand on les regarde évoluer, ces sauvages, on est bien obligés de reconnaître qu’y a pas photo : les Indiens ont de la tenue, de la dignité et de la culture, même si c'est de l'ancestrale qui fait dans le tradition. Les autres, les engodés de Créoles, qui se la pètent plus haut que leur cul dès qu’ils croisent un Indien, c'est comme partout au pays: des incultes, menteurs et pas même adaptés à leur environnement, paniquent dès qu'ils voient un cafard et savent pas faire la distinction entre un orvet et un boa constrictor.
Au cœur de la mangrove, en pleine nature, t'as des churuatas habitées par des Créoles qui cultivent du cacao. Les familles balancent leur merde tout autour... des bouteilles de gaz vides et oxydées dans le ruisseau, déchets de plastique et de métal un peu partout aux alentours, matelas éventrés, vieux tissus, bouffés par les insectes, les pluies et la chaleur, qui finissent de pourrir sur les branches environnantes. Sont bien les mêmes que chez moi, tiens : se foutent de tout, vivent sans aucune instruction, sans conscience, totalement acculturés. Et ils ont surtout pas envie que ça change… Va chier, connards ! Les Waraos, eux, viennent d’un autre âge, ils sont simples et sans malice, largement plus civilisés que ces pouilleux bolivariens incapables de se prendre en main pour améliorer un minimum le monde dans lequel ils vivent...

Ils sont tout plein gentils, tranquilles, humbles, amicaux, les Waraos. Ils sont dans le coin depuis pas loin de 8000 ans... et les Créoles qui les regardent comme des bêtes de foire, ça te donne une idée du niveau de ces emmanchés ! Au début du siècle dernier, t'avais encore cinq ou six tribus différentes, chacune avec ses coutumes, sa langue et son type physique. Maintenant, on sait pas trop combien de tribus il reste, sans doute plus des masses. Au total, y paraît qu’ils sont un peu moins de 20000 en tout. Éparpillés dans le delta de l’Orénoque, regroupés dans des villages ou même dispersés au bord des caños et dans la forêt.
Warao, ça veut dire « maître des pirogues », dans leur idiome, tu piges rapidos pourquoi qu'ils sont si fortiches montés sur leurs troncs d’arbres évidés... Ils avancent vite, en silence, sans une éclabousse au bout de la pagaie. Moi j’ai essayé, ben tintin pour pas en foutre partout ! En plus on valse de tous les côtés et on manque sans arrêt de chavirer, vu qu’elles sont très étroites et très basses sur l’eau, les pirogues. Eux, sans effort et réguliers, y se faufilent partout en silence et font même des marches arrière que tu crois pas dans des canaux bouchés par la végétation. Des pros, j'te dis !
Les Waraos, y vivent dans des espèces de grandes cases sans murs, genre churuatas mais en plus grand. En fait, c’est juste des toits de palmes avec des poteaux et un plancher, montés sur pilotis pour combattre l’humidité du sol et les vilaines bébêtes. Ils roupillent dans des hamacs qu’ils planquent durant la journée pour libérer le passage. Toute la famille habite dans la même case, jusqu’à saturation. Quand ils jugent qu’ils commencent vraiment à se marcher dessus, alors certains se barrent pour s’en construire une autre, de cabane.
En général, ces constructions sont très merdiques et durent pas longtemps, mais c'est fait exprès. Le toit prend la flotte et le plancher se détériore à vue d’œil. Les Indiens font jamais aucune réparation et quand c’est vraiment trop pourri, ils savent qu’il est temps de changer de crémerie. C’est pas de la flemme, qu’ils construisent pas mieux, de cette manière ils épuisent pas la nature, comme font tous les nomades à ce qui paraît. Ce serait comme qui dirait un signal d’alarme pour savoir quand faut s’en aller voir ailleurs.
Les Waraos vivent de chasse, de cueillette et de pêche. Ils attaquent les palmiers à la machette pour en extraire le cœur, délice. Ils se tailladent aussi les palétuviers et grimpent dans des arbres où y'a des gousses qui contiennent plein d’eau douce accumulée pendant les pluies. L'arbre de prédilection, aux Waraos, c’est le moriche, une sorte de palmier qu’ils utilisent à toutes les sauces : fruits, palmes pour la toiture de la case, fibres et branches pour le tissage de paniers, bois pour les ustensiles. En plus, dès qu’on commence à cogner le tronc, de gros vers blancs bien goûteux s’en échappent. C'est des mos, ça se grignotte en apéro bien lentement pour pas en perdre une miette...

Au village, on en voit de plus en plus souvent, des Waraos. Ils viennent faire quelques provisions ou chercher du matos quand y'a des distributions de ceci cela par l’État ou l’Église. Comme ça, tout tranquillos, sous couvert de les aider à vivre plus décemment, on te les apprivoise et on te les intègre à la formidable société vétèle… Quand tu vois comment vivent les merdeux locaux, tu te dis que c'était vraiment le moment de leur apprendre les bonnes manières, à ces australopithèques. Tiens, d'ailleurs, la preuve de la supériorité du Créole sur l'Indio, c'est la cuisse... tu compares les balloches avachies de ces dames de la jungle avec le galbe surnaturel des greluches de chez les Créoles, bien huilé au plastique soufflé, et tu sais tout de suite pour qui tu bandes. Foi de Robby !



Allez, c'est tout pour aujourd'hui, Robert.

lundi 21 septembre 2009

Merveilleux atavisme

Avec ma femme Gaby, on a pris un clebs. C’était obligé, cause les visites impromptues qui menacent chaque nuit et qui se multiplient, particulièrement depuis que le Présidou répète à longueur d’antenne aux cancrelats qu’y z’ont qu’à tout prendre à ceux qui ont, bien fait pour leur sales gueules de capitalistes orduriers. Nous, avec ma greule, on est dans cette dernière catégorie, donc clébard. On avait pensé aux barbelés électriques, histoire de bien leur griller les roustons, mais vu les pannes de courant quotidiennes, c'était pas très fute-fute. Alors gros machin noir à poil ras, c’est plus sûr, et pétoche dans le voisinage.
Z’aiment pas les chiens, les Vétels. Pas très couillus. Z’ont les flopes. Déjà avec le bichon à Mémère, alors tu parles, le Big Noze, c’est son nom, ça grenouille méchant dans le fond des slibars à chaque fois qu’on baguenaude.
Ici, les races, t’as pas foule. C’est mezclado et compagnie, comprends du bâtard en veux-tu en voilà. Moi, je voulais pas du pur machin juste pour la galerie, mais pour éviter d’hériter d’un barjingue sous-vitaminé, un croisé avec papa, maman, tonton, frérot et sœurette, ça se fait beaucoup par le pays – et d’ailleurs pas seulement chez les clébards... Et comme tu dois le prendre miocheton, ton poilu, pour l’éduquer un brin, difficile de savoir à quoi t’attendre quand le truc aura atteint l’âge de te bouffer le cul. Vigilance, les gars!
Comme pour presque tout le reste si tu cherches de la qualité, faut donc te tourner vers l’étranger, ici on fabrique que de la merdasse, je sais plus si je t’ai déjà touché un mot du syndrome une fois ou l’autre. Je googuelise, j’achète sur Internet, je paie sur Internet, je réceptionne à l’aéroport. On vit une époque formidable!
Et le truc arrive, en robe noire et pédigroche, papa-maman primés concours, les rois du prestige canin monté sur pattes, avec gueule béante et schwartzysé du plexus au croupion. Queue coupée, oreilles coupées, bite entière. Faut ce qui faut, c’est comme ça qui disent.
Videmment, pour garantir la bête de course, faut minimum du doigté et un rien de diplômes dans sa valoche. On trouve le véto qui faut, un petit gordo sympathique affublé d’une femme et d’une Fiat Uno relativement défoncées. Lui, y dit toujours que Big Noze est le perro modelo, le truc titanesque que même en rêve il avait jamais vu. Faut dire que par ici, ce serait plutôt galeux-merdeux grimpés sur moignons rabiqués.

Bon, le vétoche, sympa et propre sur lui, rien à dire. Vient quand on l’appelle, avec pas plus de deux jours de battement et trois ou quatre plombes de retard. Vient à domicile mais bosse dans une clinique de pas très loin. L’est voisin avec un mien copain, dans une bâtisse commune qui ressemble à un immeuble mais avec un ascenseur en panne depuis cinq piges, des infiltrations qui font passer l’Orénoque pour un filet de pisse de minet et un circuit électrique qui joue du feu de Bengale chaque fois que tu branches la lumière. Heureusement, comme y a pas souvent d’électroche, dans le pays, ça risque pas trop de ce côté-là!
Le mec, depuis plusieurs d’années, c’est fiable et compagnie, l’a culture et instruction, un peu ce qui se fait de mieux au pays. Te dire: connait la différence entre l’Europe et les USA, l’a déjà entendu parler des pyramides d’Égypte et ne confond plus Beethoven et Shakira depuis au moins trois ans... L’aime bien le fromage frouzien et la charcute espingouine, le vin rital et connaît même l’existence des asperges et des radis.
Donc tout allait bien au pays du décérébrage natal, on faisait dans le sécure confortable, c’est pas coutume. Contrôles de routine réguliers, vaccins anti-trucs et anti-machins, bébêtes à napalmiser par-ci par-là. Quand tout soudain, faux bonds et rocambolades abracadabrantesques, le vétoche s’est-y pas mis à plus venir nous voir malgré nos appels désespérés. D’abord, selon les us nationaux, l’a pas répondu au biniou, c’était mort de chez mort la ligne. Pis quand t’essaies avec un numéro qu’y connaît pas, bien forcé, y répond. Alors là, tu comprends, y va venir mañana matin promis juré. Et vient pas. Et rebelote. Et après trois semaines de billevesées malpropres, tu trouves un autre gus, pas folichon mais faut faire avec.

Alors maintenant, écoute seulement... L’autre jour, ma femme est de voyage à la ville et tombe sur lui. Et ça cause le bout de gras. Le type, l’est tout contrit, l’explique qu’il a cramé sa tire et que comme quoi qu’il a pas le gniaf pour les réparations, l’a dû changer de turbin, bosse maintenant à la ville, tu piges le pourquoi je peux plus venir m’occuper de ton cas. A me raconte ça, la Gaby, et bon, voilà c’est tout.
Mais la semaine dernière, je bois le café avec mon copo qui végète dans la même isba que feu mon véto. J’lui la raconte brève mais précise, et lui me répond que qu’est-ce que c’est que ces samalecs, le véto l’a déménagé pas loin derrière, une petite casbah qu’il s’est achetée y a kèk mois. Et pis sa voiture, j’lai vu la conduire pas plus tard qu’aujourd’hui. Comme il le connaît bien, va lui demander tout ça et me raconter, mais déjà, l’a son idée. Le type, pour lui, façon de dire, c’est qu’il a gagné au loto et qu’il a plus besoin de faire ses visites à domicile pour arrondir les fins de mois. Ça le gonfle, alors y reste bien sagement à la clinique, où il est toujours salarié.
Fectivement, un poil plus tard ça se confirme: le véto faisait des heures sups en visites privées afin de terminer le financement de sa nouvelle antre. Maintenant qu’il a plus besoin, a pu visite, a pu véto... Bon, chuis pas tellement salaud, je comprends la logique. Mais tu me connais, le truc qui me tarabuste la cervelle, c’est pourquoi donc fallut-y que le gars en rallonge des menteries plus balaises que le mandrin de King Kong tout pété aux amphètes? Accident de bagnole, nouveau boulot, plus le temps. Et pis quoi encore?
Alors la réponse, j’te la donne en mille: c’est atavique, pépère! C’est les gènes qui causent. Pas moyen de juste dire qu'y veut plus faire de visite à domicile, que t'as qu'à venir à la clinique la prochaine fois, qui connaît un collègue sympa et pas cher. Non. Trop propre pour ces saumâtrés. Peuvent pas s’empêcher, les gonzes, de baver des salades à longueur de pendule, de cracher leur morve fallacieuse et rance, de débiter leurs éternelles tromperies raclureuses, d’égrener des menteries comme autant de perles gougniafières sur un chapelet goitreux. Heureusement, comme dit l’apophtegme bien connu: à tout malheur est bon, pas ? Et dans la ligne des caractéristiques héritées de la race, il y a celle des croupes juteuses de ces dames, qui ne demandent qu’à êtres explorées par de vigoureux vilbrequins qui ne renâclent pas au dur labeur...

Allez, tshaw, Robert.

vendredi 21 août 2009

Touche pas à mon décérébré !

Sais plus où, plus quand, j’ai lu qu’ici, à Vételgeuse, le taux réel de gugus qui fréquentent l’école est de l’ordre de 30 à 40%. À l’expérience, à la lorgnette, me semble même un brin optimiste. Mais bon. Alors quoi faire, comme dirait Tchernitchevski ? Ah, fastoche ! répondront les extranjeros affublés d’un cerebro, même bas de gamme, mais à qui on ne demande pas leur numéro de calcif de bain (n’ont qu’à continuer à engorger les putes en foutant la paix aux instances dirigeuses nationales): suffit, donc, suffit d’obliger les parents solipsisés à sortir leurs cancrelats des alvéoles où ils végètent et les expédier à grands coups de torgnoles à l’école la plus proche. Pour ce faire, re-fastoche, suffit d’exploiter la dilection naturelle de l’autochtone à la bouftance gratoche: que le gouvernement volibarien, si généreux en paquets nourriciers distribués par le pays via les déchetteries révolutionnaires, leur échange le ticket becqueteux contre une présence scolaire, sinon assidue, tout au moins épisodique. Videmment, la parésie cérébrale desdits tochtones torpideux plongera ces derniers dans des abîmes de perplexité, mais, n’en doutons point, l’appel de la calorie graisseuse et bourrative devrait jouer en faveur de l’instruction publique.

Ceci étant, un doute affreux me submerge soudain, alors même que mon stylet gribouilleux n’a pas encore eu le temps de sécher et que je réflexionne encore au propos ci-dessus exposé... C’est qu’un épisode tout récent par moi vécu vient renforcer mon apostasie traditionnelle envers les capacités d’évolution du Vételgeusien moyen. Mais là, j’explique.

Voilà-t-y-pas qu’hier, au saut du lit ou presque, je poulope gentiment vers chez mon banquier, qui tient comptoir à l’enseigne «Banco de Vételzuela», un établissement naguère lié au groupe Santander (on ne peut plus privé), mais aujourd’hui devenu propriété de l’État à travers d’obscures et ophidiennes tractations menées tambour battant par notre Présidou-chéri, en mal de sonnant et trébuchant depuis la ruine des cours du pétrole et autres naphtes affiliés.
Là, à ma grande surprise, j’avise un pannal pointilleusement épinglé au mur: «Plus besoin de remplir des formulaires de dépôt pour faire des dépôts» (je vous la mets en frouzien direct histoire d’éviter les questions des moins réveillés). Ah ouais, que j’me dis in petto en mon for intérieur (t’as remarqué la jointure latinesque?), ben ça va nous faire gagner du temps...
Faut dire que jusque-là fallait s’emmerder à scribouiller des talons de dépôt pour verser le moindre centoche au guicheton. Du coup, ça va chier des braises, on va arriver en moins de deux devant le préposé au gniaf et lui lâcher notre obole aussi sec. Ben non. Comme j’vous le dis.
Une heure et demie, j’ai passé, à poireauter dans une queue de deux glandus ! Tu sais pourquoi ? Passque le talon dépositesque dont on n’a plus besoin de remplir, c’est le nière du guichet qui se le farcit sous ton nez... Grande évolution, plus besoin de le remplir toi-même, on le fait à ta place. Tu vois donc l’ambiance quand chaque scrofuleux de devant vient agiter ses écrouelles avec 4 ou 5 dépôts à effectuer...
Arrivé devant le fonctionnaire, bien-sûr je demande, tu me connais, le pourquoi du comment, j’aime bien savoir pour quelle obscure raison je m'suis fait enculer de deux plombes à sec et sans vaseloche. Le gars, très étonné de ma question, c’est vrai un tantinet mesquine: Ah mais mon amigo, maintenant on est une banque socialiste, tu savais pas ? Ouiche, j’esquisse du coin lipeux. Et alors ? Ben on travaille pour le peuple ! Me dit-il, d’un ton imbu et en relevant le crémol jusqu’à flirter avec l’ampoule pendouillante et moustifère qui lui sert de déco guichetière. Ça veut dire, continue-t-il, pétri d’un sacerdoce apostolique qui ferait passer le pape pour un opportuniste nazogène reconverti en Saint-Père de mes deux, que c’est à nous d’aider les pauvres calimeros qui savent ni lire, ni écrire, ni compter, ni parler à venir verser leurs petits sous à la banque à papa-Chavi. Alors on leur remplit leurs planillas à la place qu'avant c'était eux et qu'ils y arrivaient pas, vu que. Tu vois ?

Ah oui, comme ça, ça va mieux... Je comprends surtout qu'il est plus simple d'entretenir les loqueteux décervelés dans leur paradis zombiaque que d'alphabétiser béatement des foules lymphatiques qui ne demandent de toute façon qu'à rester avachis à siroter des bières en lorgnant le cul de leurs fi-filles prometteuses...


Allez, à bientôt, Roby.

mercredi 12 août 2009

Saine existence (2)

Ouaip, pas cool. Je sais, un mois ou deux... mais d’abord j’ai pas de contrat, hein, pis de toute façon, y a pas eu d’avancée probante dans le dossier qui nous occupe. Attends.
On était restés que la vieille l’était bloquée sur son plumard de l’hosto militaire en attendant la pose d’une tête d’humérus. Ouais, salement. Sauf qu’ici, si tu sais pas, c’est JAMAIS comme tu crois que ça sera, ou même qu’on s’imagine. Trop simple... faut corser... complexifier... faire chier... emmerder le monde. Alors on y va à coups de lapins, de menteries honteuses, de glauques billevesées, de casses-toi tu pues: t'as qu'à revenir, on a autre chose à foutre; c’est pas qu’on veut pas, mais y a pas moyen; comprend pas c’que tu veux, sait pas, vas t’en voir de l’autre côté de la rue.
C’est comme ça, le neurone bat de l’aile, s’en part en tournée mondiale juste le jour où t’as besoin. Pas demander la lune, pas rêver. Fais comme tout le monde ici: laisse bercer par le j’m’en-foutisme atavique et colle ta déprime en sautoir, te ronger les phalanges jusqu’aux arpions, te ratatiner sur ta chaise en plastoque en attendant qu’on change d’avis sur ton destin laminé à l’avance par les traîne-savates et les branleurs acabit primates-préhistos. C’est de l’enculade perpétuelle premier choix, de la sodomite bien huilée et tu fermes ton clapet, c’est la coutume, l’us, et personne trouve rien à redire.
C’est ça que tu dois faire. T’écartes bien les fesses d’une main et tu tends gracilement ton tube de vaseloche de l’autre. Tu suis le mouvement. Regarde le voisin, comme il fait bien. L’est souple comme une limace passée à l’attendrisseur. Se contorsionne juste comme y faut. Avec le sourire de L’homme qui rit. Coupez-moi l’jus, pas besoin de frigo ni d'ampoules, pis l’eau aussi, pas besoin, j’attendrai la pluie pour laver les mioches dans les flaques bourbeuses de la rue. Ah pis bouclez-moi ma chaîne de télé préférée, toute façon elle sert à rien sans la luz... Et pis la bière, c’est mauvais pour mon foie, alors tant qu’à faire, une ley seca serait pas de refus... Vas-y mon gars. Le Présidou, l’a bien compris le jeu: l’a sorti son gros braquemart et c'est l'enfilade à la chaîne.
Donc tu sais comment tu dois faire, mais des fois, tu peines à la comprenette, ou t’es pas bien tout comme y faut sur la bonne longueur hertzienne. Pas réveillé du bulbe, sorti de la vase croupionne qui te sert de hamac. Alors rentre chez toi, on t’a pas sonné, ça c’est l’argument habituel, ritournelle emmanchée à la vas comme j’te pousse dans la merde ça t’apprendra à la ramener. Videmment, tant que t’es là, va bien falloir. Hein. Alors tu fais la queue tout comme ils disent, tu poireautes ton temps précieux entre baladages à tout crin et lapinades concentrées façon l’avocat merdeux qui fait le mort quand t’appelles, travaille plus ici, s’est barré à l’autre bout de la galaxie jusqu’à que le calme revienne sous ta soucoupe nerveuse. Voilà pour l’ambiance, la sauce bourguignonne pour accompagner la bidoche de la vioque, bien sanguinolante en attente de traitement.

La vieille, au départ, t'as suivi, l'avait le bras cassé niveau épaule. Les jambes en bambous sciés et rafistolés à la prothèse, les doigts sans sensations passque paf par-terre et pof les cervicales. Ou comme ça. Mais ça marchait encore, ça trimbalait du matelas à la cuisine, ça faisait ses p'tites bidoches à la poêle, se tirait ses jambon-beurres du frigido comme une grande, se goguenaudait autonome, enfin bref.
A l'hosto militaire, l'est restée dix jours. Dix jours plantée dans un pageot dont c'était la copine qui fournissait et changeait les draps, torchait le dergeot, filait la boufftance, les médocs. Y a pas écrit "infirmière" sur les bonnets rachidiens de ces d'moizelles lobotomides qui déambulent dans les couloirs équipées du matériel dernier cri technologico-sanitaire que sont le tube de rouge, la fiole de vernis et le cellulaire ouvert en page SMS.
Dix jours, c'est long. A rien foutre. A rester pieuté, les muscles qui fondent et le cul qui gratte. T'as bien le temps de rester dans ta bidoche, à roucouler comme un glandu, espérer la venue de Dieu sait qui. T'attends ta pitance et tu morfonds. Après dix jours, plus possible de rester assis sans le secours d'une escouade de mains tendues. A tout perdu, la chique et le reste. Tout le monde te le dira, après 1 semaine de lit, 30% de la muscule se fait la malle. Alors avec l'âge, le manque de mouvement depuis des lustres, le retour de manivelle c'était couru. Le topo, je te le mets pour que comme c'est pire à l'arrivée qu'au départ, tu piges bien comment ça marche la médecine à Vételgeuse.
Alors pendant ces dix jours, s'est passé quoi, mon zobi ? Ben rien ! Les toubibs se sont succédés, l'ont demandé des plombées d'exas chers et chiants. Et pis d’abord, un hosto militaire, faut savoir, c’est militaire. Les gars qui dirigent, le personnel, tout ça, et les priorités, c’est des crétins à casquettes. Comme partout, l’ont pas inventé l’eau chaude, ni même tiédasse, mais sont bien bottés, bien ripolinés du galon, ça sait marcher au pas et dire oui chef quand y faut. Les thunes, la discipline, les décisions, c'est l'uniforme.
Forcé, c'est le galonné qui profite d'abord, ensuite la limaille vert de gris. Après, ça devient public s'ils ont le temps, l'envie, la matos. Pour la vieille, ça s'éternisait. Et le chef, le commodore du tintouin, il passe derrière le toubib et au final c'est lui qui dit qu'on va ouvrir ou qu'on va rembarrer.
Là, le toubib de la vieille, si t'as lu c'est lui qu'avait trouvé le lit et qu'allait opérer, plus le toubib responsable de l'hosto, ils avaient agendé la prothèse, mais comme le commodore venait jamais, pouvaient pas enclencher les hostilités. Pis tout soudain, le chef l'est venu, l'a briefingué ses ouailles, s'est rencardé sur tout ce qui fallait décider avant les vacances à Miami, pis l'a dit non, la vieille, peut pas, ça sent la tachycardie à plein tarin, si elle nous claque on va dire chez les militaires c'est coupe-gorge et coupe-moi ces crédits vu le massacre au bistouri.
Bon alors voilà, Mââme la vieille, falloir rentrer chez vous, maintenant... C'est que c'est pas tout ça: on a des vrais malades à soigner, des qui claquent pas tout seuls et qui jouent le jeu, comprenez. Pis ici c'est gratuit, alors pas question de moufter, s'pas ?
Bon, fallait encore passer à la caisse passque même si la bouffe est inoculée par la famille faut tout de même la rincer. Là, c'était dix jours de p'tit déjs chargés à la farine de maïs accompagnée d'une giclée de fiente de haricots noirs et de bidoche effilandée façon salade de boyaux de chats en salsa osso-bucco. Rien que pour la cantine, valait le coup, la tournée !
Re-ambulance et retour at home sans toucher la prime du Start.

Après ça, sûr, le médico opérateur d'humérus l'était un brin emmerdaillé vu qu'il s'était engagé et qu'il avait déjà fait banquer pour la prothèse. Le gars s'est démené, trouvé un autre hosto public, un qu'était d'acc de prendre Mââme la vioque. OK, prennent les dispositions, les dates, tout. Lit réservé, opération calendée. C'était genre une semaine après les militaires et la vieille articulait que dalle des bras et des jambes, portée par les événements et lessivée au fond de son plume.
La veille de partir en tuture à pimpon pour la Grande Aventure Opérative, la fameuse copine de la vieille, qui s'occupait et tout le tra-la-la, bigonouille à l'hosto pour confirmer que demain, c'est sûr, le lit, pas d'embrouilles les gars. Non-non, tout va bien de ce côté-là. Le toubib, l'admission, tout le monde confirme. Demain tu radines, derniers exas, faut ce qui faut, pis billard dans deux trois jours.
Lendemain, ambulance, traversée du pays, sur place, pas de lit, pas possible, t'es qui, pas prévu, faut que tu retournes. Bon, on alpague le toubib, qui finit par passer deux heures plus tard. Y dit que merde, pas de lit, trop d'urgences, tu vois. Cerise sur la tronche: c'est pas sûr qu'on va l'opérer, tu comprends, si l'ont pas pris au militaire, t'entends, c'est problo et compagnie, ici, déjà des bruits qui courent... Ah ouiche, pis si tu pouvais repasser après-demain, on va se réunionner parmi, faire le point de la besogne et on décidera sûrement quelque chose.

La copine, à ce stade, elle s'embue les synapses et baisse les bras. Va chier connards, on va s'opérer tous seuls... Mais avant de repartir, l'ambulancier, un ch'tit gars pas bien malin, pas bien joli, mais avec les yeux partout, il dit comme ça: "mais pourquoi c'est-y que tu vas t'opérer, vu que ton bras il est déjà calcifié ?" Comment t'as dit, mec? Non, sérieux, la radio, là, elle dit bien que depuis le temps que la vioque s'était rétamée, belle lurette que l'os ç'atait resoudé. Donc y a plus d'urge et pourquoi qu'on s'emmerderait avec une prothèse qui n'arrangera peut-être même rien vu que les soucis de mobilité c'est encore une autre musique...
Fectivement, pas besoin du toubib de mes glandes, un couillon qu'a pas même été foutu d'y voir plus clair qu'une cucaracha ambulancière en mal de confides...
Alors si tu vas par là, le truc c'est chagrin et Cie. Tu vois ? Faut pas bobo, dans ce pays de merdeux. Jamais. Faut vivre avec ta peine. Faut pas espérer rien. Tu te mets face à la rue, tu lorgnes un peu là, ceux qui passent, tu clignes quand y fait trop soleil. Tu vas te coucher tranquille pour la prochaine journée. Cours pas, cherche pas. Vas-y molo. Faut pas jouer les riches quand t'as pas l'sou, disait Jacquot, faut pas jouer l'homo-sapiens dans un nid à blattes...
Et pour terminer en forme(s) d'apothéose, regarde tous ces petits animalitos s'agiter dans leur bocal, c'est-y pas beau à voir ?



Et ce sera tout pour aujourd'hui, Robert.

samedi 13 juin 2009

Le travail c’est la santé (1)

Cette fois, c’est pas l’histoire d’un mec, mais d’une vieille. Les oreilles qui traînent… M’a raconté. Fait plaisir à entendre, instructif, alors je mets.
C’est l’histoire d’une vioque. Pas bien du tout. Obèse, ulcères variqueux plein les guiboles, où s’agitent les asticots because la chaleur, les mouches, façon générale, l’hygiène ambiante. On nettoie à l’anis, ça les fait sortir, surtout pas à l’alcool, s’enfilent en profondeur. Une jambe, c’est prothèse au genou, opérée y a deux trois ans, l’autre, c’est pour bientôt. Dans ces conditions, se traîne pour aller aux chiottes, se traîne pour aller à la cuisine, au plumard. Alors paf ! se casse la gueule, normal. Mais là, depuis un ou deux mois, a sent plus ses doigts, le bout du moins. Pour tenir un crayon, tintin, pareil pour la fourchette; ça tourne à l’aigre, même au cauchemar. Au bout du compte, allo médico, ça s’impose. Mais avant ça, tu penses, faut pouloper direction mode d’emploi de la vie médiqueuse à Vételgeuse.
Ici, la Médecine – avec un grand M, comme dans Merdique, ou Merdeuse –, c’est gratoche. En tout cas c’est ce qui se dit. Alors t’as comme qui dirait des dispensaires, des cliniques et des hostos publics, où tu paies pas un rond, mais faut quand même le dire assez vite passque question service, t’as intérêt d’être motivé. Et pis les médocs, fourniture, draps, bouffe et tout ce qu’y a pas sur place, tu dois payer de ta poche. Donc échange de bons procédés, c’est pas plus mal: t’as les soins à l’œil mais tu raques le matos. Ouaip. Sauf que le matos, y en a pas plus épais que le quart de poil d’un mollet de criquet, alors en route pour le porte-monnaie. Et pis t’as l’ambiance. Ahhhh, l’ambiance d’une bonne grosse clinique volibarienne… À soi tout seul, ça vaut cinquante sketches de Coluche avec les bonus ! Une ambiance survoltée de blattes en fusion: ça grouille de partout, ça poireaute des plombes dans les couloirs, ça sait pas où ça va, ce que ça veut, pourquoi c’est là. Faut attendre, espérer, attendre, croire, prier, pleurer, attendre (chais plus si j’ai dit) et repartir chez soi sans résultat vu que la journée est finie. Et tu reviens demain pour un nouveau tour de manège. De toute façon, le toubib est pas là, le matériel est en panne, les infirmières jouent avec les textos ou le vernis à ongle. Dans le couloir, y a pas de chaises où s’asseoir, la clim est poussée à bloc, façon Terre François-Joseph un premier janvier.
Les horaires, ici, y a pas, tu peux te brosser pour un rendez-vous à heure fixe. Dans tout le pays, le système est le même, pareil au privé, dentiste, radios, hostos: t’as un horaire de départ, un de sortie, à toi d’être là le plus tôt possible et te farcir la queue. Comme les burnes locales, ça les effraie pas de glander quelques plombes à rien foutre de leurs dix doigts, vu qu’ils font pareil chez eux, tu seras toujours pas dans les premiers et ce sera minimum 4 ou 5 heures d’attente. Après y faut encore que le médecin veuille bien se bouger le cul, tu comprends, il a consultation, mais comme il bosse aussi au privé, cabinet et cliniques, où ça gagne plus, t’as plus de chance d’attraper le sida en visionnant un film de cul que trouver un toubib en état de marche dans l'hôpital.
Après, bien-sûr, t’as le privé. Comme partout, ça banque sec. Pareil que chez toi, mais en monnaie locale, au taux de change calculé au plus fort. Et pis à part pour l’ambiance, plus feutrée et moins de blattes dans les couloirs, faut pas croire que c’est beaucoup mieux: tu paies, mais faudra quand même que ta famille vienne s’occuper, te donner à bouffer, etc. Passqu’ici c’est comme ça, t’as la famille nombreuse qu’est là pour ses malades. Ça se relaie, ça dort sur place, ça reste au pied du lit. Normalement, au privé, le service c’est payé avec le prix de la piaule, mais habitudes nationales obligent, va-t-en bouger le cul de ces grosses vaches d’infirmières… Pisque de toute manière la famille est là, qu'y s'démerdent ! Les repas, faut aller les chercher au réfectoire, elles apporteront pas, les sonnettes, y a pas, alors c’est à la famille d’aller chercher le personnel dans les couloirs ou dans les chiottes, va savoir. Mais tu paies quand même.

Pour notre vioque, elle avait pas les ronds du privé, alors l’a demandé au chirurgien pour se faire opérer au public, y fait aussi, mais y a l’ambiance, comme j’ai raconté. Tant pis. Le toubib, comme il l’a connaît de sa prothèse du genou, il s’est pointé à domicile, ça c’est cool. Pas donné, mais cool. Le gars, il a dit: sûr que le bras est fracassé, pis les vertèbres éclaffées, ce qui expliquerait les pognes insensibles. Les nerfs ou un autre bordel a foiré lors de la dernière chute, fallait te mettre à la diète comme on avait dit à l’époque, tes 140, tu vois, c’est pas jouasse pour les guiboles, maintenant ça va lâcher de plus en plus souvent ! Bon. Alors on fait quoi ? Ah ben faut déjà des radios. Pour ça, c’est via l’hosto, mais comme a peut plus marcher, c’est le trajet en ambulance, mais faudra douiller, because la gratuite est pas équipée pour le mastodonte, faut treuil hydraulique et tout le bataclan. Donc ambuloche privoche, tout nickel, mais bonbon la radio ! Faut ce qui faut, ma bonne dame.
Là, ‘tite digression: les assurances, t’oublies, elles taxent à peu près le même prix qu’en Europe, vu la valeur de la monnaie locale de Vételgeuse, c’est soit tu bosses dans le pétrole et tu frimes, soit tu banques quand y faut.
Donc le mardi, j’ai pas dit mais c’était un mardi, l’ambulance vient charger la vieille et s’en va faire un 'tit tour à l’hosto pour la radio. Font une seule radio pour les deux genoux (fallait oser), pis une autre du bras. Les clichés sont qu’avec beaucoup d’imagination tu distingues une vague ombre au milieu d’une mare de blanc, mais c’est pas grave, le toubib, lui, il a vu tout de suite que la tête de l’humérus était fendue comme un cul de nonne. Soit a reste 40 jours le bras en écharpe, et vu comme elle doit se bouger juste pour curer les doigts de pieds, t’oublies, soit c’est opération et re-prothèse. Donc, vamos pour l’opération, con Dios ça devrait le faire. Faut encore dire que le soir même du trajet radios, la maison de la vieille s’est fait visiter pendant la nuit… Comme elle vit seule, le retour en brancard d’ambulance signifiait au voisinage l’immobilisation complète… trop tentant pour les gentils du coin ! Reusement, l’oreille fine, la vieille, alors l’a appelé au portable et les zobis se sont carapatés par derrière la clôture.

Bon, là, c’est la deuxième étape des réjouissances. On a déjà eu l’ambulance aller-retour, le médecin deux ou trois fois à la maison, on a déjà douillé quelques roupies. Reste à planifier, on entre dans Kafka ! Après plusieurs tentatives, l’a un jour de fixé: tu viens mercredi, tu restes pour les exas et lundi c’est le billard. Videmment, faut trouver quelqu’un pour occuper la maison durant l’absence, sinon le retour posera quelques soucis, tu commences à piger comment ça marche au pays ?
Donc mercredi re-ambulance et zop ! à l’hôpital militaire du coin, c’est le meilleur du public et le seul qu’acceptait de prendre en charge l’embrouille sur pattes. Passqu’il y a quand même le bras, pis les jambes, pis les mains qui lâchent tout, pis le surpoids, pis les ulcères ouverts, pis l’incontinence qui vient avec le bordel des nerfs, ou l’âge, ou Dieu sait quoi… Mais pour l’instant, on fait le bras, on verra le reste plus tard. Alors au public, y zont dit non merci, allez voir plus loin. C'était moins une que le privé c'était quand même pour sa pomme.
Au militaire, le mercredi, aux urgences, aucun toubib. La vieille, elle reste sur un brancard de midi à 18h. à se pisser et se chier dessus, y a pas de personnel qui s’occupe et la donzelle qui l’accompagne peut pas la soulever ni rien. À force, l’amie finit par savoir que la toubib est bien dans l’hosto mais qu’elle tourne chais pas où pour ses consultes privées, a pas le temps de venir aux urgences. Au bout du compte, l’amie de la vioque la trouve dans les étages et la prend en otage pour les urgences. Là, tout le monde applaudit bien fort, passqu’y avait pas que la vieille à poireauter, mais tu penses que personne se serait bouger le cul pour aller faire quelque chose ! Ouais, j’ai pas dit, mais l’amie en question, c’était une putain d’étrangère, tu sais, ceux qu’aiment pas attendre pour rien et qui brâment dès que ça va pas comme ils veulent… Mais les mecs, du coup, malgré que ce soit qu'une putain de gringa, y zont quand même été contents.
Bref, alors la toubib, une fois sur place, elle regarde le topo et pis elle dit qu’on va faire les exas complets et pis lundi elle va rentrer gentiment chez elle. Et le lundi suivant, ou un autre, ça dépend, on ira pour l’opérer. Ah bon, pourquoi ça ? Pourquoi pas lundi comme c’était prévu ? Ah mais non, lundi y aura pas d’anesthésiste... Y en a que deux, une est en vacances et l’autre, on sait pas trop, elle vient plus au taf depuis quinze jours… Bigre ! Et on pouvait pas le dire avant ? Ben non, la toubib avait pas eu l’idée de regarder son planning avant maintenant... Bien joué, les mecs ! L’ambulance et tout le tintouin, ça va finir par enterrer la vieille avant même la pose de la prothèse…
Alors depuis mercredi, c’est les exas et la vie à l’hosto militaire. Là, pas d’infirmières dispos pour le tout-venant du quotidien, même pas de sonnettes, alors c’est l’amie et encore une autre bonne femme de la rue qui se relaient 24h. sur 24 pour changer les draps (qu’il a fallu apporter, comme tout le reste), nettoyer le cul, donner à bouffer, filer les médocs et tout le matos: bandes de gaze, désinfectant, la totale. Cher à l’achat et bien du plaisir pour tes journées ! Pas grave, vous êtes là pour ça.
Pour les exas, ça aussi c’est rigolo. La toubib, elle vient, c'est une bonne-femme, pis elle dit, voilà, tu dois faire une échographie. OK, je vais où ? Alors là, je sais pas, elle répond. Nous, on n'en a pas ici, alors faut aller voir à l'extérieur... Bien. L’amie, qu’est donc pas d’ici, partie pour des heures de vadrouille en ville à chercher où putain on va pouvoir faire une écho. Le lendemain, la toubib, elle dit voilà, faut une culture d’urine. Bon. L’est où le labo ? Ah mais non, notre appareil est en panne, faut trouver un labo à l’extérieur et nous ramener les résultats demain. Re-crapahutage en ville, la toubib savait pas non plus où fallait aller pour trouver un labo en fonctionnement…
Maintenant, c’est un peu le train-train, l'amie s'arrache les tifs en veilles continues, la vioque attend que ça se passe. Mais là, pour la suite, faudra attendre un chouïa, passque l’opération, à ce qu’il paraît, elle a pas encore eu lieu. Alors on y reviendra. Mais en attendant, pour se ressourcer, on va essayer de penser à plus jeune et mieux en formes, pas vrai ? Faudrait pas se laisser aller à la déprime, y a quand même des bons côtés, dans ce pays d'emplâtrés.

Et ce sera tout pour aujourd’hui, Robo.

jeudi 4 juin 2009

La fête à Ingrid

Cette fois, je voudrais laisser parler un pote. Pas toujours moi. Un Grand pote. Sur un sujet rigolo assez proche de la vie à Vételgeuse. Vous l'allez voir. Et puis chez Seb, le filmeux qui l'a pris en habitude, y a plein d'autres séquences. Alors plongez-y sans retenue, ça vaut son pesant de TJ de TF1...


Pour le reste, on s'enverra une ou deux poulettes dès la prochaine fois, promis-juré ;-)
Allez, remettez-vous bien! Robert.

samedi 2 mai 2009

Le parcours du combattant

Comme je bade à tout va, dans ce pays de loqueteux, faut bien s’occuper, là je suis passé par Vétacas, la capitale, et faut que je te dise.
Alors c’est l’histoire d’un mec, comme disait l’autre, qu’avait comme des envies de se faire du frisson en fréquentant les administratifs de Vételgeuse. Parce que le frisson, l’est garanti, si tu vas par là... Je vais pas tarder à te l’explicationner et c’est à ça, justement, le frisson de l’incroyable mais vrai, qu’on voit si t’es vraiment de par ici ou pas: si c’est trop crédible, c’est que t’inventes ! Because autrement, tes racontars, ils sentent le pas croyable au point de te faire insulter dans les forums de Libé si t’as le malheur de vouloir intervenir ici ou là pour dire comment tu sais les choses de l’intérieur, et c’est justement ça qui sonne solide aux oreilles d’un qui roule dans la région. Les choses vraies, elles sont seulement pour les avertis, un petit club fermé dont tu feras jamais partie à moins de quelques années de cauchemar. Pour les autres, les touristes – mort aux cons –, les visiteurs, les observateurs, tout ça ne sera jamais imaginable ailleurs que dans un roman de Howard Phillips Lovecraft ou d’Edgar Rice Burroughs. Du coup te prennent pour un menteur et affabulateur de gaudrioles. Pas grave, tu connais ma devise: que chacun reste avec ses certitudes et les moutons de panurge seront bien gardés.
Bon, reprenons. Mon bonhomme, c’était pas juste pour s’amuser avec les autorités irresponsables, l’était aussi obligé de se les farcir pour sortir enfin sa carte d’identité, ou cédula en idiome local, un césame obligatoire et quasi impensable à obtenir par voie légale sans se défriser la nageoire dorsale. Mais là, je dois t’expliquer des trucs et des machins pour la clarté du propos, sous peine que tu vas rien piger, déjà que ceux qui vivent ici en touchent pas bien lourd... Mais moi, comme je sais, je vais t’instruire, laissez faire le technicien qui sait !

Ici, au pays, à Vételgeuse, t’es suivi à la trace grâce à ta cédula, qui porte un numéro qui soude le quidam à son identité depuis l’école jusqu’au cimetière. Pour faire tes achats tu dois donner le numéro, aussi bien un bout de pain qu’un bifton d’avion, pour toute démarche et aussi pour les contrôles en tout genre. Tu vois que s’il le voulait vraiment, le pouvoir en place pourrait sacrément fouiller dans le cursus du pueblo, ce qu’il a acheté, bidouillé, Dieu sait quoi, mais s’il le fait pas, pas encore, c’est surtout parce qu’il est aussi glandu que les merdeux dont il a la charge. Passque mettre en place un système efficace de vérification de ceci-cela c’est déjà être efficace. Or par ici, les gamètes du fœtus de l’ancêtre préhisto du premier mec qui sera vraiment efficace n’ont pas même encore été imaginées par le Saint-Père, qui, comme tu sais, a d’autres chats à torcher. Et pis le système local n’aide pas beaucoup à la manip, faut bien reconnaître...
Dans les faits, un nombre difficile à estimer desdits branleurs nationaux – mais jugé suffisamment important par l’État pour organiser aujourd’hui des campagnes de cedulación; faut bien s’atteler à sortir le têtard de la nasse et au passage contrôler l’électron trop libre – n’ont jamais été référencés ni même déclarés. Tu viens au monde, tu vis dans ton nid à blattes, on te pose pas trop de questions selon où tu crèches, dans ton trou à rats multi-glandards, ou tu réponds n’importe quoi, ça se fait, ou encore tu files de faux papelards au besoin, ça se fait aussi, et hop, tu passes l’arme à gauche avant même que l’administratif se soit aperçu de ta fugace présence sur cette terre de délices, de miel d’aubergine et de lait demi-gras. Je te parle pas de clandestoches, Chinetoques, Colombophiles ou Guyaniais, mais de gars bien d’ici, de familles aussi indigènes qu’autochtones, qui n’ont jamais trouvé le temps ou l’énergie de déclarer leurs niards et qui resteront dans un total anonymat tant qu’une raison majeure n'aura pas pointé le museau. Par après, si vraiment besoin, y a toujours moyen de s’arranger avec les moyens du bord: cartes bidons plus ou moins vraies, bidouillages plus ou moins cafouillatoirs à base d’infos récupérées sur des macchabes ou des vioques qui n’iront jamais nulle part et dont tu vas te faire un plaisir de payer la réfection des chicots en échange d’un nom et d’une date de naissance en bonne et due forme. Dans ce cas, le bordel ambiant sera ton plus fidèle allié: bases de données mises à jour à l’époque de la colonisation, manque d’ordinos de la flicaille, retard antédiluvien des fichiers de référence, centralisation inopérante de toute l’administration avec non retour vers les cambrousses. Du coup, dans tous les foyers végètent des quantités ahurissantes de zombies dont personne ne s’occupe de savoir qui, quoi et comment ils sont arrivés là. De toute façon, la majorité des rues n’ont ni nom ni numéro et les adresses n’existent que dans la tête des gens qui ne savent où ils logent que par rapport à l’édifice connu le plus proche, cantine militaire, église, banque, chiottes publiques. Les fonctionnaires, flics compris, sont exactement comme les autres et donc s’en tapent les burettes à grands coups de piston hydraulique. Tout le monde est à la même enseigne alors chacun fait avec. Le big avantage, c’est la liberté de mouvement, le retour de manivelle, c’est l’impossibilité d’obtenir quoi que ce soit dans ce système de paralytiques désorganisés. Là-dessus, faut encore coller une triste et corruptive réalité: tout est volontairement fait pour que rien ne marche de manière officielle, de façon à devoir nécessairement passer par la bande en payant évidemment l’escouade de tordus qui se chargera de rendre le service public on ne peut plus privé... Faudra apprendre la maniclette, être très, très patient, et surtout régler avec le sourire les frais dispendieux de ces bonnes âmes qui auront aidé à la marche du pays.
Pour en revenir à nos cédulas, faut préciser que pour les étrangers c’est les mêmes que pour les nationaux, sauf qu’elles sont jaunes au lieu de blanches et que leur numérotation diffère légèrement. Et pour les obtenir, pareil, c’est aussi crucé-bannièrible que pour les autochtones. Ça devient donc vite LE souci de l’expat' moyen qui aimerait rester dans les règles et qui n’a pas encore compris qu’il sera toujours le dindon farci de quelque enculé local, même avec sa cédula agrafée sur le front. En plus, comme il en touche pas une bille, le pauvre bougre, que ça fait peine à voir, c’est plutot facile et rigolo de le faire crapahuter dans la mélasse et de lui extorquer ses roupies à chaque coin de gravillon. Tiens, ça me fait même tellement pitié que je vais me fendre d’une petite digression informative à seule fin d’éclairer la naïve jeunesse qui voudrait venir planter ses choux ici et qui n’a pour seule source d’intox que les blogogols de mes collègues du Web ou les articles encyclopédants de Wikipedzouille et autres sources d’infestation foraine.

Pour vivre ici, à Vételgeuse, hormis une paire de couilles haut perchées et bien accrochées à défaut de les avoir en or, faut de la chance, des contacts, du sens pratique, du flair, de la patience, de la prudence, de la poigne, de la tchatche et une cédula. Pour l’obtention d’icelle y a qu’à juste la demander, d’abord une transeúnte, valable un an et renouvelable, puis une de résident, après cinq transeúntes. Mais comme ce serait trop simple, il est pratiquement impossible de décrocher normalement le premier visa, ou alors d’en renouveler un qu’on aurait eu par miracle. On a beau poireauter des plombes dans des queues interminables, chercher de guichet en guichet le bon service et le bon formulaire: personne ne sait rien ou renvoie la patate chaude. Total: reste plus qu’à chercher un moyen détourné d’arriver à ses fins. C’est là qu’il faut avoir la bonne filière, un véreux qui fera le nécessaire moyennant un gras pourliche. Et même comme ça, y a rien de sûr: personne ne bossera sans être payé d’avance et si le gars a déjà touché son pognon, y a de fortes chances qu’il en ait plus grand-chose à battre ! Si tel est le cas, le type disparaît dans sa famille quelque temps, ou se fait muter, ou simplement n’est plus joignable... Ils savent particulièrement bien faire le mort, dans le pays, c’est même la grande spécialité avec la pose du lapin de garenne à travers les dents ! L’autre truc, c’est aussi quand le gars n’est pas le seul maillon de la chaîne et qu’il perd le contact, pour une raison ou une autre, avec les maillons suivants: ça donne naturellement sur une enculade maison (le type ne va certainement pas rendre l’argent touché, tu rêves ou t'es débile) et le retour à la case «Départ» sans toucher de prime.
Depuis que je suis ici, dans ce beau pays sous le soleil duquel on aime tant se dorer le trou de balle, je confesse que je me suis méchamment retourné le bide de rire à force d’en entendre de toutes les sauces. Le plus souvent, les gars ont payé un «bon» contact, généralement avocat, notaire ou préfet, pour sortir la précieuse céduloche, qui fait aussi vrai qu’une vraie mais qui a le vilain défaut de ne pas apparaître dans les systèmes informatiques et, par voie de conséquence, de ne pas servir à grand chose si ce n’est à être accrochée dans les gogues comme souvenir ou à finir en taule si on a eu le malheur de la montrer à un officiel qu’on n’a pas su bakchicher, lui qui pourtant ne voulait que notre bien...
Ce qu’on peut encore dire, sur cette précieuse cédula, c’est qu’il vaut tout de même mieux l’obtenir de façon légale, même si c’est impossible, tout simplement parce que dans le pays, contrefaçons et billevesées obligent, les officiels sont méchamment aguerris à détecter tout ce qui ressemble de près ou de loin à une cédula de complaisance. Et les questions insidieuses du genre tu l’as faite où, t’as été voir qui, à quel étage, dans quel service, on t’a fait signer quoi, combien t’as payé les timbres fiscaux, etc. sont plus efficaces que n’importe quel passage aux rayons X de la carte (surtout qu'elle est mécaniquement vraie): si tu sais pas, ou mal, tu tombes ! Dans le meilleur des cas ça vaut un graissage de pogne de luxe, dans le pire c’est la cellule fossière et l’expulsion avec missile dans le fion.

Bien, notre bonhomme, donc, on en était là, s’est décidé à régulariser, après dix ans de présence sur le territoire ça devenait urgent, surtout que sa fausse cédula commençait à devenir transparente à force d’être sucée par les rétines corrompues des flicards qui l’on déjà rentabilisée. Se pointe donc à l’ONIDEX de Vétacas, le service tout puissant des étrangers. À l’entrée, tu peux pas entrer, faut savoir ça, mais par derrière, tu peux faire la queue. Comme elle fait le tour du bâtiment, la queue, c’est-à-dire de tout le pâté de maison, sans rire je te prie, tu peux donc bien commencer par le devant quand même. Mais notre héros, accompagné d’un ami porteur d’une carte de flic, s’en est pas laissé conter et s’est faufilé à l’intérieur malgré tout. Mais sinon, t’as donc entravé que rien que pour pénétrer dans le sacro-saint building tu n’auras pas trop de toute ta sainte journée et bien plus au demeurant. Et pour pas perdre ta place dans la file, tu feras quoi ? Ben comme tout le monde ici: tu dormiras sur place pour être d’attaque le lendemain. Et ainsi de suite. Mais là non, le gars est un connaisseur.
Une fois à l’intérieur, c’est encore plus dantesque que dans la queue des emmanchés en attente de pénétration: quelques dizaines de milliers d’optimistes s’égarent dans tous les sens en quête d’information, dans le brouhaha général et les mouvements d’humeur de la populace éreintée, mais pas l’ombre d’un renseignement valable ne daigne tomber dans les escarcelles. On tourne, on alpague, on cherche, on renifle, on supplie, on pleure, on gueule, on menace, mais rien n’y fait, les fonctionnaires ne savent pas, ne font pas, les cerbères renvoient à l’extérieur. Et on revient tous les deux ou trois jours, le temps de refaire la queue à l’entrée. Si on a la chance, entre deux jérémiades, on peut lorgner du coin de l’œil les informations télévisées qui sont généreusement dispensées sur des écrans étalés ici et là et qui montrent le Grand Chef socialiste du pays s’extasier sur les bienfaits de la révolution qui a déjà mené la nation dans l’espace et dont l’économie et le système volibarien, c’est comme ça qu’on dit, s’apprêtent à mettre à genoux l’Occident dépravé… Devant notre formulaire désespérément vierge et l’absence de fonctionnaire avisé, on apprécie le cynisme ambiant à sa juste valeur !
Mais là, non, c’était pas le cas de tout ça, parce que notre héros alla directement au bon service, quelque part dans les étages, grâce à la connaissance des lieux de son copain avec sa carte de flic – de complaisance, mais bien suffisante pour remettre à leur place les foutriquets de l’ONIDEX. Un gars, au milieu d’une file d’attente, sans uniforme, ni casquette, ni badge d’aucune sorte mais devant une chaîne qui séparait quelques dizaines de branques de quelques centaines d’autres zozos, leur dit que pas moyen ici, mais essaie dehors, y a un opérativo spécial pour la cédulación, qu’il faut aller là-bas, vas-y voir c’est facile, un coup à droite, un coup à gauche et suerte hermano. Bon, dont acte.
Nos deux zigotos s’en vont dehors, à l’arrière du bâtiment, où, effectivement, en parallèle de la file qui cherche juste à entrer, une autre masse de crouillats se pressent comme des pilchards sous un soleil à décorner des bœufs. Y a des tentes rouges un peu partout, des officiels qui battent la campagne en t-shirts rouges aussi, des écriteaux adhésifs collés aux murs avec des directives dessus, des gens qui tournent comme des hélices atteintes de parkinson avec des papiers serrés dans leur petite menotte et le nez pointé en avant comme des poules en quête de grain. Dans le tas, notre Blanc égaré – sont tous colorés, les autres demandeurs de cédulas: Colombiques, Boliviques, Dominiques, Haïtiques, les Occidentaux ayant quant à eux payé l’avocat marron qui les a sodomisé à sec – notre Blanc, donc, finit par identifier la tente qui se charge des cédulas étrangères, par comprendre que la queue commence à quatre heures du matin et que le travail des fonctionnaires débute à dix heures. Entre-temps, un soleil d’enfer finit d’abrutir les demandeurs à coup d’insolation carabinée. En fait, il y a cent numéros distribués par jour et pour avoir la chance d’en obtenir un faut se pointer dans les premiers et attendre gentiment que les gars radinent pour leur dur labeur quotidien… C’est la «misión identidad», le cœur de la Grande Marche volibarienne, la splendeur de la doctrine révolutionnaire au service d’une population latrina de glands, de bestiaux baladés par des fantoches comme autant d’infibulés volontaires.

Bien, on fait quoi, maintenant ? Une bonne pluie bien tropicale menace de venir calmer les mioches qui braillent dans les bras de leurs mères porteuses, de rincer les idées nauséeuses des files d’attente d’épuisés qui se distribuent de tous les côtés, vu qu’il y en a pour tous les goûts: cédulas nationales, étrangères, premières émissions, duplicatas, bref, ça cédule à l’échelon planétaire. Pour ce faire, les fonctionnaires disposent de PC portables ayant connu la guerre des Gaules et d’imprimantes jet d'encre capables de rendre les photos d’identité aussi claires qu’un dégueuli de clodo polonais ayant ingurgité quelques douzaines de moules panées et faisandées farcies à la gelée de nounours Haribo. Au beau milieu de ce fatras réjouissant, des fils électriques dénudés jouent avec les pieds des passants, se déconnectent, occasionnant de rafraîchissantes pauses d’une heure ou deux sans courant. Les décérébrés locaux jouent de leur sans-cervelle pour mieux foutre le boxon dans l’imbroglio, ne savent pas lire les directives, énervent les fonctionnaires, tournent en rond pour mieux occuper le terrain et éreinter les autres.
Il est neuf heures, on a visité un peu partout, compris de quoi il retournait, décidé qu’on n’aura pas les burnes de se farcir la file. Alors on s’approche gentiment des types en rouge, on explique un petit peu le topo, on pleurniche que nous, les Blancs, putain, c’est si dur pour nous et que pour eux aussi, les gars, ça doit être dur et qu’à midi, je sais pas, faut aller déjeuner, reprendre des forces, et tiens, deux ou trois cents milles, ça aiderait à faire passer le déjeuner, pas vrai? Regard torve du jeune gars, attends par là, on va voir, faut voir, on va déjà commencer le taf. Après, c’est des yeux qui furètent, des têtes qui se penchent entre le jeune gars et son chef, des messes basses, des donne-voir un peu ton passeport, tiens, est-ce que tes données sont à jour, ton résident, il est bien dans la machine ? OK, passe-moi voir ce passeport... Dedans, les biftons attendent tranquillement sans moufter et le passeport rejoint prestement la pile de ceux qui se sont farcis la file d’attente depuis quatre plombes du mat. Faut rester discret, peut y avoir un grand chef superviseur qui veut aussi s’engraisser, pis y a les autres qui ont attendu dans la queue et qui nous ont pas vu, peuvent s’agacer et éructer quelque brâmée mal venue. Mais bon, avec un rien de pratique et de discutaille avec ses voisins de file en attendant d’être pris en photo devant la bâche en plastique blanc maculé de traces de pieds et de mains sales, on a vite fait de se mettre en confiance et comme tout le monde est bien content d’enfin y arriver, le zobe passe en douceur et on ressort avec son césame après une petite heure de paperasseries et de clin d’yeux avec nos potes complices.
À ce stade, le lecteur crucifixien, tu sais, le propre sur lui, se débonde de ses gonds tout vociférant, comment-comment ? salopards qui favorisent la corruption, fumiers de colonisateurs qui enrichissent les ordures du système ! Comme la Mère Denis, moi, je dis: ça c’est bien vrai… et comme dit mon pote, foin de logomachie hypocrite: quand je vois la file de pingouins, le bordel ambiant, que je devine la poireautée et les méandres qui m’attendent, je choisis sans l’ombre d’un scrupule: je banque, je douille, j’allonge, je raque, je crache au bassinet, et les branlés à blanc par l’autosatisfaction bien pensante feraient mieux d’en faire autant, ça leur dériderait les poils du cul !
Et ce sera tout pour aujourd’hui, les gars, à part peut-être quelques ch’tites poupounes pour la route, faut pas déroger ;-)
Roby

jeudi 16 avril 2009

Honnie soit la racaille !

Grand silence. J’étais occupé à prendre des vacances. Semaine sainte oblige, même pour les mécréants. Suis allé à la mer, sur l’île enchanteresse de Vargarita, tu connais, allez-y, ça vaut le coup d’œil: plages remplies de merde et de chiens galeux, routes défoncées à la pioche (j’ai vu des gamins s’amusant à détruire l’asphalte à grands coups et sous le nez des passants dont pas un n’aurait songé à élever la voix ni même à secouer la tête devant ces joyeux enfantillages), autochtones plus maléduqués que n’importe où ailleurs, instruction inexistante, politesse niveau fixe-chaussette, culture du fric et de la bêtise, stupidité crasse à tous les échelons, jean-foutrisme exacerbé, corruption idyllique, chaleur insupportable, bouffe graisseuse et indigeste, prix prohibitifs, insalubrité publique, pénuries d’eau, d’électricité, de denrées de base et de cervelles en état de marche, bref, comme partout à Vételgeuse mais en pire. Pourtant, paraît que c’est le nec plus ultra du tourisme, pas encore de masse mais ça pourrait venir.
Bon, c’est vrai, ici ou là dans ce blogue le lecteur attentif a pu se rendre compte que, parfois, les gens de Vételgeuse m’insupportent. Je n’en fais ni mystère ni n’en tire aucune gloire. Encore vrai que je ne tiens pas non plus les expats dans mon cœur et d’aucuns diront que je me suis parfois autorisé à... et patati-patata. Ceci étant, une autre race encore a le don de me hérisser les poils du derche, je m’en suis bien rendu compte en vacances et m’en vais t’en faire profiter. Je confesse donc volontiers que ce peuple malodorant de pisse-froids que l’on peut sans autre qualifier d’homo-salopus m’indispose d’une manière toute générale. Ceux à qui ça plaît pas, passqu’ils en font partie, connards, passez votre chemin ou vous en prendrez pour votre grade. Foi de Mérou !
Je parle ici de la racaille touriste, la saloperie fuligineuse et rampante, qu’elle vienne du pays ou qu’elle soit importée à grands frais, engeance trois fois maudite qui prend les territoires d’autrui pour une salle de jeu et qui fait la grimace dès qu’ailleurs ne ressemble pas à chez elle. Voudraient comme chez eux, mais le soleil en plus... Voudraient cartes postales, voudraient rêver, voudraient s’épater, mais n’ont à disposition que les moyens de leur insondable vulgarité. Quant aux autochtones, dont, c’est vrai, j’ai parfois affiché quelque mépris et qui essuient ici force critiques – au lieu qu’ils feraient mieux, convenez-en, d’essuyer la morve qui leur pend au nez et au cul –, ils subissent l’assaut avec sourire, complices pour cause de fric facile, face voilée devant tant de connerie sur pattes.
Mais entrons dans la fange, analysons le problo.

Le touriste, aussi bien routard que dindon entroupanné et parqué au Club Med, il croit dur comme fer qu’il est différent des autres glandus, que lui, au moins, il a des raisons honnêtes de voyager. Faut connaître la planète, bordel ! S’instruire, comprendre, chercher des sensations... À la rencontre des indigènes, envolées lyriques, comme c’est beau, merde, j’en ai la larme au fion et la tourista qui pointe le nez… Mais le beauf, il arrive avec ses habitudes, qu’il veut pas changer tu parles, il pige rien aux gens et à leur vie, forcément, au pas de charge, ça risque pas, impose l’usage de l’anglais, faut bien communiquer, fait grimper les prix, implante sa manière de voir et de penser. Alors qu’il le veuille ou non, c’est toutes ses valeurs qui restent une fois qu’il s’est trissé. Et ça ira pas mieux demain, passque demain, c’est les autres qui passeront pour en remettre une couche !
À côté de ça, tu te dis mais pourquoi donc toutes ces enflures vont-elles emmerder la planète… Facile, mec, sorite incontournable, inévitable corollaire: t’as qu’à compter les émissions de télé et les articles de magazine qui vendent le rêve comme du papier de chiotte triple couche. Ça bourre la moelle épinière du zombie devant son écran et au premier fifrelin de côté il saute dans un bahut direction les Falklands. Évidemment, chasseurs de miel au Népal, chasseurs de ténèbres en Thaïlande profonde, anthropophages en Nouvelle-Guinée, terres vierges de Sibérie, ice cream de l’Antarctique, otaries des Galapagos, pétauristes d’Australie, j’en passe et des bien mûres. Tiens, manque plus que Les décérébrés de Vételgeuse, ça devrait plaire ! Parce que plus c’est original, plus c’est inattendu, plus c’est inexploré, plus ça plaît. Pas mal, ça, hein ? Et qu’est-ce que ça veut dire, à ton avis ? Ben qu’elles resteront pas inconnues longtemps, ces contrées, à force de mettre le doigt dessus à tout bout de champ... C’est là toute l’intelligence du système; t’as même des guides touristiques du bout du monde, qui, du coup, ne sera bientôt plus que le bout du gland du touriste à sucer pour survivre. Et qu’on se ballade avec le Guide Bleu ou le Lonely Planet c’est blancs bonnets et consorts. Suprême délice: chacun regrette les monceaux de touristes qui gâchent le paysage mais chacun continue d’y aller en se disant qu’il suffit de chercher un endroit moins fréquenté. Total résultat: plus on déplore le phénomène et plus il se répand...

Parmi tous ces bœufs, faut le clamer haut et fort, les pires, c’est les crétins embarqués, les ceussent montés sur catamarans et compagnie, qui batifolent autour des îles, dans les deltas, qui remontent les fleuves et leurs affluents à la recherche des vraies valeurs, loin de la civilisation et de la connerie occidentales. Pauvres gens ! Pauvres cons ! Ici, à Vételgeuse, j’en ai vu plein... Entre autres bonnes manières, ces trous du cul ne trouvent rien de mieux que de distribuer aux Indiens tous les résidus possibles de la société de consommation. Je dis pas que ces trucs ne les aideront pas un petit peu, les Indiens, des habits, des cahiers, des ustensiles, faut bien vivre et s’adapter, hein, zozo, mais surtout on les rend bien dépendants du système, et avec le sourire, et avec le sentiment du travail bien fait, et avec la certitude d’être des gens biens, à l’écoute, ouverts, propres sur eux – y’a qu’à venir voir à bord – et avec le sens du devoir accompli. Avant, les pauvres bougres se trimballaient dans la forêt à poil et maintenant ils ont des t-shirts dégueulasses sur le dos… Charité chrétienne, quand tu nous tiens !

Mais voilà pourquoi les plaisanciers qui circulent en bateaux sont les pires de tous, dans le tourisme. D’abord parce qu’ils sont souvent plusieurs mois en mer et donc restent plus longtemps là où ils s’arrêtent que le gars qui vient juste huit jours à l’hôtel. Ensuite, comme ils s’incrustent, ils ont des besoins plus importants et donc leur influence sur la vie locale est plus forte. Très vite, tu peux vérifier autour des paradis insulaires, on ne trouve plus que des produits en boîte, plus personne veut se faire chier à presser un jus d’orange ou un ananas, descendre une coco, y a qu’à ouvrir une conserve ! Et comme ces tordus ont du fric à revendre au fond de leur besace, les commerçants locaux, fumiers, en profitent lâchement et augmentent leurs prix et tout devient inabordable, surtout dans les coins retirés où seuls les bateaux apportent un peu d’argent frais, va voir les Grenadines, va voir la Micronésie. Mais comme ils vivent essentiellement sur leurs barquettes, les plaisanciers, ils font donc pas profiter tant que ça l’économie locale de leur gniaf. J’ai vu de mes yeux vu, dans certains coins enchanteurs bien fréquentés, de gros raffiots amenant périodiquement du ravitaillement de Hollande, Bochelande ou Pignouflande pour que tous les p’tits zobis puissent se refaire une santé à bon compte et avec de bons produits bien de chez eux. Du coup, la soudaine hauteur des prix, c’est qui, qu’elle touche au plus profond, t’as une idée ?
Après, t’as la connaissance du monde, qui fait bien rigoler. Trous de balles et compagnie, mais bien informés, faut pas croire ! La plupart du temps, ils parlent pas la langue, vivent dans leur petit monde aseptisé (eau désalinisée, gogues, lavabos, douches, frigidaires et cuisinières à tous les étages) et restent ensemble à s’échanger parmi leurs formidables expériences. Le mieux, au pays des singes savants, c’est qu’ils croient sincèrement avoir tout compris juste parce qu’ils restent plusieurs semaines ou plusieurs mois dans le même coin. D’accord, les gars, le monde des expatriés n’est pas très reluisant non plus, mais ceux qui se sont cassés pour de bon de chez eux ont au moins pris des risques, ça forge le caractère, se coltinent la réalité locale pour de vrai, pas par l’intermédiaire de vacances prolongées, entre deux p’tits tours de villégiature dans le pays d’à-côté pour changer de paysage.
Y a aussi autre chose qui les rend pénibles, les types des bateaux: c’est qu’ils ont presque les mêmes besoins que les étrangers installés à demeure, mais sont quand même des touristes puisqu’ils vont pas rester. Besoin de visas longue durée, de cartes téléphone, de connaître les commerces locaux, comprendre la corruption, obtenir de bons contacts bien juteux. Ils se reposent donc un max sur les autres, entre bons p'tits Blancs, pas, faut s’entraider, et demandent sans arrêt ce qu’il faut pour une meilleure intégration. Pis un jour, zwip ! à la r'voyure, ils foutent le camp sans demander leur reste.
En plus, la plupart de ces tondus de la cervelle affichent une mentalité d’arrivistes imbus d’eux-mêmes qui ferait fuir le plus acharné des loups cerviers. C’est que leur départ a été si courageux, leur voyage est tellement formidable et leur aventure si grandiose que le monde entier devrait en être ébahi et, surtout, les aider à poursuivre leur rêve fantastique ! Pas question de préciser que la plupart doivent périodiquement rentrer toucher le chomdu ou le RMI, ça ferait grisâtre dans le paysage…

Tiens, tu me connais, j’aime bien les exemples, m’en vais t’illustrer ces merveilles qu’on trouve sous les tropiques, ce sera la partie conte de fées du présent billet.

Je lis l’autre jour un petit blogue rigolo. Journal de bord d’une famille partie se balader en voilier dans le Pacifique. Tout joyeux, la vie est belle, ils arrivent à Pitcairn, la célèbre île du Bounty où les descendants de Fletcher Christian vivent toujours en se violant parmi, c’était dans le journal, et qui demandent rien à personne pour leurs incestes tradition. Là par autour, si tu connais, c’est vacherie et compagnie, le climat. Bien pour ça que les Bountistes avaient brûlé leur raf au large et s’étaient retirés pour toujours sur le caillou. Ce jour-là, celui de la famille, mais faut suivre ou j’arrête tout, les courants et les vents étaient si violents qu’ils n’arrivèrent pas, les membres de la famille Machin, à s’approcher et durent aller jeter l’ancre plus au sud de l’île. Donc ensuite, ils appelèrent les habitants à la rescousse, allo papa-maman, on est des amateurs bien emmerdés, dis tu pourrais pas venir nous aider à venir visiter ton paradis de plus près ? Les préhistoriques, pas si vilains que ça, à tout prendre, vinrent les droper dans une barque. La famille resta une journée dans l’île, accompagnée, guidée et hébergée par les Pitcairniens. Ensuite, elle fut reconduite sur son voilier avec le plein d’eau douce et de vivres.
Dans ses commentaires, sur le blogue, le mec, pas du tout gêné aux entournures de son costard de vacancier bidon, était ulcéré parce que les gars de l’île avaient: 1) mis un temps fou à répondre à leurs appels radio, 2) osé opérer les transferts en barque sans gilets de sauvetage ni radio, malgré la mer démontée, tu vois le topo si on avait coulé, 3) demandé quelques dollars pour les vivres, pas gonflés les gugus, bonjour l’accueil et la solidarité polynésienne ! aaahhh, putain, où est-il le beau temps jadis des colliers de fleurs gratuits offerts par de douces salopes aux tétons alanguis... À aucun moment cet abruti plaisancier n’a eu conscience que les gars n’étaient obligés de rien, ni sauveteurs, ni hôteliers, ni épiciers, et surtout bien aimables de leur fournir assistance pour pas grand-chose vu les conditions. Normal.
Dans l’ensemble, très objectivement, après expériences vues et vécues et entendues – généralisons, ça simplifie et c’est la meilleure méthode car ceux qui sont pas concernés tant mieux pour eux et ils se reconnaissent de toute façon –, un profil de zozos profiteurs et peu intéressants se dégage méchamment du secteur navigueux. Beaucoup de ces crétins maritimes sont des assistés qui bricolent sans vraiment rien foutre. Se sont payé un bateau à la faveur d’un coup de chance quelconque ou d’une arnaque (le plus souvent à l’assurance), se sont inscrits aux aides sociales (faut rien laisser perdre) et ont levé le camp. Depuis, ils vivotent entre les îles en faisant bien gaffe à pas perdre leur précieuse rente. Joli museau, ça donne envie d’en connaître plein !
D’accord, y en a aussi d’autres. Par exemple, les couples ou les familles qui se paient le grand frisson d’un voyage autour du monde en voilier. C’est fun, c’est l’aventure et c’est tellement éducatif… Y en a même qui se font dessouder pour de vrai par des pirates, par exemple en mer Rouge, ça s'est déjà vu. Cette sorte-là, ils bénéficient la plupart du temps d’une année sabbatique, d’une retraite dorée ou d’un pactole bienvenu, va savoir comment, on s'en contrefout. Ils sont persuadés d’aller à la rencontre du monde, alors qu’ils ne font que l’apercevoir à travers les écubiers de leur turne. Ils vivent la plupart du temps entre eux, à se croiser continuellement de port en port, suivant les mêmes itinéraires, cherchant les mêmes mouillages et les mêmes clichés. Comme ils se refilent tous leurs bons tuyaux via des sites web où chacun a la certitude de proposer des carnets de voyage captivants au reste de la planète ébaubie, ils risquent pas de découvrir grand-chose, les veaux ! Tout l’monde critique les Ricains ou les Japs qui visitent le globe en moins de quinze jours, mais au moins ils ont le mérite de pas chercher autre chose que des cartes postales, eux… Tandis que ces couillons de plaisanciers se la jouent Emingway ou Jules Verne et ne voient pas plus loin que le bout de leur coque. Tristes tropiques !

Alors voilà, je t’ai un peu renseigné sur mes vacances. Le touriste, en tongues toutes neuves, en chemise et short froissés, un sourire convenu sur la face, faut rassurer l’autochtone et on est si contents d’être là, le teint rosé parce que trop de soleil et pas savoir, le sac pendouillant, la banane bien serrée à la taille, le regard paumé sur une carte dans sa bagnole de loc, le dico qui dépasse de la poche, c’est le guignol qui fait marrer, mais faudrait pas: d’abord parce qu’on en fait partie, ou ça l’a été ou ça le sera, et aussi parce que c’est la pollution à l’état pur... Qu’on leur foute la paix, à tous ces gogols locaux qui nous ont rien demandé et qui se passeraient bien de nos sales gueules d’Européens mal fagotés, Crucifix compris ! Tu me diras: Oui, bien joli, mais et alors, on va rien savoir de ce joli monde qui nous entoure ? Mais quoi… tellement besoin d’aller voir ailleurs comment c’est… de toute façon, ce sera jamais qu’un survol superficielissime, alors autant rester dans ses pénates… T’as qu’à être curieux devant ta téloche, Sam, look un peu de Thalassa et d’Ushuaïa, lorgne un National Geographic, ça fait voyager pis tant qu’il n’y a que quelques journaleux, quelques aventuriers ou quelques expats sur place, ça renseigne et c’est pas trop grave pour l'écosystème. C’est quand TOI, tu y vas, que ça devient glauque et graveleux, je voudrais pas être salaud.
Alors je le dis, bien fort, qu'on l'entende bien, partout dans les coins: Touristes, race honnie que je conchie, compisse et à la raie de laquelle j’éjacule en zig-zag, j’irai dégueuler sur vos tombes !

Et ce sera tout pour aujourd'hui. En attendant, je vais m’en taper une bien fraîche à votre santé en contemplant les merveilles de la nature…
Roby

mardi 24 mars 2009

Le bonheur conjugal

Comme on dit toujours que le gars Robert est un salaud qui crache lamentablement sur le bon peuple de Vételgeuse sans aucun respect pour les admirables coutumes locales et la formidable culture qui émane de l’endroit à chaque coin de rue (si, si, c’est ce qui se dit chez les copains), voilà un joli compte de fée en forme de coup de caveçon pour en faire réfléchir certains, ceux qui n’ont pas encore trop de merde dans les yeux et qui sont encore capables de faire la différence entre un être humain normalement constitué et un flaccide autochtone aux relents nauséeux d’arracheur de dents congénital.
Marie-Claude est Canadienne. Nathalie aussi. Rencontrées par hasard. Plage, bières, grillades, discutaille. Propres, jeunes, belles, cadres. Deux, trois fois l'an, elles radinent à Vételgeuse pour villégiaturer. Z'ont le droit et c’est pas pire qu’ailleurs... Pour des vacances, je veux dire... Fait beau, les gens sont gentils, c’est ce qui se dit, la vie est pas chère, pas comme au Canada, où tout est taxé à s’en déchausser les dents. Bon, c’est vrai, les locaux glairent à foison, rampent comme des merdeux dans toutes les vases, toutes les ornières, mais bof, y en a des pas pires que d’autres. En tout cas, c’est ce qu’elles se sont dit, les deux Canaques. Donc, Nathalie, elle est maquée avec un beau Vételzuélien, genre qui fait propre – pas le blaireau moyen qui ne sait qu’ahaner des «cométa, com ‘a la ‘ayna?» en guise de salutations – et l’autre, Marie-Claude, qui s’est déjà fait enfiler l’anneau par les deux bouts.
Moi, tu me connais, je me dis in petto que la drôlesse doute de rien... qu’y faut avoir les couilles accrochées bien haut sous les jupes pour se lancer à la veuglette avec ce genre de tord-boyaux. Mais non, elle assure, tout va bien, Eduardo, le mari, est un mec réglo, responsable et bla-bla-bla. Mais elle parle pas la langue, Marie-Claude, et j’en déduis – je l'ai mauvaise, moi, la langue – que son jugement passe plus par ses ovaires que sa cervelle, mais bon, c’est pas mon problo, a fait ce qu’elle veut. L’autre, Nathalie, comme elle n’est pas encore passée à la case mairie, elle suit les traces de sa copine avec un petit temps de retard mais les mêmes convictions, étant donné les qualités ès super-mec de son gigolpince maison.
Bien. Je croise de temps à autre cette paire de donzelles, dans l’année, surtout que c’est toujours à moi (elles ont confiance en ma femme, qui fait propre et sympathique) qu’elles demandent de réserver un appart pour leur prochain séjour. La Marie-Claude, elle aimerait bien faire venir son mari au Canada – pas besoin de dire que lui aussi n’attend que ça, aller glandouiller du côté friqué du monde – mais les instances canadiennes, allez savoir pourquoi, ne sont pas pressées de reconnaître leur mariage vételzuélien... Sont peut-être moins connes que la Marie-Claude, les instances... veulent des tas de papelards en plus qui prouvent qu’à Vételgeuse ils sont vraiment ensemble et pas seulement pour la galerie administrative. Bref, allons au plus court, certains fatiguent.

Au dernier séjour vacanciel de mes nunuches y a eu comme qui dirait de l'agua dans le gaz. Déjà, au départ c’était rigolo. Marie-Claude, par e-mail, me demande de réserver tel appartement pour son arrivée, que son mari passera payer, voilà son téléphone. OK, on s’organise avec le Vétez, mais celui-ci, comme tous ses congénères, pose des lapins à tour de bras, ce qui fait qu’on n’arrive pas à se croiser et, forcément, à réserver, vu que je vais pas payer de ma poche. Videmment, la Marie-Claude s’interpelle que comment ça se fait, il m’a dit qu’il allait payer, je comprends pas ce qu’il fout, je lui ai laissé la thune la dernière fois justement pour ça, et en plus j’arrive plus à le joindre, saleté de téléphone ! Moi, normal, j’ai déjà pigé que le zozo a grillé le blé et que comme il ne peut pas payer, il fait le mort, ce qui est l’attitude normale et courageuse de tout Vételzuélien devant les ennuis, même mineurs. Pour l’instant, je ne dis rien, c’est pas mes oignons, suis pas comme ça, à chaque couple sa merde et les poules seront bien gardées.
Bon, les choses n’évoluent pas, mais la Marie-Claude est rassurée parce qu’enfin, c’est bon, le mari a payé la réservation, à moi, donc. Ah bon ? je lui fait. Marrant, parce que, justement, je ne sais même pas à quoi il ressemble, ton mari... Bigre, qu’elle fait, la Marie-Claude. Moi, entre-temps, j’ai des SMS affolés du mari, qui me tient pour le super copain qui va lui arranger le coup, il me confie qu’il est dans la mélasse, mais que tout va bien, il a trouvé un boulot (c’est les rois de la p’tite, toute p’tite semaine, les gars) et que d’ici... tiens, tout de suite, pourquoi pas, c’est encore mieux... il va me payer, pas de problème, mais surtout, ne préviens pas Marie-Claude, tu comprends, je lui ai dit que j’avais déjà payé, entre mec on se doit bien ça ! Comme sans le blé je ne peux rien faire, et que, surtout, je ne suis pas Vételzuélien, manque de bol pour lui, non seulement je ne le crois pas une seule seconde, mais en plus je le balance à sa bonne femme, va chier connard, sans blague, commencent à me fatiguer les locaux avec leurs conneries à deux balles. Elle, sciée, se met à piger que le mec lui raconte des crasses. Son propre mari... Au final, Marie-Claude m’envoie du fric par virement et se radine fissa. Rendez-vous à l’appart en question, elle me demande de lui montrer les messages que le mari larmoyant m’a envoyé, ce que je fais complaisamment, pendant que lui reste dans la voiture, la honte pendue au cou comme des roubignoles mal placées. Plombée, la greule me demande: «mais ils sont tous comme ça ?» Et moi, tu crois que je réponds quoi ?

J’ai pas les détails techniques du séjour, mais au départ la Marie-Claude faisait une drôle de gueule et la Nathalie m’a gratifié d’un «je ne sais pas si je reviendrai...». Bon, je prends note et le temps passe. Y a un mois, voilà-t-y pas que je reçois un mail de ma Marie-Claude, qui me demande si je connais un avocat ici, parce que tu vois, mon mari, si ça se trouve, ben ce serait pas impossible qu’il soit déjà marié ! Ah ouais ? que je fais, blasé par les années passées à fréquenter tous ces tordus. De fil en aiguille, le cauchemar se confirme et du coup, of course, elle devient polygame, ce qui fait un peu tache sur le CV d’une cadre-sup canadienne. Comme son mariage n’est pour l’instant pas reconnu ailleurs elle pourrait s’en branler, mais non, elle aime les choses propres, veut pas traîner de casseroles, allons-y pour divorcer. On y trouve une avocate et on organise le topo pour son prochain séjour. Tout se passe bien, l’arrive, rencart tribunal, le mari est là, profil bas, séance de conciliation et signature de procuration à l’avocate. Rapide, efficace, no prob. Divorce facile, pas de poursuites de polygamie, elle n’y est pour rien, et lui non plus, la justice ne l’ennuyera pas, parce que, forcément, comme il divorce il n’est plus polygame... Vu sous cet angle...
Pendant la procédure, Marie-Claude a quand même appris que son mari, 33 piges au compteur, a déjà six enfants avec deux autres pouliches, et même, le lendemain de cette révélation, non, y en a encore une autre qu’on avait oubliée, avec un autre chiard, de pas six mois, donc il se l’est faite pendant son mariage à elle. Tout ça, bien-sûr, au vu et au su de toute sa famille à lui, qui était présente en grandes pompes catholiques lors du mariage... Bien, cool, sept enfants avec 3 nanas, double mariage... mais attention: EN LARMES, le gars, de perdre son grand amour qu’il comprend pas pourquoi qu'elle veut divorcer... Même la juge avait la larme à l’œil et pour un peu refusait le divorce pour cause de franche sincérité de la part du mari si terriblement triste que ça peut pas être du bidon d’être triste comme ça !
Bon, le fin mot de l’histoire, c’est l’avocate, qui l’a eu: les mariages avec les étrangers, c’est très difficile, parce que c’est vraiment une autre culture. Ici, les gens mentent facilement, naturellement, gentiment, comme ils respirent, et vous, malheureusement, tout ce qu’on vous dit vous y prenez au premier degré... Fectivement, on est vraiment des taches ! Ceci dit, la clairvoyance de l’avocate a peut-être une explication, elle aussi: elle n’est pas vraiment de Vételgeuse vu que ses parents sont ritals.
Une autre question à mille balles, posée à ladite avocate: comment est-ce donc possible que le mec se remarie en étant déjà marié, dans le même pays, ça doit se voir, quand même ? Ben non, tu sauras, ça ne se voit pas ! Y a pas de registre des mariages à l’échelon national, suffit d’aller à la mairie avec sa cédula et un papier de la notaria qui certifie qu’on est célibataire. Et ça, c’est tout simple: on va à la notaria du coin, n’importe laquelle, et on dit qu’on est célibataire en regardant bien dans les yeux (croix de bois, croix de fer...) et en montrant sa cédula, qui dit bien «soltero», et vu que généralement elle date de Mathusalem, la cédula, ça joue, et ils font le cerificat. C’est tout. Ah oui, il faut quand même un témoin... Mais tu peux prendre n’importe qui, ça marche aussi. Suffit que le gars dise oui-oui, il est célibataire, je le connais bien... Marié 5 fois et divorcé 12 fois, tu seras toujours aussi célibataire devant ta Canadienne. Cool, Raoul.
Tu vois, j'ai rien inventé, la réalité locale, la plupart du temps, vaut bien de l'Asimov des grands jours ! Maintenant, pour ceux qui préfèrent dégorger sans courir les risques d’une mauvaise surprise, y a tout ce qui faut dans la rue, suffit de se baisser et ramasser – et en montrant son passeport ça marche encore mieux:


Et ce sera tout pour aujourd’hui, Robe.

vendredi 20 mars 2009

Sacré Benoît

D'habitude, la religion, moi, je lui pisse au cul en zig-zag. Mais là, faut avouer, le pape, je suis tout retourné d'amour confraternel ! Fabuleux, le coup du préservo... Le monde entier, et Vételgeuse avec, lui conchie son politiquement correct, lui dégueule sur la soutane son opprobre sancto-démocratique sans même réaliser que lui, il ne fait que son job, celui pour lequel il s'est fait enfumer par le Vatican. Donc on lui dit: salaud ! tu te rends compte, le sida, c'est grave et ceci-cela... Et lui, la queue sous les jupes, ne faisait que dire: ouais, les gars, le caoutchouc c'est bien beau mais ça vaut pas la morale ! Gros sac, qu'on lui a répondu, la morale, tu sais où tu peux te la carrer ? Va donc prêcher tes solécismes orduriers chez les Niaks, eh, faux cul... Nous, ce qu'on veut, c'est continuer à baiser comme des malpropres sans se poser de questions ! Bon, comme on est quand même cathos – ça fait propre sur nous –, on aimerait bien que tu fermes un peu ton clapet et que tu nous foute tranquille. Ou alors, si ça se trouve, on va changer de saint-père, en choisir un qui sera juste assez pape pour qu'on soit de bonnes petites ouailles, mais juste pas assez pour nous chier dans les bottes quand on veut s'enculer parmi. Faut être moderne, eh Papa ! vivre avec son temps...
Ça me rappelle le cureton dont j'avais lu un jour qu'il refusait de marier les ceusses avec lesquels il n'avait pas eu au préalable d'entretiens religio-préparatoires. Les gniaces étaient outrés, et la populace avec... Non mais des fois, c'est quand même un service public, l'union sacrée devant le Grand Sachem, s'agirait de pas l'oublier avant qu'on te fasse expédier dans une colonie de Nouvelle Guinée pour le restant de tes jours après émondage de ton biniou stérile ! Allez chier, qu'il leur répondait, la bave aux lèvres, me suis pas entarté le zob à suivre 20 piges d'études théologieuses pour en arriver à bénir des cancrelats qui viennent à la messe juste pour faire joli dans le paysage familial ! Vous croyez quoi, tas de crevards ? Tu te colles une robe blanche (vaporeuse et translucide, bien-sûr, on n'est plus au XIXe), tu te gobes une ostille et tu balances trois grains de riz sur tes aminches ébahis et le tour est joué, après tu peux t'en retourner à tes malsaines mécréances ? Et le respect, tête de nœud ? Préfère encore l'anar avoué qui me chie ouvertement à la raie que ces immondes tartelettes saucées à la pisse de chat qui n'ont pour seul chant biblique que les loghorrées de Britney Spears et qui viennent me pomper le dard le seul jour où ils se rappellent à quoi sert une chapelle...
Moi, je regarde tout ça de loin, tu penses, mais tout de même, là, l'a pas raison, le papounet ? C'est quand même pas un bout de plastique qui risque, et de 1): d'enrayer la pauvreté spirituelle et comportementale des temps modernes, et de 2): de dégommer le virus qui continue de batifoler dans le fion des tarlouzes et des Négros. Vu sous cet angle, l'a quand même pas tort de dire béatement que c'est pas le préservatif qui va améliorer les choses, non ? Et ceux à qui ça plaît moyennement, voire pas du tout, feraient mieux de changer de religion avant de virer la papa-mobile avec son conducteur. Son tort, au Papy, c'est d'avoir pas pigé que le monde avait évolué depuis l'époque où les stigmatés sortant de leurs cénotaphes l'auréole à peine fripée faisaient les délices du pueblo: le monde, il est aujourd'hui globalisé dans la connerie, le sémitisme et l'homopholie. Et ceux qui sniffent pas dans la même gamelle n'ont qu'à bien se tenir !

Alors à Vételgeuse, bien sûr, c'est le sommet du genre: l'église, personne n'y va plus depuis que Cro-Magnon a gagné le continent et n'y retourneront certainement pas avant que les poules ne se fassent plomber les molaires. Ce qui n'empêche pas tous les décérébrés de la faune locale de se signer à chaque pet de travers histoire de faire comme si. Comme disait Buko, le roi de la carabistouille fumeuse: La religion, si c’est vrai, ça rend les gens idiots; ou alors, c’est les idiots qu’elle attire particulièrement. Et pis si c’est pas vrai, les idiots en deviennent du même coup d’autant plus idiots…
Ici, au pays, je l'ai esquissé parfois, les saintes et les putes se disputent la gent féminine au point qu'il est ardu de différencier les unes des autres, ou alors, j'ai pas encore élucidé la question, c'est peut-être les mêmes, mais qui l'ignorent... En tout cas, il y a autant de vierges que de péripatéticiennes, et c'est peu dire ! Etonnamment, d'ailleurs, est-ce un reflet de l'obsession légendaire des autochtones pour la femelle, on encense plus ici la Mère-Machin que son rejeton, le surnommé Petit-Bidet; d'une manière générale, comme on aime mieux les balloches (même siliconnées) que les roustons, on y va plutôt de la Virgen que du Cristo, question de préférences stylistiques.
Bien, à part ça, on peut dire encore que la plupart des filles de Vételgeuse se baladent quasi à poil et pondent des gosses dès la pubertoche, c'est rigolo et ça aide à rester chez les parents sans bosser. Mais ça, ça n’empêche personne de continuer de s'abrutir les neurones en citant les Saintes Écritures à tour de bras et en crachotant continuellement le nom du Grand Barbu.
On l'aura compris, la population, par ici, est aussi pratiquante que je suis Guatémaltèque ! Par contre, faudrait pas confondre les torchons du Pape avec les serviettes de Britney, la coruscante bigoterie est reine au royaume des saints-glandus: cathos jusqu’à l’os et fiers de l’être ! Passons sous silence que tout le monde s'entourloupe sans vergogne, s'alpague à coup de mentira bien qui mentira le dernier et se fait les fouilles dès que les genoux sont tournés vers la terre sainte. En clair, tout le monde a un comportement de jean-foutre, mais pour la superstition et le fanatisme, c’est la bonne adresse… Les négoces et les transports publics rivalisent de Vierges adhésives avec les boutiques de Lourdes, les maisons et les burlingues ont tous leur coin à prière chargé de chapelets de conneries et d'encens putricide, les bagnoles arborent toutes le gentil poisson qui évoque Rhésus+ et ses talents de multiplicateur... Comme je dis toujours, c’est comme pour les façades des maisons, repeintes tous les six mois et qui cachent à peine les décharges privées qui servent d'habitacle à tout Vételzuélien qui se respecte: le paraître, les gars, c'est tout ce qui compte, faut laver la vitrine et planquer les chiottes qui puent au fond d'un placard qui ferme à clef !
Même à l’école, tiens, ça n’a pas l’air de les gêner beaucoup, les zombies du coin, la différence qu'il y a entre la réalité et ce qui est prôné par Papa-catho: les gosses se farcissent un lavage de cerveau bien en règle grâce à de merveilleux slogans libidineux du genre «Dieu m’aime» ou «le Seigneur est ton père», de quoi largement rassurer les parents qui voient leur pubescente fi-fille revenir en cloque à chaque fois qu'elle va chercher du Pepsi à l'épicerie. D'ailleurs, preuve que le message passe bien: la plupart des bougresses nationales tendent leurs fesses tendres aux mâles protecteurs afin qu'ils les bénissent à grands coups de goupillon !


Et ce sera tout pour aujourd'hui, Robert