samedi 13 juin 2009

Le travail c’est la santé (1)

Cette fois, c’est pas l’histoire d’un mec, mais d’une vieille. Les oreilles qui traînent… M’a raconté. Fait plaisir à entendre, instructif, alors je te mets.
C’est l’histoire d’une vioque. Pas bien du tout. Obèse, ulcères variqueux plein les guiboles, où s’agitent les asticots because la chaleur, les mouches, façon générale, l’hygiène ambiante. On nettoie à l’anis, ça les fait sortir, surtout pas à l’alcool, ça les fait s’enfiler en profondeur. Une jambe, c’est prothèse au genou, opérée y a deux trois ans, l’autre, c’est pour bientôt. Dans ces conditions, se traîne pour aller aux chiottes, se traîne pour aller à la cuisine, au plumard. Alors paf ! se casse la gueule, normal. Mais là, depuis un ou deux mois, a sent plus ses doigts, le bout du moins. Pour tenir un crayon, tintin, pareil pour la fourchette; ça tourne à l’aigre, même au cauchemar. Au bout du compte, allo médico, ça s’impose. Mais avant ça, tu penses, faut pouloper direction mode d’emploi de la vie médiqueuse à Vételgeuse.
Ici, la Médecine – avec un grand M, comme dans Merdique, ou Merdeuse –, c’est gratoche. En tout cas c’est ce qui se dit. Alors t’as comme qui dirait des dispensaires, des cliniques et des hostos publics, où tu paies pas un rond, mais faut quand même le dire assez vite passque question service, t’as intérêt d’être motivé. Et pis les médocs, fourniture, draps, bouffe et tout ce qu’y a pas sur place, tu dois payer de ta poche. Donc échange de bons procédés, c’est pas plus mal: t’as les soins à l’œil mais tu banques le matos. Ouaip. Sauf que le matos, y en a pas plus épais que le quart de poil d’un mollet de criquet, alors en route pour le porte-monnaie. Et pis t’as l’ambiance. Ahhhh, l’ambiance d’une bonne grosse clinique volibarienne… À soi tout seul, ça vaut cinquante sketches de Coluche avec les bonus ! Une ambiance survoltée de blattes en fusion: ça grouille de partout, ça poireaute des plombes dans les couloirs, ça sait pas où ça va, ce que ça veut, pourquoi c’est là. Faut attendre, espérer, attendre, croire, prier, pleurer, attendre (chais plus si j’ai dit) et repartir chez soi sans résultat vu que la journée est finie. Et tu reviens demain pour un nouveau tour de manège. De toute façon, le toubib est pas là, le matériel est en panne, les infirmières jouent avec les textos ou le vernis à ongle. Dans le couloir, y a pas de chaises où s’asseoir, la clim est poussée à bloc, façon Terre François-Joseph un premier janvier.
Les horaires, ici, y a pas, tu peux te brosser pour un rendez-vous à heure fixe. Dans tout le pays, le système est le même, pareil au privé, dentiste, radios, hostos: t’as un horaire de départ, un de sortie, à toi d’être là le plus tôt possible et te farcir la queue. Comme les burnes locales, ça les effraie pas de glander quelques plombes à rien foutre de leurs dix doigts, vu qu’ils font pareil chez eux, tu seras toujours pas dans les premiers et ce sera minimum 4 ou 5 heures d’attente. Après y faut encore que le médecin veuille bien se bouger le cul, tu comprends, il a consultation, mais comme il bosse aussi au privé, cabinet et cliniques, où ça gagne plus, t’as plus de chance d’attraper le sida en visionnant un film de cul que trouver un toubib en état de marche dans l'hôpital.
Après, bien-sûr, t’as le privé. Comme partout, ça banque sec. Pareil que chez toi, mais en monnaie locale, au taux de change calculé au plus fort. Et pis à part pour l’ambiance, plus feutrée et moins de blattes dans les couloirs, faut pas croire que c’est beaucoup mieux: tu paies, mais faudra quand même que ta famille vienne s’occuper, te donner à bouffer, etc. Passqu’ici c’est comme ça, t’as la famille nombreuse qu’est là pour ses malades. Ça se relaie, ça dort sur place, ça reste au pied du lit. Normalement, au privé, le service c’est payé avec le prix de la piaule, mais habitudes nationales obligent, va-t-en bouger le cul de ces grosses vaches d’infirmières… Pisque de toute manière la famille est là, qu'y s'démerdent ! Les repas, faut aller les chercher au réfectoire, elles apporteront pas, les sonnettes, y a pas, alors c’est à la famille d’aller chercher le personnel dans les couloirs ou dans les chiottes, va savoir. Mais tu paies quand même.
Bon, là, pour notre vioque, elle avait pas les ronds du privé, alors l’a demandé au chirurgien pour se faire opérer au public, y fait aussi, mais y a l’ambiance, comme j’ai raconté. Tant pis. Le toubib, là, comme il l’a connaît de sa prothèse du genou, il s’est pointé à domicile, ça c’est cool. Pas donné, mais cool. Le gars, il a dit: sûr que le bras est fracassé, pis les vertèbres éclaffées, ce qui expliquerait les pognes insensibles. Les nerfs ou un autre bordel a foiré lors de la dernière chute, fallait te mettre à la diète comme on avait dit à l’époque, tes 130, tu vois, c’est pas jouasse pour les guiboles, maintenant ça va lâcher de plus en plus souvent ! Bon. Alors on fait quoi ? Ah ben faut déjà des radios. Pour ça, c’est via l’hosto, mais comme a peut plus marcher, c’est le trajet en ambulance, mais faudra raquer, passque la gratuite est pas équipée pour le mastodonte, faut treuil hydraulique et tout le bataclan. Donc ambuloche privoche, tout nickel, mais bonbon la radio ! Faut ce qui faut, ma bonne dame.
Là, ‘tite digressoche: les assurances, t’oublies, elles taxent à peu près le même prix qu’en Europe, vu la valeur de la monnaie locale de Vételgeuse, c’est soit tu bosses dans le pétrole et tu frimes, soit tu banques quand y faut.
Donc le mardi, j’ai pas dit mais c’était un mardi, l’ambulance vient charger la vieille et s’en va faire un 'tit tour à l’hosto pour la radio. Font une seule radio pour les deux genoux (fallait oser), pis une autre du bras. Les clichés sont qu’avec beaucoup d’imagination tu distingues une vague ombre au milieu d’une mare de blanc, mais c’est pas grave, le toubib, lui, il a vu tout de suite que la tête de l’humérus était brisée. Soit a reste 40 jours le bras en écharpe, et vu comme elle doit se bouger juste pour se curer les doigts de pieds, t’oublies, soit c’est opération et re-prothèse. Donc, vamos pour l’opération, con Dios ça devrait le faire. Faut encore dire que le soir même du trajet radios, la maison de la vieille s’est faite visiter pendant la nuit… Comme elle vit seule, le retour en brancard d’ambulance signifiait au voisinage l’immobilisation complète… trop tentant pour les gentils du coin ! Reusement, l’oreille fine, la vieille, alors l’a appelé au portable et les zobis se sont carapatés par derrière la clôture.
Bon, là, c’est la deuxième étape des réjouissances. On a déjà eu l’ambulance aller-retour, le médecin deux ou trois fois à la maison, on a déjà douillé quelques roupies. Reste à planifier, on entre donc dans Kafka ! Après plusieurs tentatives, l’a un jour de fixé: tu viens mercredi, tu restes pour les exas et lundi c’est le billard. Videmment, faut trouver quelqu’un pour occuper la maison durant l’absence, sinon le retour posera quelques soucis, tu commences à piger comment ça marche au pays ?
Donc mercredi re-ambulance et zop ! à l’hôpital militaire du coin, c’est le meilleur du public et le seul qu’acceptait de prendre en charge l’embrouille sur pattes. Passqu’il y a quand même le bras, pis les jambes, pis les mains qui lâchent tout, pis le surpoids, pis les ulcères ouverts, pis l’incontinence qui vient avec le bordel des nerfs, ou l’âge, ou Dieu sait quoi… Mais pour l’instant, on fait le bras, on verra le reste plus tard. Alors au public, y zont dit non merci, allez voir plus loin. C'était moins une que le privé c'était quand même pour sa pomme.
Au militaire, le mercredi, aux urgences, aucun toubib. La vieille, elle reste sur un brancard de midi à 18h. à se pisser et se chier dessus, y a pas de personnel qui s’occupe et la donzelle qui l’accompagne peut pas la soulever ni rien. À force, l’amie finit par savoir que la toubib est bien dans l’hosto mais qu’elle tourne chais pas où pour ses consultes privées, a pas le temps de venir aux urgences. Au bout du compte, l’amie de la vioque la trouve dans les étages et la prend en otage pour les urgences. Là, tout le monde applaudit bien fort, passqu’y avait pas que la vieille à poireauter, mais tu penses que personne se serait bouger le cul pour aller faire quelque chose ! Ouais, passque j’ai pas dit, mais l’amie en question, c’était une putain d’étrangère, tu sais, ceux qu’aiment pas attendre pour rien et qui brâment dès que ça va pas comme ils veulent… Mais les mecs, malgré que ce soit qu'une putain de gringa, y zont quand même été contents.
Bref, alors la toubib, une fois sur place, elle regarde le topo et pis elle dit qu’on va faire les exas complets et pis lundi elle va rentrer gentiment chez elle. Et le lundi suivant, ou un autre, ça dépend, on ira pour l’opérer. Ah bon, pourquoi ça ? Pourquoi pas lundi comme c’était prévu ? Ah mais non, lundi y aura pas d’anesthésiste... Y en a que deux, une est en vacances et l’autre, on sait pas trop, elle vient plus au taf depuis quinze jours… Bigre ! Et on pouvait pas le dire avant ? Ben non, la toubib avait pas eu l’idée de regarder son planning avant maintenant. Bien joué, les mecs ! L’ambulance et tout le tintouin, ça va finir par enterrer la vieille avant même la pose de la prothèse…
Alors depuis mercredi, c’est les exas et la vie à l’hosto militaire. Là, pas d’infirmières dispos pour le tout-venant du quotidien, même pas de sonnettes, alors c’est l’amie et encore une autre bonne femme de la rue qui se relaient 24h. sur 24 pour changer les draps (qu’il a fallu apporter, comme tout le reste), nettoyer le cul, donner à bouffer, filer les médocs et tout le matos: bandes de gaze, désinfectant, la totale. Cher à l’achat et bien du plaisir pour tes journées ! Pas grave, vous êtes là pour ça.
Pour les exas, ça aussi c’est rigolo. La toubib, elle vient, pis elle dit, voilà, tu dois faire une échographie. OK, je vais où ? Alors là, je sais pas, elle répond. Nous, on n'en a pas ici, alors faut aller voir à l'extérieur... Bien. L’amie, qu’est donc pas d’ici, partie pour des heures de vadrouille en ville à chercher où putain on va pouvoir faire une écho. Le lendemain, la toubib, elle dit voilà, faut une culture d’urine. Bon. L’est où le labo ? Ah mais non, notre appareil est en panne, faut trouver un labo à l’extérieur et nous ramener les résultats demain. Re-crapahutage en ville, la toubib savait pas non plus où fallait aller pour trouver un labo en fonctionnement…
Maintenant, c’est un peu le train-train, l'amie s'arrache les tifs en veilles continues, la vioque attend que ça se passe. Mais là, pour la suite, faudra attendre un chouïa, passque l’opération, à ce qu’il paraît, elle a pas encore eu lieu. Alors on y reviendra. Mais en attendant, pour se ressourcer, on va essayer de penser à plus jeune et mieux en formes, pas vrai ? Faudrait pas se laisser aller à la déprime, y a quand même des bons côtés, dans ce pays d'emplâtrés.

Et ce sera tout pour aujourd’hui, Robo.

jeudi 4 juin 2009

La fête à Ingrid

Cette fois, je voudrais laisser parler un pote. Pas toujours moi. Un Grand pote. Sur un sujet rigolo assez proche de la vie à Vételgeuse. Vous l'allez voir. Et puis chez Seb, le filmeux qui l'a pris en habitude, y a plein d'autres séquences. Alors plongez-y sans retenue, ça vaut son pesant de TJ de TF1...


Pour le reste, on s'enverra une ou deux poulettes dès la prochaine fois, promis-juré ;-)
Allez, remettez-vous bien! Robert.

samedi 2 mai 2009

Le parcours du combattant

Comme je bade à tout va, dans ce pays de loqueteux, faut bien s’occuper, là je suis passé par Vétacas, la capitale, et faut que je te dise.
Alors c’est l’histoire d’un mec, comme disait l’autre, qu’avait comme des envies de se faire du frisson en fréquentant les administratifs de Vételgeuse. Parce que le frisson, l’est garanti, si tu vas par là... Je vais pas tarder à te l’explicationner et c’est à ça, justement, le frisson de l’incroyable mais vrai, qu’on voit si t’es vraiment de par ici ou pas: si c’est trop crédible, c’est que t’inventes ! Because autrement, tes racontars, ils sentent le pas croyable au point de te faire insulter dans les forums de Libé si t’as le malheur de vouloir intervenir ici ou là pour dire comment tu sais les choses de l’intérieur, et c’est justement ça qui sonne solide aux oreilles d’un qui roule dans la région. Les choses vraies, elles sont seulement pour les avertis, un petit club fermé dont tu feras jamais partie à moins de quelques années de cauchemar. Pour les autres, les touristes – mort aux cons –, les visiteurs, les observateurs, tout ça ne sera jamais imaginable ailleurs que dans un roman de Howard Phillips Lovecraft ou d’Edgar Rice Burroughs. Du coup te prennent pour un menteur et affabulateur de gaudrioles. Pas grave, tu connais ma devise: que chacun reste avec ses certitudes et les moutons de panurge seront bien gardés.
Bon, reprenons. Mon bonhomme, c’était pas juste pour s’amuser avec les autorités irresponsables, l’était aussi obligé de se les farcir pour sortir enfin sa carte d’identité, ou cédula en idiome local, un césame obligatoire et quasi impensable à obtenir par voie légale sans se défriser la nageoire dorsale. Mais là, je dois t’expliquer des trucs et des machins pour la clarté du propos, sous peine que tu vas rien piger, déjà que ceux qui vivent ici en touchent pas bien lourd... Mais moi, comme je sais, je vais t’instruire, laissez faire le technicien qui sait !

Ici, au pays, à Vételgeuse, t’es suivi à la trace grâce à ta cédula, qui porte un numéro qui soude le quidam à son identité depuis l’école jusqu’au cimetière. Pour faire tes achats tu dois donner le numéro, aussi bien un bout de pain qu’un bifton d’avion, pour toute démarche et aussi pour les contrôles en tout genre. Tu vois que s’il le voulait vraiment, le pouvoir en place pourrait sacrément fouiller dans le cursus du pueblo, ce qu’il a acheté, bidouillé, Dieu sait quoi, mais s’il le fait pas, pas encore, c’est surtout parce qu’il est aussi glandu que les merdeux dont il a la charge. Passque mettre en place un système efficace de vérification de ceci-cela c’est déjà être efficace. Or par ici, les gamètes du fœtus de l’ancêtre préhisto du premier mec qui sera vraiment efficace n’ont pas même encore été imaginées par le Saint-Père, qui, comme tu sais, a d’autres chats à torcher. Et pis le système local n’aide pas beaucoup à la manip, faut bien reconnaître...
Dans les faits, un nombre difficile à estimer desdits branleurs nationaux – mais jugé suffisamment important par l’État pour organiser aujourd’hui des campagnes de cedulación; faut bien s’atteler à sortir le têtard de la nasse et au passage contrôler l’électron trop libre – n’ont jamais été référencés ni même déclarés. Tu viens au monde, tu vis dans ton nid à blattes, on te pose pas trop de questions selon où tu crèches, dans ton trou à rats multi-glandards, ou tu réponds n’importe quoi, ça se fait, ou encore tu files de faux papelards au besoin, ça se fait aussi, et hop, tu passes l’arme à gauche avant même que l’administratif se soit aperçu de ta fugace présence sur cette terre de délices, de miel d’aubergine et de lait demi-gras. Je te parle pas de clandestoches, Chinetoques, Colombophiles ou Guyaniais, mais de gars bien d’ici, de familles aussi indigènes qu’autochtones, qui n’ont jamais trouvé le temps ou l’énergie de déclarer leurs niards et qui resteront dans un total anonymat tant qu’une raison majeure n'aura pas pointé le museau. Par après, si vraiment besoin, y a toujours moyen de s’arranger avec les moyens du bord: cartes bidons plus ou moins vraies, bidouillages plus ou moins cafouillatoirs à base d’infos récupérées sur des macchabes ou des vioques qui n’iront jamais nulle part et dont tu vas te faire un plaisir de payer la réfection des chicots en échange d’un nom et d’une date de naissance en bonne et due forme. Dans ce cas, le bordel ambiant sera ton plus fidèle allié: bases de données mises à jour à l’époque de la colonisation, manque d’ordinos de la flicaille, retard antédiluvien des fichiers de référence, centralisation inopérante de toute l’administration avec non retour vers les cambrousses. Du coup, dans tous les foyers végètent des quantités ahurissantes de zombies dont personne ne s’occupe de savoir qui, quoi et comment ils sont arrivés là. De toute façon, la majorité des rues n’ont ni nom ni numéro et les adresses n’existent que dans la tête des gens qui ne savent où ils logent que par rapport à l’édifice connu le plus proche, cantine militaire, église, banque, chiottes publiques. Les fonctionnaires, flics compris, sont exactement comme les autres et donc s’en tapent les burettes à grands coups de piston hydraulique. Tout le monde est à la même enseigne alors chacun fait avec. Le big avantage, c’est la liberté de mouvement, le retour de manivelle, c’est l’impossibilité d’obtenir quoi que ce soit dans ce système de paralytiques désorganisés. Là-dessus, faut encore coller une triste et corruptive réalité: tout est volontairement fait pour que rien ne marche de manière officielle, de façon à devoir nécessairement passer par la bande en payant évidemment l’escouade de tordus qui se chargera de rendre le service public on ne peut plus privé... Faudra apprendre la maniclette, être très, très patient, et surtout régler avec le sourire les frais dispendieux de ces bonnes âmes qui auront aidé à la marche du pays.
Pour en revenir à nos cédulas, faut préciser que pour les étrangers c’est les mêmes que pour les nationaux, sauf qu’elles sont jaunes au lieu de blanches et que leur numérotation diffère légèrement. Et pour les obtenir, pareil, c’est aussi crucé-bannièrible que pour les autochtones. Ça devient donc vite LE souci de l’expat' moyen qui aimerait rester dans les règles et qui n’a pas encore compris qu’il sera toujours le dindon farci de quelque enculé local, même avec sa cédula agrafée sur le front. En plus, comme il en touche pas une bille, le pauvre bougre, que ça fait peine à voir, c’est plutot facile et rigolo de le faire crapahuter dans la mélasse et de lui extorquer ses roupies à chaque coin de gravillon. Tiens, ça me fait même tellement pitié que je vais me fendre d’une petite digression informative à seule fin d’éclairer la naïve jeunesse qui voudrait venir planter ses choux ici et qui n’a pour seule source d’intox que les blogogols de mes collègues du Web ou les articles encyclopédants de Wikipedzouille et autres sources d’infestation foraine.

Pour vivre ici, à Vételgeuse, hormis une paire de couilles haut perchées et bien accrochées à défaut de les avoir en or, faut de la chance, des contacts, du sens pratique, du flair, de la patience, de la prudence, de la poigne, de la tchatche et une cédula. Pour l’obtention d’icelle y a qu’à juste la demander, d’abord une transeúnte, valable un an et renouvelable, puis une de résident, après cinq transeúntes. Mais comme ce serait trop simple, il est pratiquement impossible de décrocher normalement le premier visa, ou alors d’en renouveler un qu’on aurait eu par miracle. On a beau poireauter des plombes dans des queues interminables, chercher de guichet en guichet le bon service et le bon formulaire: personne ne sait rien ou renvoie la patate chaude. Total: reste plus qu’à chercher un moyen détourné d’arriver à ses fins. C’est là qu’il faut avoir la bonne filière, un véreux qui fera le nécessaire moyennant un gras pourliche. Et même comme ça, y a rien de sûr: personne ne bossera sans être payé d’avance et si le gars a déjà touché son pognon, y a de fortes chances qu’il en ait plus grand-chose à battre ! Si tel est le cas, le type disparaît dans sa famille quelque temps, ou se fait muter, ou simplement n’est plus joignable... Ils savent particulièrement bien faire le mort, dans le pays, c’est même la grande spécialité avec la pose du lapin de garenne à travers les dents ! L’autre truc, c’est aussi quand le gars n’est pas le seul maillon de la chaîne et qu’il perd le contact, pour une raison ou une autre, avec les maillons suivants: ça donne naturellement sur une enculade maison (le type ne va certainement pas rendre l’argent touché, tu rêves ou t'es débile) et le retour à la case «Départ» sans toucher de prime.
Depuis que je suis ici, dans ce beau pays sous le soleil duquel on aime tant se dorer le trou de balle, je confesse que je me suis méchamment retourné le bide de rire à force d’en entendre de toutes les sauces. Le plus souvent, les gars ont payé un «bon» contact, généralement avocat, notaire ou préfet, pour sortir la précieuse céduloche, qui fait aussi vrai qu’une vraie mais qui a le vilain défaut de ne pas apparaître dans les systèmes informatiques et, par voie de conséquence, de ne pas servir à grand chose si ce n’est à être accrochée dans les gogues comme souvenir ou à finir en taule si on a eu le malheur de la montrer à un officiel qu’on n’a pas su bakchicher, lui qui pourtant ne voulait que notre bien...
Ce qu’on peut encore dire, sur cette précieuse cédula, c’est qu’il vaut tout de même mieux l’obtenir de façon légale, même si c’est impossible, tout simplement parce que dans le pays, contrefaçons et billevesées obligent, les officiels sont méchamment aguerris à détecter tout ce qui ressemble de près ou de loin à une cédula de complaisance. Et les questions insidieuses du genre tu l’as faite où, t’as été voir qui, à quel étage, dans quel service, on t’a fait signer quoi, combien t’as payé les timbres fiscaux, etc. sont plus efficaces que n’importe quel passage aux rayons X de la carte (surtout qu'elle est mécaniquement vraie): si tu sais pas, ou mal, tu tombes ! Dans le meilleur des cas ça vaut un graissage de pogne de luxe, dans le pire c’est la cellule fossière et l’expulsion avec missile dans le fion.

Bien, notre bonhomme, donc, on en était là, s’est décidé à régulariser, après dix ans de présence sur le territoire ça devenait urgent, surtout que sa fausse cédula commençait à devenir transparente à force d’être sucée par les rétines corrompues des flicards qui l’on déjà rentabilisée. Se pointe donc à l’ONIDEX de Vétacas, le service tout puissant des étrangers. À l’entrée, tu peux pas entrer, faut savoir ça, mais par derrière, tu peux faire la queue. Comme elle fait le tour du bâtiment, la queue, c’est-à-dire de tout le pâté de maison, sans rire je te prie, tu peux donc bien commencer par le devant quand même. Mais notre héros, accompagné d’un ami porteur d’une carte de flic, s’en est pas laissé conter et s’est faufilé à l’intérieur malgré tout. Mais sinon, t’as donc entravé que rien que pour pénétrer dans le sacro-saint building tu n’auras pas trop de toute ta sainte journée et bien plus au demeurant. Et pour pas perdre ta place dans la file, tu feras quoi ? Ben comme tout le monde ici: tu dormiras sur place pour être d’attaque le lendemain. Et ainsi de suite. Mais là non, le gars est un connaisseur.
Une fois à l’intérieur, c’est encore plus dantesque que dans la queue des emmanchés en attente de pénétration: quelques dizaines de milliers d’optimistes s’égarent dans tous les sens en quête d’information, dans le brouhaha général et les mouvements d’humeur de la populace éreintée, mais pas l’ombre d’un renseignement valable ne daigne tomber dans les escarcelles. On tourne, on alpague, on cherche, on renifle, on supplie, on pleure, on gueule, on menace, mais rien n’y fait, les fonctionnaires ne savent pas, ne font pas, les cerbères renvoient à l’extérieur. Et on revient tous les deux ou trois jours, le temps de refaire la queue à l’entrée. Si on a la chance, entre deux jérémiades, on peut lorgner du coin de l’œil les informations télévisées qui sont généreusement dispensées sur des écrans étalés ici et là et qui montrent le Grand Chef socialiste du pays s’extasier sur les bienfaits de la révolution qui a déjà mené la nation dans l’espace et dont l’économie et le système volibarien, c’est comme ça qu’on dit, s’apprêtent à mettre à genoux l’Occident dépravé… Devant notre formulaire désespérément vierge et l’absence de fonctionnaire avisé, on apprécie le cynisme ambiant à sa juste valeur !
Mais là, non, c’était pas le cas de tout ça, parce que notre héros alla directement au bon service, quelque part dans les étages, grâce à la connaissance des lieux de son copain avec sa carte de flic – de complaisance, mais bien suffisante pour remettre à leur place les foutriquets de l’ONIDEX. Un gars, au milieu d’une file d’attente, sans uniforme, ni casquette, ni badge d’aucune sorte mais devant une chaîne qui séparait quelques dizaines de branques de quelques centaines d’autres zozos, leur dit que pas moyen ici, mais essaie dehors, y a un opérativo spécial pour la cédulación, qu’il faut aller là-bas, vas-y voir c’est facile, un coup à droite, un coup à gauche et suerte hermano. Bon, dont acte.
Nos deux zigotos s’en vont dehors, à l’arrière du bâtiment, où, effectivement, en parallèle de la file qui cherche juste à entrer, une autre masse de crouillats se pressent comme des pilchards sous un soleil à décorner des bœufs. Y a des tentes rouges un peu partout, des officiels qui battent la campagne en t-shirts rouges aussi, des écriteaux adhésifs collés aux murs avec des directives dessus, des gens qui tournent comme des hélices atteintes de parkinson avec des papiers serrés dans leur petite menotte et le nez pointé en avant comme des poules en quête de grain. Dans le tas, notre Blanc égaré – sont tous colorés, les autres demandeurs de cédulas: Colombiques, Boliviques, Dominiques, Haïtiques, les Occidentaux ayant quant à eux payé l’avocat marron qui les a sodomisé à sec – notre Blanc, donc, finit par identifier la tente qui se charge des cédulas étrangères, par comprendre que la queue commence à quatre heures du matin et que le travail des fonctionnaires débute à dix heures. Entre-temps, un soleil d’enfer finit d’abrutir les demandeurs à coup d’insolation carabinée. En fait, il y a cent numéros distribués par jour et pour avoir la chance d’en obtenir un faut se pointer dans les premiers et attendre gentiment que les gars radinent pour leur dur labeur quotidien… C’est la «misión identidad», le cœur de la Grande Marche volibarienne, la splendeur de la doctrine révolutionnaire au service d’une population latrina de glands, de bestiaux baladés par des fantoches comme autant d’infibulés volontaires.

Bien, on fait quoi, maintenant ? Une bonne pluie bien tropicale menace de venir calmer les mioches qui braillent dans les bras de leurs mères porteuses, de rincer les idées nauséeuses des files d’attente d’épuisés qui se distribuent de tous les côtés, vu qu’il y en a pour tous les goûts: cédulas nationales, étrangères, premières émissions, duplicatas, bref, ça cédule à l’échelon planétaire. Pour ce faire, les fonctionnaires disposent de PC portables ayant connu la guerre des Gaules et d’imprimantes jet d'encre capables de rendre les photos d’identité aussi claires qu’un dégueuli de clodo polonais ayant ingurgité quelques douzaines de moules panées et faisandées farcies à la gelée de nounours Haribo. Au beau milieu de ce fatras réjouissant, des fils électriques dénudés jouent avec les pieds des passants, se déconnectent, occasionnant de rafraîchissantes pauses d’une heure ou deux sans courant. Les décérébrés locaux jouent de leur sans-cervelle pour mieux foutre le boxon dans l’imbroglio, ne savent pas lire les directives, énervent les fonctionnaires, tournent en rond pour mieux occuper le terrain et éreinter les autres.
Il est neuf heures, on a visité un peu partout, compris de quoi il retournait, décidé qu’on n’aura pas les burnes de se farcir la file. Alors on s’approche gentiment des types en rouge, on explique un petit peu le topo, on pleurniche que nous, les Blancs, putain, c’est si dur pour nous et que pour eux aussi, les gars, ça doit être dur et qu’à midi, je sais pas, faut aller déjeuner, reprendre des forces, et tiens, deux ou trois cents milles, ça aiderait à faire passer le déjeuner, pas vrai? Regard torve du jeune gars, attends par là, on va voir, faut voir, on va déjà commencer le taf. Après, c’est des yeux qui furètent, des têtes qui se penchent entre le jeune gars et son chef, des messes basses, des donne-voir un peu ton passeport, tiens, est-ce que tes données sont à jour, ton résident, il est bien dans la machine ? OK, passe-moi voir ce passeport... Dedans, les biftons attendent tranquillement sans moufter et le passeport rejoint prestement la pile de ceux qui se sont farcis la file d’attente depuis quatre plombes du mat. Faut rester discret, peut y avoir un grand chef superviseur qui veut aussi s’engraisser, pis y a les autres qui ont attendu dans la queue et qui nous ont pas vu, peuvent s’agacer et éructer quelque brâmée mal venue. Mais bon, avec un rien de pratique et de discutaille avec ses voisins de file en attendant d’être pris en photo devant la bâche en plastique blanc maculé de traces de pieds et de mains sales, on a vite fait de se mettre en confiance et comme tout le monde est bien content d’enfin y arriver, le zobe passe en douceur et on ressort avec son césame après une petite heure de paperasseries et de clin d’yeux avec nos potes complices.
À ce stade, le lecteur crucifixien, tu sais, le propre sur lui, se débonde de ses gonds tout vociférant, comment-comment ? salopards qui favorisent la corruption, fumiers de colonisateurs qui enrichissent les ordures du système ! Comme la Mère Denis, moi, je dis: ça c’est bien vrai… et comme dit mon pote, foin de logomachie hypocrite: quand je vois la file de pingouins, le bordel ambiant, que je devine la poireautée et les méandres qui m’attendent, je choisis sans l’ombre d’un scrupule: je banque, je douille, j’allonge, je raque, je crache au bassinet, et les branlés à blanc par l’autosatisfaction bien pensante feraient mieux d’en faire autant, ça leur dériderait les poils du cul !
Et ce sera tout pour aujourd’hui, les gars, à part peut-être quelques ch’tites poupounes pour la route, faut pas déroger ;-)
Roby

jeudi 16 avril 2009

Honnie soit la racaille !

Grand silence. J’étais occupé à prendre des vacances. Semaine sainte oblige, même pour les mécréants. Suis allé à la mer, sur l’île enchanteresse de Vargarita, tu connais, allez-y, ça vaut le coup d’œil: plages remplies de merde et de chiens galeux, routes défoncées à la pioche (j’ai vu des gamins s’amusant à détruire l’asphalte à grands coups et sous le nez des passants dont pas un n’aurait songé à élever la voix ni même à secouer la tête devant ces joyeux enfantillages), autochtones plus maléduqués que n’importe où ailleurs, instruction inexistante, politesse niveau fixe-chaussette, culture du fric et de la bêtise, stupidité crasse à tous les échelons, jean-foutrisme exacerbé, corruption idyllique, chaleur insupportable, bouffe graisseuse et indigeste, prix prohibitifs, insalubrité publique, pénuries d’eau, d’électricité, de denrées de base et de cervelles en état de marche, bref, comme partout à Vételgeuse mais en pire. Pourtant, paraît que c’est le nec plus ultra du tourisme, pas encore de masse mais ça pourrait venir.
Bon, c’est vrai, ici ou là dans ce blogue le lecteur attentif a pu se rendre compte que, parfois, les gens de Vételgeuse m’insupportent. Je n’en fais ni mystère ni n’en tire aucune gloire. Encore vrai que je ne tiens pas non plus les expats dans mon cœur et d’aucuns diront que je me suis parfois autorisé à... et patati-patata. Ceci étant, une autre race encore a le don de me hérisser les poils du derche, je m’en suis bien rendu compte en vacances et m’en vais t’en faire profiter. Je confesse donc volontiers que ce peuple malodorant de pisse-froids que l’on peut sans autre qualifier d’homo-salopus m’indispose d’une manière toute générale. Ceux à qui ça plaît pas, passqu’ils en font partie, connards, passez votre chemin ou vous en prendrez pour votre grade. Foi de Mérou !
Je parle ici de la racaille touriste, la saloperie fuligineuse et rampante, qu’elle vienne du pays ou qu’elle soit importée à grands frais, engeance trois fois maudite qui prend les territoires d’autrui pour une salle de jeu et qui fait la grimace dès qu’ailleurs ne ressemble pas à chez elle. Voudraient comme chez eux, mais le soleil en plus... Voudraient cartes postales, voudraient rêver, voudraient s’épater, mais n’ont à disposition que les moyens de leur insondable vulgarité. Quant aux autochtones, dont, c’est vrai, j’ai parfois affiché quelque mépris et qui essuient ici force critiques – au lieu qu’ils feraient mieux, convenez-en, d’essuyer la morve qui leur pend au nez et au cul –, ils subissent l’assaut avec sourire, complices pour cause de fric facile, face voilée devant tant de connerie sur pattes.
Mais entrons dans la fange, analysons le problo.

Le touriste, aussi bien routard que dindon en troupeau parqué au Club Med, il croit dur comme fer qu’il est différent des autres glandus, que lui, au moins, il a des raisons honnêtes de voyager. Faut connaître la planète, bordel ! S’instruire, comprendre, chercher des sensations. À la rencontre des indigènes, envolées lyriques, comme c’est beau, merde, j’en ai la larme au fion et la tourista qui pointe le nez… Mais le beauf, il arrive avec ses habitudes, qu’il veut pas changer tu parles, il pige rien aux gens et à leur vie, forcément, au pas de charge, ça risque pas, impose l’usage de l’anglais, faut bien communiquer, fait grimper les prix, implante sa manière de voir et de penser. Alors qu’il le veuille ou non, c’est toutes ses valeurs qui restent une fois qu’il s’est trissé. Et ça ira pas mieux demain, passque demain, c’est les autres qui passeront pour en remettre une couche !
À côté de ça, tu te dis mais pourquoi donc toutes ces enflures vont-elles emmerder la planète… Facile, mec, sorite incontournable, inévitable corollaire: t’as qu’à compter les émissions de télé et les articles de magazine qui vendent le rêve comme du papier de chiotte triple couche. Ça bourre la moelle épinière du zombie devant son écran et au premier fifrelin de côté il saute dans un bahut direction les Falklands. Évidemment, chasseurs de miel au Népal, chasseurs de ténèbres en Thaïlande profonde, anthropophages en Nouvelle-Guinée, terres vierges de Sibérie, ice cream de l’Antarctique, otaries des Galapagos, pétauristes d’Australie, j’en passe et des bien mûres. Tiens, manque plus que «Les décérébrés de Vételgeuse», ça devrait plaire ! Parce que plus c’est original, plus c’est inattendu, plus c’est inexploré, plus ça plaît. Pas mal, ça, hein ? Et qu’est-ce que ça veut dire, à ton avis ? Ben qu’elles resteront pas inconnues longtemps, ces contrées, à force de mettre le doigt dessus à tout bout de champ. C’est là toute l’intelligence du système; t’as même des guides touristiques du bout du monde, qui, du coup, ne sera bientôt plus que le bout du gland du touriste à sucer pour survivre. Et qu’on se ballade avec le Guide Bleu ou le Lonely Planet c’est blancs bonnets et consorts. Suprême délice: chacun regrette les monceaux de touristes qui gâchent le paysage mais chacun continue d’y aller en se disant qu’il suffit de chercher un endroit moins fréquenté. Total résultat: plus on déplore le phénomène et plus il se répand...
Parmi tous ces bœufs, faut le clamer haut et fort, les pires, c’est les crétins embarqués, les ceussent montés sur catamarans et compagnie, qui batifolent autour des îles, dans les deltas, qui remontent les fleuves et leurs affluents à la recherche des vraies valeurs, loin de la civilisation et de la connerie occidentales. Pauvres gens ! Pauvres cons ! Ici, à Vételgeuse, j’en ai vu plein... Entre autres bonnes manières, ces trous du cul ne trouvent rien de mieux que de distribuer aux Indiens tous les résidus possibles de la société de consommation. Je dis pas que ces trucs ne les aideront pas un petit peu, les Indiens, des habits, des cahiers, des ustensiles, faut bien vivre et s’adapter, hein, zozo, mais surtout on les rend bien dépendants du système, et avec le sourire, et avec le sentiment du travail bien fait, et avec la certitude d’être des gens biens, à l’écoute, ouverts, propres sur eux – y’a qu’à venir voir à bord – et avec le sens du devoir accompli. Avant, les pauvres bougres se trimballaient dans la forêt à poil et maintenant ils ont des t-shirts dégueulasses sur le dos… Charité chrétienne, quand tu nous tiens !

Mais voilà pourquoi les plaisanciers qui circulent en bateaux sont les pires de tous, dans le tourisme. D’abord parce qu’ils sont souvent plusieurs mois en mer et donc restent plus longtemps là où ils s’arrêtent que le gars qui vient juste huit jours à l’hôtel. Ensuite, comme ils s’incrustent, ils ont des besoins plus importants et donc leur influence sur la vie locale est plus forte. Très vite, tu peux vérifier autour des paradis insulaires, on ne trouve plus que des produits en boîte, plus personne veut se faire chier à presser un jus d’orange ou un ananas, descendre une coco, y a qu’à ouvrir une conserve ! Et comme ces tordus ont du fric à revendre au fond de leur besace, les commerçants locaux, fumiers, en profitent lâchement et augmentent leurs prix et tout devient inabordable, surtout dans les coins retirés où seuls les bateaux apportent un peu d’argent frais, va voir les Grenadines, va voir la Micronésie. Mais comme ils vivent essentiellement sur leurs barquettes, les plaisanciers, ils font donc pas profiter tant que ça l’économie locale de leur gniaf. J’ai vu de mes yeux vus, dans certains coins enchanteurs bien fréquentés, de gros raffiots amenant périodiquement du ravitaillement de Hollande, Bochelande ou Pignouflande pour que tous les p’tits zobis puissent se refaire une santé à bon compte et avec de bons produits bien de chez eux. Du coup, la soudaine hauteur des prix, c’est qui, qu’elle touche au plus profond, t’as une idée ?
Après, t’as la connaissance du monde, qui fait bien rigoler. Trous de balles et compagnie, mais bien informés, faut pas croire ! La plupart du temps, ils parlent pas la langue, vivent dans leur petit monde aseptisé (eau désalinisée, gogues, lavabos, douches, frigidaires et cuisinières à tous les étages) et restent ensemble à s’échanger parmi leurs formidables expériences. Le mieux, au pays des singes savants, c’est qu’ils croient sincèrement avoir tout compris juste parce qu’ils restent plusieurs semaines ou plusieurs mois dans le même coin. D’accord, les gars, le monde des expatriés n’est pas très reluisant non plus, mais ceux qui se sont cassés pour de bon de chez eux ont au moins pris des risques, ça forge le caractère, ils se coltinent la réalité locale pour de vrai, pas par l’intermédiaire de vacances prolongées, entre deux p’tits tours de villégiature dans le pays d’à-côté pour changer de paysage.
Y a aussi autre chose qui les rend pénibles, les types des bateaux: c’est qu’ils ont presque les mêmes besoins que les étrangers installés à demeure, mais sont quand même des touristes puisqu’ils vont pas rester. Besoin de visas longue durée, de cartes téléphone, de connaître les commerces locaux, comprendre la corruption, obtenir de bons contacts bien juteux. Ils se reposent donc un max sur les autres, entre bons p'tits blancs, pas, faut s’entraider, et demandent sans arrêt ce qu’il faut pour une meilleure intégration. Pis un jour, zwip, à la r'voyure, ils foutent le camp sans demander leur reste.
En plus, la plupart de ces tondus de la cervelle affichent une mentalité d’arrivistes imbus d’eux-mêmes qui ferait fuir le plus acharné des loups cerviers. C’est que leur départ a été si courageux, leur voyage est tellement formidable et leur aventure si grandiose que le monde entier devrait en être ébahi et, surtout, les aider à poursuivre leur rêve fantastique ! Pas question de préciser que la plupart doivent périodiquement rentrer toucher le chomdu ou le RMI, ça ferait grisâtre dans le paysage…

Tiens, tu me connais, j’aime bien les exemples, m’en vais t’illustrer ces merveilles qu’on trouve sous les tropiques, ce sera la partie conte de fées du présent billet.

Je lis l’autre jour un petit blogue rigolo. Journal de bord d’une famille partie se balader en voilier dans le Pacifique. Tout joyeux, la vie est belle, ils arrivent à Pitcairn, la célèbre île du Bounty où les descendants de Fletcher Christian vivent toujours en se violant parmi, c’était dans le journal, et qui demandent rien à personne pour leurs incestes tradition. Là par autour, si tu connais, c’est vacherie et compagnie, le climat. Bien pour ça que les Bountistes avaient brûlé leur raf au large et s’étaient retirés pour toujours sur le caillou. Ce jour-là, celui de la famille, mais faut suivre ou j’arrête tout, les courants et les vents étaient si violents qu’ils n’arrivèrent pas, les membres de la famille Machin, à s’approcher et durent aller jeter l’ancre plus au sud de l’île. Donc ensuite, ils appelèrent les habitants à la rescousse, allo papa-maman, on est des amateurs bien emmerdés, dis tu pourrais pas venir nous aider à venir visiter ton bahut de plus près ? Les préhistoriques, pas si vilains que ça, à tout prendre, vinrent les droper dans une barque. La famille resta une journée dans l’île, accompagnée, guidée et hébergée par les Pitcairniens. Ensuite, elle fut reconduite sur son voilier avec le plein d’eau douce et de vivres. Dans ses commentaires, sur le blogue, le mec, pas du tout gêné aux entournures de son costard de vacancier bidon, était ulcéré parce que les gars de l’île avaient: 1) mis un temps fou à répondre à leurs appels radio, 2) osé opérer les transferts en barque sans gilets de sauvetage ni radio, malgré la mer démontée, tu vois le topo si on avait coulé, 3) demandé quelques dollars pour les vivres, pas gonflés les gugus, bonjour l’accueil et la solidarité polynésienne ! aaahhh, putain, où est-il le beau temps jadis des colliers de fleurs gratuits offerts par de douces salopes aux tétons alanguis... À aucun moment cet abruti plaisancier n’a eu conscience que les gars n’étaient obligés de rien, ni sauveteurs, ni hôteliers, ni épiciers, et surtout bien aimables de leur fournir assistance pour pas grand-chose vu les conditions. Normal.
Dans l’ensemble, très objectivement, après expériences vues et vécues et entendues – généralisons, ça simplifie et c’est la meilleure méthode car ceux qui sont pas concernés tant mieux pour eux et ils se reconnaissent de toute façon –, un profil de zozos profiteurs et peu intéressants se dégage méchamment du secteur navigueux. Beaucoup de ces crétins maritimes sont des assistés qui bricolent sans vraiment rien foutre. Ils se sont payé un bateau à la faveur d’un coup de chance quelconque ou d’une arnaque (le plus souvent à l’assurance), se sont inscrits aux aides sociales (faut rien laisser perdre) et ont levé le camp. Depuis, ils vivotent entre les îles en faisant bien gaffe à pas perdre leur précieuse rente. Joli museau, ça donne envie d’en connaître plein !
D’accord, y en a aussi d’autres. Par exemple, les couples ou les familles qui se paient le grand frisson d’un voyage autour du monde en voilier. C’est fun, c’est l’aventure et c’est tellement éducatif… Y en a même qui se font dessouder pour de vrai par des pirates, par exemple en mer Rouge, ça s'est déjà vu. Cette sorte-là, ils bénéficient la plupart du temps d’une année sabbatique, d’une retraite dorée ou d’un pactole bienvenu, va savoir comment, on s'en contrefout. Ils sont persuadés d’aller à la rencontre du monde, alors qu’ils ne font que l’apercevoir à travers les écubiers de leur turne. Ils vivent la plupart du temps entre eux, à se croiser continuellement de port en port, suivant les mêmes itinéraires, cherchant les mêmes mouillages et les mêmes clichés. Comme ils se refilent tous leurs bons tuyaux via des sites web où chacun à la certitude de proposer des carnets de voyage captivants au reste de la planète ébaubie, ils risquent pas de découvrir grand-chose, les veaux ! Tout l’monde critique les Ricains ou les Japs qui visitent le globe en moins de quinze jours, mais au moins ils ont le mérite de pas chercher autre chose que des cartes postales, eux… Tandis que ces couillons de plaisanciers se la jouent Emingway ou Jules Verne et ne voient pas plus loin que le bout de leur coque. Tristes tropiques !

Alors voilà, je t’ai un peu renseigné sur mes vacances. Le touriste, en tongues toutes neuves, en chemise et short froissés, un sourire convenu sur la gueule, faut rassurer l’autochtone et on est si content d’être là, le teint rosé parce que trop de soleil et pas savoir, le sac pendouillant, la banane bien serrée à la taille, le regard paumé sur une carte dans sa bagnole de loc, le dico qui dépasse de la poche, c’est le guignol qui fait marrer, mais faudrait pas: d’abord parce qu’on en fait partie, ou ça l’a été ou ça le sera, et aussi parce que c’est la pollution à l’état pur. Qu’on leur foute la paix, à tous ces gogols locaux qui nous ont rien demandé et qui se passeraient bien de nos sales gueules d’Européens mal fagotés, Crucifix compris ! Tu me diras: Oui, bien joli, mais et alors, on va rien savoir de ce joli monde qui nous entoure ? Mais quoi… tellement besoin d’aller voir ailleurs comment c’est… de toute façon, ce sera jamais qu’un survol superficielissime, alors autant rester dans ses pénates… T’as qu’à être curieux devant ta téloche, Sam, look un peu de Thalassa et d’Ushuaïa, lorgne un National Geographic, ça fait voyager pis tant qu’il n’y a que quelques journaleux, quelques aventuriers ou quelques expats sur place, ça renseigne et c’est pas trop grave pour la dépradation. C’est quand TOI, tu y vas, que ça devient glauque et graveleux, je voudrais pas être salaud.
Alors je le dis, bien fort, qu'on l'entende bien, partout dans les coins: Touristes, race honnie que je conchie, compisse et à la raie de laquelle j’éjacule en zig-zag, j’irai dégueuler sur vos tombes !

Et ce sera tout pour aujourd'hui. En attendant, je vais m’en taper une bien fraîche à votre santé en contemplant les merveilles de la nature…
Roby

mardi 24 mars 2009

Le bonheur conjugal

Comme on dit toujours que le gars Robert est un salaud qui crache lamentablement sur le bon peuple de Vételgeuse sans aucun respect pour les admirables coutumes locales et la formidable culture qui émane de l’endroit à chaque coin de rue (si, si, c’est ce qui se dit chez les copains), voilà un joli compte de fée en forme de coup de caveçon pour en faire réfléchir certains, ceux qui n’ont pas encore trop de merde dans les yeux et qui sont encore capables de faire la différence entre un être humain normalement constitué et un flaccide autochtone aux relents nauséeux d’arracheur de dents congénital.
Marie-Claude est Canadienne. Nathalie aussi. Rencontrées par hasard. Plage, bières, grillades, discutaille. Propres, jeunes, belles, cadres. Deux, trois fois l'an, elles radinent à Vételgeuse pour villégiaturer. Z'ont le droit et c’est pas pire qu’ailleurs... Pour des vacances, je veux dire... Fait beau, les gens sont gentils, c’est ce qui se dit, la vie est pas chère, pas comme au Canada, où tout est taxé à s’en déchausser les dents. Bon, c’est vrai, les locaux glairent à foison, rampent comme des merdeux dans toutes les vases, toutes les ornières, mais bof, y en a des pas pires que d’autres. En tout cas, c’est ce qu’elles se sont dit, les deux Canaques. Donc, Nathalie, elle est maquée avec un beau Vételzuélien, genre qui fait propre – pas le blaireau moyen qui ne sait qu’ahaner des «cométa, com ‘a la ‘ayna?» en guise de salutations – et l’autre, Marie-Claude, qui s’est déjà fait enfiler l’anneau par les deux bouts.
Moi, tu me connais, je me dis in petto que la drôlesse doute de rien... qu’y faut avoir les couilles accrochées bien haut sous les jupes pour se lancer à la veuglette avec ce genre de tord-boyaux. Mais non, elle assure, tout va bien, Eduardo, le mari, est un mec réglo, responsable et bla-bla-bla. Mais elle parle pas la langue, Marie-Claude, et j’en déduis – je l'ai mauvaise, moi, la langue – que son jugement passe plus par ses ovaires que sa cervelle, mais bon, c’est pas mon problo, a fait ce qu’elle veut. L’autre, Nathalie, comme elle n’est pas encore passée à la case mairie, elle suit les traces de sa copine avec un petit temps de retard mais les mêmes convictions, étant donné les qualités ès super-mec de son gigolpince maison.
Bien. Je croise de temps à autre cette paire de donzelles, dans l’année, surtout que c’est toujours à moi (elles ont confiance en ma femme, qui fait propre et sympathique) qu’elles demandent de réserver un appart pour leur prochain séjour. La Marie-Claude, elle aimerait bien faire venir son mari au Canada – pas besoin de dire que lui aussi n’attend que ça, aller glandouiller du côté friqué du monde – mais les instances canadiennes, allez savoir pourquoi, ne sont pas pressées de reconnaître leur mariage vételzuélien... Sont peut-être moins connes que la Marie-Claude, les instances... veulent des tas de papelards en plus qui prouvent qu’à Vételgeuse ils sont vraiment ensemble et pas seulement pour la galerie administrative. Bref, allons au plus court, certains fatiguent.

Au dernier séjour vacanciel de mes nunuches y a eu comme qui dirait de l'agua dans le gaz. Déjà, au départ c’était rigolo. Marie-Claude, par e-mail, me demande de réserver tel appartement pour son arrivée, que son mari passera payer, voilà son téléphone. OK, on s’organise avec le Vétez, mais celui-ci, comme tous ses congénères, pose des lapins à tour de bras, ce qui fait qu’on n’arrive pas à se croiser et, forcément, à réserver, vu que je vais pas payer de ma poche. Videmment, la Marie-Claude s’interpelle que comment ça se fait, il m’a dit qu’il allait payer, je comprends pas ce qu’il fout, je lui ai laissé la thune la dernière fois justement pour ça, et en plus j’arrive plus à le joindre, saleté de téléphone ! Moi, normal, j’ai déjà pigé que le zozo a grillé le blé et que comme il ne peut pas payer, il fait le mort, ce qui est l’attitude normale et courageuse de tout Vételzuélien devant les ennuis, même mineurs. Pour l’instant, je ne dis rien, c’est pas mes oignons, suis pas comme ça, à chaque couple sa merde et les poules seront bien gardées.
Bon, les choses n’évoluent pas, mais la Marie-Claude est rassurée parce qu’enfin, c’est bon, le mari a payé la réservation, à moi, donc. Ah bon ? je lui fait. Marrant, parce que, justement, je ne sais même pas à quoi il ressemble, ton mari... Bigre, qu’elle fait, la Marie-Claude. Moi, entre-temps, j’ai des SMS affolés du mari, qui me tient pour le super copain qui va lui arranger le coup, il me confie qu’il est dans la mélasse, mais que tout va bien, il a trouvé un boulot (c’est les rois de la p’tite, toute p’tite semaine, les gars) et que d’ici... tiens, tout de suite, pourquoi pas, c’est encore mieux... il va me payer, pas de problème, mais surtout, ne préviens pas Marie-Claude, tu comprends, je lui ai dit que j’avais déjà payé, entre mec on se doit bien ça ! Comme sans le blé je ne peux rien faire, et que, surtout, je ne suis pas Vételzuélien, manque de bol pour lui, non seulement je ne le crois pas une seule seconde, mais en plus je le balance à sa bonne femme, va chier connard, sans blague, commencent à me fatiguer les locaux avec leurs conneries à deux balles. Elle, sciée, se met à piger que le mec lui raconte des crasses. Son propre mari... Au final, Marie-Claude m’envoie du fric par virement et se radine fissa. Rendez-vous à l’appart en question, elle me demande de lui montrer les messages que le mari larmoyant m’a envoyé, ce que je fais complaisamment, pendant que lui reste dans la voiture, la honte pendue au cou comme des roubignoles mal placées. Plombée, la greule me demande: «mais ils sont tous comme ça ?» Et moi, tu crois que je réponds quoi ?

J’ai pas les détails techniques du séjour, mais au départ la Marie-Claude faisait une drôle de gueule et la Nathalie m’a gratifié d’un «je ne sais pas si je reviendrai...». Bon, je prends note et le temps passe. Y a un mois, voilà-t-y pas que je reçois un mail de ma Marie-Claude, qui me demande si je connais un avocat ici, parce que tu vois, mon mari, si ça se trouve, ben ce serait pas impossible qu’il soit déjà marié ! Ah ouais ? que je fais, blasé par les années passées à fréquenter tous ces tordus. De fil en aiguille, le cauchemar se confirme et du coup, of course, elle devient polygame, ce qui fait un peu tache sur le CV d’une cadre-sup canadienne. Comme son mariage n’est pour l’instant pas reconnu ailleurs elle pourrait s’en branler, mais non, elle aime les choses propres, veut pas traîner de casseroles, allons-y pour divorcer. On y trouve une avocate et on organise le topo pour son prochain séjour. Tout se passe bien, l’arrive, rencart tribunal, le mari est là, profil bas, séance de conciliation et signature de procuration à l’avocate. Rapide, efficace, no prob. Divorce facile, pas de poursuites de polygamie, elle n’y est pour rien, et lui non plus, la justice ne l’ennuyera pas, parce que, forcément, comme il divorce il n’est plus polygame... Vu sous cet angle...
Pendant la procédure, Marie-Claude a quand même appris que son mari, 33 piges au compteur, a déjà six enfants avec deux autres pouliches, et même, le lendemain de cette révélation, non, y en a encore une autre qu’on avait oubliée, avec un autre chiard, de pas six mois, donc il se l’est faite pendant son mariage à elle. Tout ça, bien-sûr, au vu et au su de toute sa famille à lui, qui était présente en grandes pompes catholiques lors du mariage... Bien, cool, sept enfants avec 3 nanas, double mariage... mais attention: EN LARMES, le gars, de perdre son grand amour qu’il comprend pas pourquoi qu'elle veut divorcer... Même la juge avait la larme à l’œil et pour un peu refusait le divorce pour cause de franche sincérité de la part du mari si terriblement triste que ça peut pas être du bidon d’être triste comme ça !
Bon, le fin mot de l’histoire, c’est l’avocate, qui l’a eu: les mariages avec les étrangers, c’est très difficile, parce que c’est vraiment une autre culture. Ici, les gens mentent facilement, naturellement, gentiment, comme ils respirent, et vous, malheureusement, tout ce qu’on vous dit vous y prenez au premier degré... Fectivement, on est vraiment des taches ! Ceci dit, la clairvoyance de l’avocate a peut-être une explication, elle aussi: elle n’est pas vraiment de Vételgeuse vu que ses parents sont ritals.
Une autre question à mille balles, posée à ladite avocate: comment est-ce donc possible que le mec se remarie en étant déjà marié, dans le même pays, ça doit se voir, quand même ? Ben non, tu sauras, ça ne se voit pas ! Y a pas de registre des mariages à l’échelon national, suffit d’aller à la mairie avec sa cédula et un papier de la notaria qui certifie qu’on est célibataire. Et ça, c’est tout simple: on va à la notaria du coin, n’importe laquelle, et on dit qu’on est célibataire en regardant bien dans les yeux (croix de bois, croix de fer...) et en montrant sa cédula, qui dit bien «soltero», et vu que généralement elle date de Mathusalem, la cédula, ça joue, et ils font le cerificat. C’est tout. Ah oui, il faut quand même un témoin... Mais tu peux prendre n’importe qui, ça marche aussi. Suffit que le gars dise oui-oui, il est célibataire, je le connais bien... Marié 5 fois et divorcé 12 fois, tu seras toujours aussi célibataire devant ta Canadienne. Cool, Raoul.
Tu vois, j'ai rien inventé, la réalité locale, la plupart du temps, vaut bien de l'Asimov des grands jours ! Maintenant, pour ceux qui préfèrent dégorger sans courir les risques d’une mauvaise surprise, y a tout ce qui faut dans la rue, suffit de se baisser et ramasser – et en montrant son passeport ça marche encore mieux:


Et ce sera tout pour aujourd’hui, Robe.

vendredi 20 mars 2009

Sacré Benoît

D'habitude, la religion, moi, je lui pisse au cul en zig-zag. Mais là, faut avouer, le pape, je suis tout retourné d'amour confraternel ! Fabuleux, le coup du préservo... Le monde entier, et Vételgeuse avec, lui conchie son politiquement correct, lui dégueule sur la soutane son opprobre sancto-démocratique sans même réaliser que lui, il ne fait que son job, celui pour lequel il s'est fait enfumer par le Vatican. Donc on lui dit: salaud ! tu te rends compte, le sida, c'est grave et ceci-cela... Et lui, la queue sous les jupes, ne faisait que dire: ouais, les gars, le caoutchouc c'est bien beau mais ça vaut pas la morale ! Gros sac, qu'on lui a répondu, la morale, tu sais où tu peux te la carrer ? Va donc prêcher tes solécismes orduriers chez les Niaks, eh, faux cul... Nous, ce qu'on veut, c'est continuer à baiser comme des malpropres sans se poser de questions ! Bon, comme on est quand même cathos – ça fait propre sur nous –, on aimerait bien que tu fermes un peu ton clapet et que tu nous foute tranquille. Ou alors, si ça se trouve, on va changer de saint-père, en choisir un qui sera juste assez pape pour qu'on soit de bonnes petites ouailles, mais juste pas assez pour nous chier dans les bottes quand on veut s'enculer parmi. Faut être moderne, eh Papa ! vivre avec son temps...
Ça me rappelle le cureton dont j'avais lu un jour qu'il refusait de marier les ceusses avec lesquels il n'avait pas eu au préalable d'entretiens religio-préparatoires. Les gniaces étaient outrés, et la populace avec... Non mais des fois, c'est quand même un service public, l'union sacrée devant le Grand Sachem, s'agirait de pas l'oublier avant qu'on te fasse expédier dans une colonie de Nouvelle Guinée pour le restant de tes jours après émondage de ton biniou stérile ! Allez chier, qu'il leur répondait, la bave aux lèvres, me suis pas entarté le zob à suivre 20 piges d'études théologieuses pour en arriver à bénir des cancrelats qui viennent à la messe juste pour faire joli dans le paysage familial ! Vous croyez quoi, tas de crevards ? Tu te colles une robe blanche (vaporeuse et translucide, bien-sûr, on n'est plus au XIXe), tu te gobes une ostille et tu balances trois grains de riz sur tes aminches ébahis et le tour est joué, après tu peux t'en retourner à tes malsaines mécréances ? Et le respect, tête de nœud ? Préfère encore l'anar avoué qui me chie ouvertement à la raie que ces immondes tartelettes saucées à la pisse de chat qui n'ont pour seul chant biblique que les loghorrées de Britney Spears et qui viennent me pomper le dard le seul jour où ils se rappellent à quoi sert une chapelle...
Moi, je regarde tout ça de loin, tu penses, mais tout de même, là, l'a pas raison, le papounet ? C'est quand même pas un bout de plastique qui risque, et de 1): d'enrayer la pauvreté spirituelle et comportementale des temps modernes, et de 2): de dégommer le virus qui continue de batifoler dans le fion des tarlouzes et des Négros. Vu sous cet angle, l'a quand même pas tort de dire béatement que c'est pas le préservatif qui va améliorer les choses, non ? Et ceux à qui ça plaît moyennement, voire pas du tout, feraient mieux de changer de religion avant de virer la papa-mobile avec son conducteur. Son tort, au Papy, c'est d'avoir pas pigé que le monde avait évolué depuis l'époque où les stigmatés sortant de leurs cénotaphes l'auréole à peine fripée faisaient les délices du pueblo: le monde, il est aujourd'hui globalisé dans la connerie, le sémitisme et l'homopholie. Et ceux qui sniffent pas dans la même gamelle n'ont qu'à bien se tenir !

Alors à Vételgeuse, bien sûr, c'est le sommet du genre: l'église, personne n'y va plus depuis que Cro-Magnon a gagné le continent et n'y retourneront certainement pas avant que les poules ne se fassent plomber les molaires. Ce qui n'empêche pas tous les décérébrés de la faune locale de se signer à chaque pet de travers histoire de faire comme si. Comme disait Buko, le roi de la carabistouille fumeuse: La religion, si c’est vrai, ça rend les gens idiots; ou alors, c’est les idiots qu’elle attire particulièrement. Et pis si c’est pas vrai, les idiots en deviennent du même coup d’autant plus idiots…
Ici, au pays, je l'ai esquissé parfois, les saintes et les putes se disputent la gent féminine au point qu'il est ardu de différencier les unes des autres, ou alors, j'ai pas encore élucidé la question, c'est peut-être les mêmes, mais qui l'ignorent... En tout cas, il y a autant de vierges que de péripatéticiennes, et c'est peu dire ! Etonnamment, d'ailleurs, est-ce un reflet de l'obsession légendaire des autochtones pour la femelle, on encense plus ici la Mère-Machin que son rejeton, le surnommé Petit-Bidet; d'une manière générale, comme on aime mieux les balloches (même siliconnées) que les roustons, on y va plutôt de la Virgen que du Cristo, question de préférences stylistiques.
Bien, à part ça, on peut dire encore que la plupart des filles de Vételgeuse se baladent quasi à poil et pondent des gosses dès la pubertoche, c'est rigolo et ça aide à rester chez les parents sans bosser. Mais ça, ça n’empêche personne de continuer de s'abrutir les neurones en citant les Saintes Écritures à tour de bras et en crachotant continuellement le nom du Grand Barbu.
On l'aura compris, la population, par ici, est aussi pratiquante que je suis Guatémaltèque ! Par contre, faudrait pas confondre les torchons du Pape avec les serviettes de Britney, la coruscante bigoterie est reine au royaume des saints-glandus: cathos jusqu’à l’os et fiers de l’être ! Passons sous silence que tout le monde s'entourloupe sans vergogne, s'alpague à coup de mentira bien qui mentira le dernier et se fait les fouilles dès que les genoux sont tournés vers la terre sainte. En clair, tout le monde a un comportement de jean-foutre, mais pour la superstition et le fanatisme, c’est la bonne adresse… Les négoces et les transports publics rivalisent de Vierges adhésives avec les boutiques de Lourdes, les maisons et les burlingues ont tous leur coin à prière chargé de chapelets de conneries et d'encens putricide, les bagnoles arborent toutes le gentil poisson qui évoque Rhésus+ et ses talents de multiplicateur... Comme je dis toujours, c’est comme pour les façades des maisons, repeintes tous les six mois et qui cachent à peine les décharges privées qui servent d'habitacle à tout Vételzuélien qui se respecte: le paraître, les gars, c'est tout ce qui compte, faut laver la vitrine et planquer les chiottes qui puent au fond d'un placard qui ferme à clef !
Même à l’école, tiens, ça n’a pas l’air de les gêner beaucoup, les zombies du coin, la différence qu'il y a entre la réalité et ce qui est prôné par Papa-catho: les gosses se farcissent un lavage de cerveau bien en règle grâce à de merveilleux slogans libidineux du genre «Dieu m’aime» ou «le Seigneur est ton père», de quoi largement rassurer les parents qui voient leur pubescente fi-fille revenir en cloque à chaque fois qu'elle va chercher du Pepsi à l'épicerie. D'ailleurs, preuve que le message passe bien: la plupart des bougresses nationales tendent leurs fesses tendres aux mâles protecteurs afin qu'ils les bénissent à grands coups de goupillon !


Et ce sera tout pour aujourd'hui, Robert

mardi 10 mars 2009

Délivrons Prométhée!

Je crois l’avoir déjà dit, mais on ne le répétera jamais assez: même s’ils n’hésitent pas à se prendre pour des nobliaux façon Juan Corto dos Orejas y Rabo, les Vételzuéliens restent les plus insipides bulleux limaçons de tout l’élevage latino. Ici, à Vételgeuse, la populace, essentiellement constituée de fades foutricules amoindris et d’échappés de bidets – je ne sais plus si je l’ai précisé une fois ou l’autre – se contente d’évoluer dans la nuit cérébrale la plus fermentée et d’éructer d’ineptes onomatopées tuméfiées en guise de langage. Dans ces circonstances, le téméraire qui se prendrait à rêver d’un service ressemblant de près ou de très loin à un résultat probant se fourrerait le cubitus droit jusqu’au radius gauche dans l’œil en passant par les métatarses. Analysons les faits.

Hier, par malchance – parce que sous ces latitudes, c’est certain, vaut mieux n’avoir jamais besoin de rien, ni de personne – j’eus l’obligation d’utiliser du carton couleur jaune pour quelque ouvrage domestique qui ne regarde que moi. Je vaque à la réunion du matériel, mais carton, y’a pas. Plongeant à pieds joints dans la déréliction, je pense déjà au parcours migrainogène qu’il va me falloir affronter pour obvier à l’incident. Prestemment mes pataugas, qui redoutent à l’avance de devoir subir ma vindicte contre les trottoirs du voisinage, et toute vitesse à la première papelería en priant le Grand Sachem que j’arriverai à toutes les faire (les papeteries) avant la fin de la journée, ce qui est loin d’être garanti dans cette contrée de limaces atrophiées.
Une fois dedans (la papelería), foutoir indescriptible, machins entassés jusqu’au plafond, derrière un comptoir trois grelouilles ne daignent pas même lever les yeux sur moi alors que leur activité du moment se limite à l’admiration de leur vernis à ongle et de leur écran de cellulaire, le sport national féminin. Déconfit devant leur manque de réaction à l’exposé répété de ma requête, avec élévation progressive de la voix et tentative réitérée de changement de vocabulaire, sait-on jamais, je me retourne dans le magasin et alpague un vendeur visiblement tout autant in partibus mais qui, lui, n’a ni téléphone ni vernis à contempler. Comme c’était à prévoir, le zigue me regarde avec ses yeux bovins et me réponds que non, y a pas, pas ici, va voir ailleurs, j’en sais rien et surtout me demande pas, parce que c’est pas marqué encyclopédie sur mon tarin. Je n’insiste pas, même pas pour savoir si peut-être demain ou si dans le temps y a eu, sachant à quel point, dans ce pays, il peut être vain, certains jours, de demander du papier dans une papeterie ou du pain dans une boulangerie, de la viande dans une boucherie, etc.
Point encore découragé par la contrariété, je m’embringue dans un second négoce, où même la porte d’entrée refuse de collaborer, malgré que l’horaire malhonnêtement affiché sur icelle précise qu’ici on travaille de 08h. à 18h. sans interruption et qu’il n’est que 9h. Dont acte et me revoilà parti en vadrouille, les pataugas maintenant quelque peu décharnées. La troisième papeterie est la bonne, je n’en crois pas mes mirettes et acquiers pour un prix prohibitif (on ne peut pas tout avoir) un paquet complet de cartulina jaune pétard au format carta, l’équivalent autochtone de l’A4 légendaire. Je passe sur les détails de la transaction, toujours burlesques, ainsi que sur le retour en voiture, aussi folklorique qu’à l’accoutumée, pour passer directement à l’imprimante jet d’encre qui va devoir s’enfiler mon carton pisseux. Car c’est là que survient le coup de théâtre de la saynète: le truc bourre et refuse d’entrer dans ma HP, au demeurant tout ce qu’il y a de plus réglementaire. Dubitatif, rosacé et entreprenant, je sonde le paquet, propre sur lui et visiblement sorti d’une chaîne de montage dûment mécanisée, et lis les inscriptions informatives qui y trônent fièrement en couleurs flashantes (hecho en Vetelzuela) et en termes du genre «garantie pour 50 vies contre toute malfaçon». Ces dernières précisions me rappellent, si je l’avais oublié, que tout ce qui est fabriqué à Vételgeuse n’augure jamais rien de bon...
Bien, maintenant j’arrête de rire et vous le donne en mille: comment arrive-t-on, comment peut-on arriver, parvenir, à fournir un format carta pas au format, lorsqu’on bosse dans une usine, avec machines et tout le tsoin-tsoin ?! Précisons que tout de même, après coupe aux ciseaux, je compte 3 mm plus large et 2 mm moins long que le carta standard. Faut donc qu’on m’explique, mais comme personne ne le fait je m’y attelle et poursuis mon sacerdoce, certes inutile mais défoulatoire.

Donc, l’autre jour, pour mon malheur, je me mis à nourrir une ambition on ne peut plus dantesque en ce monde de sous-développés oncotiques: obtenir une planche de bois dans une menuiserie pour façonner une étagère… Vous voyez déjà le tableau ! Et si vous ne voyez pas, tentez de demander à votre charcutière bosniaque et sourd-muette qu’elle vous cite de vive voix et de mémoire l’annuaire chinois non expurgé en version araméenne, vous obtiendrez à peu près la même chose.
Tout gonflé de mon envie scabreuse, rempli à bloc de mon outrecuidante motivation et tout imbu de ma naïveté, que j’avoue volontiers avoir été un tantinet confondante de puérilité, j’entrai donc dans une menuiserie de Vételgeuse, lundi dernier à 09 heures tapantes. Le négoce étant scindé en une partie entrepotte, où des niaces éclusent des bières assis sur des tas de planches, et une partie bureautte, qui visiblement fait office de réception, j’oriente vers celle-ci. Et je fis mal... Dès l’entrée, en effet, trois grasses ne branlaient rien, si ce n’est du chef lorsqu’une d’entre elles éjaculait quelque gazouilli, et avaient bien l’intention de poursuivre cette saine activité réparatrice. Donc va donc voir si j’y suis banane ! Bien, m’en vais visiter les siroteurs. Et là, surprise: les gars, pas méchants. Posent leurs bières, me font faire le tour du proprio. J’explicationne mes ambitions et eux me disent, voilà, ça c’est bien pour toi. Planche en laurel rojo brut de 3 mètres de long. Parfait, j’ai besoin de deux planches de 1m. 10, donc ça me fera une chute en plus. Une fois d’accord, le plus gros prend son crayon et me note le métré sur un chiffon pour que j’aille au burlingue régler mon obole. De retour chez les grognasses, je paie sans même que la drôlesse qui vérifie le tarif et encaisse mon gniaf ne me gratifie du moindre son. Pas tellement que ça me manque, mais l’habitude, voyez…
Vuelta chez les bûcherons, mais non, mon ami, la machine à débiter est en panne. Merde... combien de temps ? Ah ça... On attend juste la pièce, donc demain au plus tard mercredi le temps de la monter. Bien-bien... j’envisage donc un jeudi matin, plus sûr, le vendredi ces branlouilles pensant déjà au week-end. OK, ce sera prêt pour jeudi. Je m’en vais (pas trop) confiant avec mon reçu. Lâchez pas, j’y viens!
Jeudi matin, pétant l’optimisme forcé, me pointe chez mes zozos qui, c’était à prévoir, n’ont rien fait du tout et tombent des nues devant mon reçu. Comme c’est déjà 10h. y a plus le temps avant la pause déjeuner, donc reviens en début d’après-midi. Leur laisse un peu de temps pour le boulot et j’attends sagement 15h. Grossière erreur! À mon arrivée, sont presque à boucler leur entrepôt vu que la fermeture est à 16h. 30 et comme ils n’ont aucune velléité de réouvrir pour moi, y a plus qu’à revenir...
Vendredi matin, première heure – j’aurais dû commencer par là: me pointer tôt et attendre devant la machine comme un poireau jusqu’à que les planches soient prêtes, c’est l’usage ici, personne n’entamera le moindre taf, même payé d’avance, sans que le client ne les harcèlent. Les gars retombent des nues (mémoire courte, très courte, chez le Vételzuélien) et là j’attends qu’ils veuillent bien s’y coller. Hosannah, on y est! Et c’est là, mes petits pingouins, où je voulais en venir: ils sont quatre. J’ai une planche de 3 mètres. J’en veux deux de 1m. 10 et le reste je m’en fous, même en copeaux ça me va. J’explique aux gars, cinq fois, car je les vois déjà partir sur un trois fois 1 mètre, on se fera moins chier. On pose enfin ma planche sur le billot, tout ce qu’il y a de plus standard, un truc en Heidelberg ou Baumgartner ou Rediker, enfin bref, une machine germaniotte de bonne facture, costaude sur elle et en état de marche. Je suis à côté et je regarde faire. La planche dans la longueur, deux gars de chaque côté. Le chef trace au crayon mes mètres 10 en secouant la tête, qu’est-ce que c’est que ce gars qui veut des mètres 10 ? Ils enclenchent la circulaire, sans rail, sans guide, sans pinces, étau ou blocage d’aucune sorte. En roue libre, le laurel rojo. Mais ils sont quatre à tenir ! Videmment, je vois le tracé qui chasse à mesure que la lame ronge le bois. Logique imparable, même avec quatre gus aux manettes... À l’arrivée, j’aurai une coupe qui vasouillera entre le mètre 08 et le mètre 12... C'est-à-dire que comme tout ce qui est fait dans le coin, mon étagère aura une franche sale gueule !
Le grand œuvre de ces messieurs arrivé à son terme, je vois du coin de l’œil que la mécanique a tout ce qu’il faut comme guides et serre-joints, mais qu’ils ont été enlevés et déposés dans un coin... Savent sûrement pas à quoi ça sert... Confiture aux cochons.

Voilà, c’est à peu près tout. Zavez pigé ? Sinon, y a encore les gobelets de yaourts, impossibles à ouvrir sans s’en foutre jusqu’aux oreilles, ou les briques de lait, Tetra Pak comme partout, qui sont résolument inouvrables sans cisailles malgré les pointillés pour détacher d’un sec mouvement de pogne... et ce malgré que les machines et le carton, imprimé aux couleurs de l’entreprise, soient de fabrication Tetra Pak afin de garantir le concept de qualité breveté – se fourrent le moignon dans l’orbite, les Suédois, s’ils croient que leur pointillisme va arriver jusque-là sans se perdre en route...
Donc mon papier cartonné jaunasse, tu piges ? Ici, à Vételgeuse, tu peux avoir toutes les machines que tu veux, et c’est valable pour tout – j’ose pas imaginer le jour ou l’armée voudra faire pan-pan avec quelques belliqueux – savent pas s’en servir, les soignent pas, les amputent à la mords moi l’nœud, les dégueulassent, les démontent sans comprendre, les bricolent à la va-comme-j’te-pousse. Alors moi je vous le dis: par pitié, si Héraclès faiblit partons nous-mêmes délivrer Prométhée, parce que franchement, quand on voit le bénéfice qu’ont retiré certains gugus de son audacieuse générosité on se dit que les Dindons du 7e ciel n’avaient pas tant besoin de s’exciter devant l’affront, suffisait de laisser pisser pour que tout rentre dans l’ordre... Et que ceux qui ne me croient pas viennent seulement voir à Vételgeuse ce que l’on est capable de faire ici pour rester le nez dans la merde !
Et ce sera tout pour aujourd’hui, Roby.
PS
Ceci étant, la bassesse des instincts dits primaires n’ayant d’égale que la profondeur du soutif de ces dames, payons-en nous une bonne tranche avant que le territoire des ombres ne nous plombe à jamais dans son cul-de-basse-fosse:

jeudi 5 mars 2009

Mieux vaut en rire...

Le secrétaire d’ambassade téléphone au président du Vetelzuela :
- Señor Presidente, faites vite ranger et nettoyer les barrios, réparer le réseau électrique, les canalisations d’eau et tous les véhicules, cacher les déchets et les tas de ferraille, emprisonner les voleurs et les menteurs, brûler les faux papiers et les diplômes bidons, dégommer les chiens galeux, endiguer la corruption et renvoyer les terroristes chez eux, vous allez avoir des visiteurs étrangers. Ils pourraient raconter au monde entier quel merdier règne chez nous!
- Et alors ? Qu’ils calomnient, sales impérialistes !

*
Un Vételzuélien montre à tout le monde son diplôme d’études supérieures.
- Combien tu l’as payé ? Lui demande-t-on.
- Le gars, outré, répond: Bah ! Si je suis Vételzuélien, alors je l’ai forcément acheté ? Vraiment, là tu me vexes ! Non, en fait on m’en a fait cadeau.
*
Un concours international de cambriole. Les conditions sont les suivantes : deux perceurs de coffres entrent dans une pièce où se trouve un coffre-fort avec un million de dollars. On éteint la lumière pendant une minute exactement. S’ils ont réussi à ouvrir le coffre, le million leur appartient.
Les Anglais entrent les premiers. Une fois la lumière rallumée, on voit qu’ils ont à peine fini de déchiffrer le code.
Ensuite c’est au tour des Américains. Leur temps écoulé, ils ont pu déchiffrer le code et ouvrir la première porte.
Vient le tour des Vételzuéliens. Au bout d’une minute, on essaie de rallumer, mais pas de lumière. Et une voix retentit dans les ténèbres:
- Coño, Luis, on a un million dans le sac ! Pourquoi donc as-tu volé l’ampoule !?
*
Une Américaine, une Française et une Vételzuélienne passent un test psychologique. La même question est posée à tout le monde:
- Imaginez que votre navire a fait naufrage. Les vagues vous rejettent sur une île, mais une foule de sauvages du sexe masculin se précipitent sur vous. Qelle est votre réaction?
L’Américaine:
- J’aurais très peur et je me jetterais à l’eau pour essayer d’aller ailleurs à la nage.
La Française:
- J’organiserais un tournoi, et le plus fort deviendrait mon mari.
La Vételzuélienne ne répond rien. On lui dit:
- Vous avez entendu la question?
- Oui, j’ai bien entendu la question, je comprends la situation, mais je ne vois pas où est le problème…

*
Un gars entre dans une licorería de Vételgeuse:
- Une caisse de bière, s'il vous plaît.
- A emporter?
*
Un petit métis demande:
- Grand-mère, je suis Américain ou Vételzuélien ?
- Pourquoi tu me demandes ça, Pedrocito ?
- Parce que chez nous, à la maternelle, on nous a apporté de nouveaux jouets. Alors je réfléchis: je les laisse là-bas ou je les embarque à la maison ?
*
La leçon d’anglais dans une école vételzuélienne:
- Luis! Do you speak english?
- Qué?
- Assieds-toi, je te mets zéro! Juanito! Do you speak english?
- Cómo?
- Assieds-toi, zéro. Tibisey! Do you speak english?
- Yes, I do.
- Hein?
*
Un Vételzuélien vient à l’état-civil et demande le changement de son nom de famille. L’officier lui explique:
- Señor, on n’autorise ce changement que si le nom de famille porte atteinte à la dignité humaine de son porteur. Et votre nom de famille est tout à fait correct. Pourquoi tenez-vous tant à le changer ?
- Parce que je viens de trouver une boîte pleine de cartes de visite.

*
Un navire est en train de sombrer en mer Caraïbe. Le capitaine, désespéré, tombe sur l’aumônier du bord:
- Padre, notre navire coule! Que faire ?
- Vous avez Internet ?
- Oui.
- Alors vendez ce navire au plus vite sur Mercado Libre!

*
Une expérience : on a mis un Allemand, un Américain et un Vételzuélien chacun dans une pièce vide et on leur a donné deux boules en acier pour voir ce qu’ils arrivent à faire avec.
Au bout d’un certain temps, ils entrent dans la pièce où se trouve l’Allemand : il a réussi à mettre les boules l’une sur l’autre et elle ne bougent pas.
- Bravo, c'est très bien !
L’Américain pose une boule au milieu de la pièce et jette l’autre contre le mur. La boule rebondit pendant dix minutes et à la fin, tape avec précision l’autre.
- Bravo, épatant !
Ils entrent chez le Vételzuélien et voient juste quelques débris par terre.
- Où sont les boules ?
Le Vételzuélien répond, l’air penaud:
- L’une, je l’ai cassée.
- Et l’autre alors ?
- Eh ben... l’autre, je l’ai perdue...

*
Deux Vételzuéliens discutent :
- J’étais en Espagne, j’ai vu une corrida.
- Et qu’est-ce que c’est ?
- Bof, on a tué un taureau.
- Et pourquoi on l’a tué ?
- Il s’est mis en colère contre le berger.
- Ah bon. Et pourquoi il s’est mis en colère ?
- Parce que le berger a secoué le drapeau de Chávez devant son nez.

*
Un Vételzuélien parie avec ses amis :
- Je peux me cacher si bien que vous ne me trouverez pas !
Ils parient une caisse de bière. Les copains le cherchent toute la journée, sans résultat. Le soir, il réapparaît et on se précipite sur lui en le questionnant :
- Où étais-tu ? On t’a cherché dans toutes les licorerías, les tiendas, chez les femmes, on est même allés au marché municipal, à la station de bus, au Sambil, on a fait tout le pays ! Alors où t’es-tu caché ?!
- Dans une bibliothèque !


Allez, salut, Robbe.

samedi 28 février 2009

Galaxie de jean-foutres

Tiens, j'ai lu un truc étonnant, tout soudain.
Paraît que les Volibiens, tout près d'ici, sont rongés de dengue au point d'avoir dû décréter l'état d'urgence anti-moustiflards. Pas jouasses, les Indios, vu qu'ils avaient éradiqué l'épidémie depuis 1940. Sale coup, ça ! La question à mille balles, évidemment, c'est comment ça se fait donc que ça soit revenu, cette chierie ? Alors là, on ne se bouscule pas trop au portillon pour répondre intelligemment et on incrimine, pêle-mêle, la pauvreté, le tiers-monde, les mouvements de population, la crise immobilière et tutti quanti. Bon, parmi les éléments cités, je relève que ce qui plaît le plus aux piqueurs fous c'est les petits points d'eau où ils peuvent venir s'ébrouer le poireau et assurer à Madame de pouvoir aller cracher sa projéniture à tous les vents – quelque 300 rejetons par donzelle, ça laisse pantois et accessoirement n'augure rien de bon pour ceux qui n'ont pas encore été endardés.
Là où ça devient assez rigolbrosse, comme info, c'est quand on nous dit que les poubelles jamais ramassées, les déchets qui traînent partout, les pneux abandonnés, les bouteilles et canettes éparpillées sont autant de nids douillets en forme de receptacles à flotte stagnante... Voyez où je veux en venir ? Climat tropical, je veux bien, pauvreté, pourquoi pas... mais si les glandeurs de cette galaxie de décérébrés apprenaient à vivre un peu moins salement et considéraient les espaces publics autrement que comme une mare à merdasse faisant passer toute porcherie pour un salon de Versailles, ça arrangerait peut-être pas mal de trucs !

Je dis ça comme ça, à l'emporte-pièce, parce qu'il se trouve deux choses: d'abord, l'autre week-end, une copine varaguayenne à ma femme est venue manger à la maison et c'est marrant, mais à la discussion, paraîtrait – j'utilise le conditionnel car je ne connais pas le Varaguay et j'ai pour habitude, contrairement à pas mal de moralistes emblogués, de ne parler que de ce que je connais – que les réalités locales sont plutôt assez proches question zonardises, jean-foutrisme et autres traîne-savateries. Comme c'est aussi le cas, dans de variables proportions, du Vécuateur, de la Volombie et du Vili, que là, pour le coup, je connais un brin, il semble donc que toutes les populations de cette galaxie de glandus partagent un même mode de vie merdailleux qui fait la vie belle, entre autres, aux fièvres ambitieuses. Partant, on peut subodorer qu'ici aussi, une bonne grosse tranche de dengue à travers la gueule ne devrait pas tarder à venir époulailler la pauvre populace, qui, c'est joué d'avance, trouvera toutes les mauvaises excuses pour expliquer le phénomène... Il sera toujours temps, à ce moment-là, de baygonniser les rues et de faire la queue au dispensaire du coin pour y mendier quelques capsules anti-furoncles à hyperthermie.
Deuxième chose que je voulais dire, faut suivre, c'est qu'ici aussi, à Vételgeuse, comme par hasard les moustiquos prolifèrent tels les asticots sur une gangrène mal soignée. C'est qu'ils ont l'air de pas mal apprécier les immondices traditionnelles du mode de vie local, les bougres. Cette année, en effet, c'est la première depuis bien des autres que s'agglutinent par là autour autant de saloperies piquantes. Normalement, là où on est nous, je ne parle pas des zones de jungle sub-humido-dantesque, on est relativement épargnés hormis en quelques périodes funestes, et ça ne dure jamais longtemps. Mais là, depuis l'an dernier, les claques volent bas du matin au soir et de la cave au grenier pour tenter d'éviter de se faire cannibaliser vivants par des escouades de nématocères en mal de ketchup. 
Certes, les autochtones peuvent accuser de cette malchance le Grand Mufti ou encore le mauvais karma, la cuistrerie humaine étant décidément insondable, mais en y regardant à deux fois dans la glace des chiottes, ils devraient pourtant finir par se dire qu'à force de se foutre de tout fallait bien s'attendre à se faire engrosser par mémé-diptère. Faut dire que j'ai lu quelque part, il y a peu, que la lutte contre les moustiques, comme celle de toute désagréableté épidémiologiqueuse, était un combat à l'échelle internationale, qu'il fallait assécher les marais, supprimer l'insalubreté, détruire les colonies d'adultes et fumer les larves. N'y a qu'à ce prix qu'on pourra endiguer la mouche tsé-tsé, le paludisme et la dengue. Pas besoin de dire que pour ça, faudrait déjà avoir conscience de sa propre médiocrité, ce qui, en Volibie je ne sais pas, mais à Vételgeuse n'est pas près d'arriver...

Alors moi, comme je ne suis ni de la Croix-Rouge, ni de l'UNICEF, ce que je voulais dire c'est juste: Continuez, les gars, à vous rouler dans la fange en sirotant des bières au son des alarmes de bagnole et de reggaeton graisseux. Non seulement vous êtes certains de passer à la casserole pour fainéantise aggravée, doublée d'incapableté généralisée, mais encore vous allez bien emmerder le reste de l'univers en participant à diffuser des maladies chiantes et coûteuses, ce qui lui fera les pieds et lui permettra de continuer d'affirmer que les étrangers sont tous des cons, surtout ceux-là.
Et puis n'oublions pas le principal: par pitié, continuez d'entretenir votre réservoir à nunuches couleur bazane, histoire qu'on puisse poursuivre dans la voie du besogneur jouissif en toute sérénité. Pour le reste, Dieu pourvoira, pas vrai ?

Et ce sera tout pour aujourd'hui, salut, Roby.

lundi 23 février 2009

Eviv Bulgroz !

Une fois n’est pas coutume, parlons d’un sujet qui plaît.

Visiblement, la chose politique est à la mode. Élections, réélections, référendums, votations, réformes, révolutions, ça s’agite ferme dans le paysage qui nous entoure et mes voisins de serveurs s’en donnent à qui mieux mieux pour définir, analyser, explicationner et supputer toutes sortes de nouvelles aussi fracassantes que celle du boxeur qui entre sur le ring en s’apercevant qu’il a oublié ses gants. Soyons donc à la page et posons sur l’édifice notre pierre qui, si elle n’est de taille, a du moins les aspérités qui manquent cruellement à celles de mes confrères. Car disons-le tout net, une fois n’est pas coutume, là non plus, je n’irai pas par quatre chemins, fussent-ils vicinaux. Et je pose: ici, à Vételgeuse, à l’instar d’autres boutiques tout aussi bien drillées, on est à la botte d’un grand guignol qui joue des coudes pour laisser à l’histoire la légende bien vivante d’un type formidable qui œuvra pour le bien de tous. La chose étant suffisamment rare pour être soulignée, soulignons.
Le gars, parachutiste reconverti en gourou bienveillant, est un solide gaillard vêtu de rouge et qui sait parler des heures durant sur les chaînes de télé sans bâiller ni se mettre les doigts dans le nez. Très fort! Du coup, évidemment, l’est devenu l’idole des foules, le saint patron des glandouilleurs professionnels, et même des amateurs, qui, s’ils ne comprennent pas tout à fait très bien tout ce qu’il dégoise dans le poste, aiment bien la couleur de son béret et ses petits poings très serrés qu’il frappe sur la table à chaque fois qu’il est convaincu, ce qui est tout le temps car il aime bien ce qu’il dit.
Faut vous préciser que d’un autre côté, pour s’assurer la postérité, le gars en question, qu’on appelle amicalement Grand Zorglub (Bulgroz en zorglangue) quand on veut se faire plaisir, dispense très généreusement les deniers publics au public, ce qui a le mérite d’être aussi populaire qu’une distribution de sac-poubelles à des Suisses allemands, d’intestin de phoque faisandé à des Esquimaux ou de falzars simili-cuir à des tarlouzes en virée, choisissez. Conséquemment, les glandus en redemandent et le guignol peut du coup se mitonner des lois aux petits oignons qui lui permettront de poursuivre, ad vitam pour longtemps, son œuvre grandiose et salutaire. Il peut donc, en toute impunité, agir pour la très célèbre Libertad, qu'il défend comme personne à coup de Guardia nacional et d'État sniffeur, fermer les télés sans moralités, continuer de vendre l'énergie fossile en sous-main aux Texaquistes tout en leur faisant la grimace pour rassurer le quidam boursouflé de la cervelle, et puis céduliser à donf une populace qui avait jusque là la sale manie de rester terrée au fond de ses barrios.
Sur l’autre versant, à l’abri du besoin, des pécores et des minus, ça déprime sec et chacun aimerait bien voir disparaître le gniafron dans un cul-de-basse-fosse, ou, tout au moins, pouvoir lui mettre la tripe à l’air pour lui expliquer comment c’est dur de devoir se contenter de beaucoup alors qu’on pourrait se goinfrer largement plus. C’est vrai que pour être tout à fait juste, faut avouer que les saintes réformes, refusées mais acceptées quand même, ne favorisent guère l’éclosion des petits gorets roses et replets qui forment la progéniture ordinaire des Opposants, au sourire si doux et au hâle à peine teinté.

Mais en vérité, même s’ils l’ignorent ou le nient en bloc, les uns et les autres sont fabriqués à l’identique; tous issus d’une même nasse en fusion, d’un même berceau décaféïné qui sied si bien aux manitous en mal de diktats. Gauche, droite, en avant les gars, n’oubliez pas de suivre la ligne blanche et de fermer vos grands clapets, j’aimerais dormir un peu. C’est ainsi qu’à Vételgeuse, pour tout le monde, la vie se déroule comme un éternel lendemain de fête: certains vont se coucher illico avec la gueule enmadérée tandis que les autres, qui remettent le couvert de suite, ne savent pas encore qu’à l’arrivée les cloches résonneront à pierre fendre pour eux comme pour les autres. Z'auront juste un tit répit pour services rendus à la patrie.
Bon, à tout prendre c’est pas les seuls à vivoter au pays des couillonnades, les Vételzuéliens; à Sarkoland aussi, les indigènes obéissent à un nabot hyper-ventilé, tandis que chez les suceurs de ketchup un Noir en habit assure que les lendemains seront meilleurs qu’hier, la preuve, on a déjà forcé les Suisses à rendre gorge de leur secret de polichinelle bancaire, ce qui montre bien qu’on est à des années lumière de l’ingérence oppressive dont le prédécesseur s’était fait spécialiste. Et puis plus loin, là-bas à l'Est, c’est pas beaucoup mieux: les gus dont le pendule indique «toujours un peu plus à l’ouest», vont pas tarder à remonter dans leurs Trabants pour s’en retourner dans leur gourbi imbibé d’herbe de bison, leurs Carpates draculesques ou leur Caucase bougnoulifié. Pour le reste, les amateurs de frites, comme les insulaires pêcheurs de morue, sont en faillite, les tigres du Bengale ont des arrêtes de porc-épic dans le gosier et les petits niaks du bout du banc, ceux qui fabriquent de la merde pour toute la planète, vont pas tarder à débrider en avalant leur riz jaune.
Ceci étant, à l’heure de la sinistrose point n’est besoin de grandes analyses pour reconnaître et saluer nos semblables en pays de cocagne. Je te salue donc, peuple de Vételgeuse, victime de la grande débandade humaine et du pouvoir des fanatiques de tout poil. Je te salue... comme dirait l'autre. D'ailleurs, tiens, ça mange pas de pain: salut à toi ô mon frère; salut à toi peuple khmer; salut à toi l'Algérien; salut à toi le Tunisien; salut à toi Bangladesh; salut à toi peuple grec; salut à toi petit Indien; salut à toi punk iranien; salut à toi rebelle afghan; salut à toi le dissident; salut à toi le Chilien; salut à toi le p'tit Malien; salut à toi le Mohican; salut à toi peuple gitan; salut à toi l'Ethiopien; salut à toi le Tchadien; salut à vous les Partisans; salut à toi "cholie all'mante"; salut à toi le Vietnamien; salut à toi le Cambodgien; salut à toi le Japonais; salut à toi le Thaïlandais; salut à toi le Laotien; salut à toi le Coréen; salut à toi le Polonais; salut à toi l'Irlandais; salut à toi l'Européen; salut à toi le mongolien; salut à toi le Hollandais; salut à toi le Portugais; salut à toi le Mexicain; salut à toi le Marocain; salut à toi le Libanais; salut à toi l'Pakistanais; salut à toi le Philippin; salut à toi l'Jamaïcain; salut à toi le Guyanais; salut à toi le Togolais; salut à toi le Guinéen; salut à toi le Guadeloupéen; salut à toi le Congolais; salut à toi le Sénégalais; salut à toi l'Afro-cubain; salut à toi l'Porto-ricain; salut à toi la Haute Volta; salut à toi le Nigéria; salut à toi le Gaboni; salut à toi le vieux chtimi; salut à toi Che Guevara; salut aux comités d'soldats; salut à tous les hommes libres; salut à tous les apatrides; salut à toi la Bertaga; salut aussi à la Banda; salut à toi punk anarchiste; salut à toi skin communiste; salut à toi le Libéria; salut à toi le Sri Lanka; salut à toi le sandiniste; salut à toi l'unijambiste; salut l'mouv'ment des Jeunes Arabes; salut à toi Guatemala; salut l'P4 du contingent; salut à toi le Shotokan; salut à toi peuple Kanak; salut à toi l'Tchécoslovaque; salut à tous les p'tits dragons; salut à toi qui est keupon; salut à toi jeune Malgache; salut à toi le peuple basque; salut à toi qu'est au violon; salut à toi et mort aux cons; salut à toi le Yougoslave; salut à toi le voyou slave; salut à toi le Salvador; salut à toi le Molodoï; salut à toi le Chinois; salut à toi le Zaïrois; salut à toi l'Espagnol; salut à toi le Ravachol; salut à toi le Hongrois; salut à toi l'Iroquois; salut aussi à tous les gosses des îles Maudites jusqu'à l'Ecosse; salut à vous tous les zazous; salut à la jeune garde rouge; salut à toi le peuple corse; salut aux filles du Crazy Horse; salut à toi la vache qui rit; salut à Laurel et Hardy; salut à toi peuple nomade; salut à tous les "camawades"; salut à toutes les mères qui gueulent; salut aussi à Yul Brynner; salut à toi l'handicapé; salut Jeunesse du monde entier; salut à toi le dromadaire; salut à toi Tonton Albert; salut à toi qu'est à la masse; salut aussi à Fantomas; salut à toi Roger des prés; salut à toi l'endimanché; salut à tous les paysans; salut aussi à Rantanplan.

Non, sérieusement, qu’est-ce qu’il y a encore à dire ? Tu y crois, toi ? Fut un temps, peut-être... Remarque... non, même pas. En tout cas, on peut remercier hommes et dieux pour nous avoir fourni matière à penser. Pour de vrai, tout ce qu’il y a eu, c’est quelques clampins. Rien d’autre. Pis quelques greluches, aussi. Merci au grand Jacques, à Georges, à Léo; merci à Julos, à Colette, à Boris; merci à London pour l'amour de la vie, à Dard pour le jobelin, à Dosto pour les 3 frères; merci à Knut pour les balades, à Cendrars pour la route, à Monfreid pour l’aventure, à Louise pour les Kanaks; merci à Kafka pour la folie, au Stoïcien pour la pensée, à Kropote pour la morale; merci à Céline pour les mots, à Maurice Pons pour les saisons, à Pratt pour Corto; merci à Zorba pour le vin, à Buko pour les tarés, à Bakou pour la liberté; merci à John pour Lennie et George, à Tennessee pour son boxeur, à Gogol pour son manteau; merci à Ungern pour la Sibérie, à Lope pour le Marañon, à Makhno pour les cavalcades; merci à Sade pour avoir osé, à Boulgakov pour n’avoir pas plié, à Ribeiro pour avoir gueulé, à Kessel et à Nina pour avoir témoigné. Merci à Mickey Rourke, moins propre que Sean Penn et qui les emmerde. Merci à Dieudonné, qui les emmerde aussi. Merci à Rouxel pour les Shadoks, à Zouc pour l'émotion, à Camarón pour le flamenco, à Savall pour la viole, à Barney Wilen pour le sax. Et puis merci à Dali, à Tati, à Tarkovski, à Tzara, à Kibaltchiche, à Essenine, à Cohen, à Beckett, à Camus, à Huxley, à Zweig, à Sepulveda. Merci, les gars, merci!
Mais par-dessus tout, parce que c’est la tradition, on ne se refait pas, je voudrais encore dire merci aux poules, qui, tant qu’elles n’auront pas de dents, pourront nous jouer leurs sérénades souffleteuses sans nous esquinter les flutiaux. Et ça, franchement, ça vaut son pesant de billevesées politicardes. Trouvez pas?

Salut, Robert.

vendredi 20 février 2009

Délices de la scolarité (3)

En cette période de carnaval, la rue est aux enfants, aux déguisements et aux réjouissances d’un mardi gras qui traîne sur une grosse dizaine de jours. Au pays de la glandouille et du jean-foutrisme, c’est une occasion supplémentaire de ne pas retrousser ses manches et de laisser à vau-l’eau tout ce qui pourrait permettre de sortir de la nasse aux crevards. Du coup, CQFD, les morveux ne vont pas à l’école, puisqu’ils sont dans la rue. Bon, précisons, pour les jocrisses qui douteraient encore de l’inébranlable fainéantise de la gent locale, que point n’est besoin d’attendre le carnaval, à Vételgeuse, pour courber la classe; le sport national, à part la descente en rapide de la caisse de blonde, c’est bien la généralisation du non-savoir et de la non-connaissance; moins on en sait et mieux on se porte, et en plus la cervelle peut s’économiser pour du vraiment sérieux, comme la sieste, les cancans sur le voisinage et l’observation bovidée des voitures qui passent. Et ça commence au berceau. On regarde Papa assis au bord de la route à ne rien faire, pis on veut faire comme lui quand on sera grand. Normal. Alors on s’entraîne tôt, très tôt, avec l’accord des parents et du système, en particulier scolaire. Car l’école, à Vételgeuse, n’a de véritablement scolaire que la prétention qu’elle affiche à vouloir faire comme ailleurs. Mais à la manière du Canada Dry, il manque toujours quelque chose pour que ça fasse sérieux.
D’abord, y a les absences systématiques des rejetons, qui préfèrent, comme c’est curieux, traîner leurs savates dans la boue et la poussière que de risquer d’user leur bel uniforme payé par l’État sur des bancs non moins subventionnés par un président qui n’est pas fesse-mathieu pour deux ronds lorsqu’il s’agit d’investir pour le futur de la nation. Mais ça ne suffit pas. L’inertie atavique, pas, m’sieurs-dames, ça n’se commande pas! Alors malgré les fringues, la bouffe et l’inscription gratuites à l’école, on n’y va pas quand même. On a autre chose à faire, par exemple apprendre à pousser le volume du reggaeton à fond, à enclencher l’alarme auto du frère aîné ou à engrosser la p’tite sœur de la voisine. À la moindre goutte de pluie: pas école; les profs qui vadrouillent plus souvent au centre commercial qu’en classe: pas école; la fosse septique qui déborde: pas école; les jours fériés, locaux, hyper-locaux, ultra-locaux, régionaux, nationaux, internationaux: pas non plus école. Pis la rentrée scolaire, chaque année, pas possible de connaître exactement la date avant la dernière semaine des vacances: tu comprends, tellement de trucs peuvent encore arriver, d’ici-là...
Quand on leur dit ça, aux larves autochtones, elles n’aiment pas bien... C’est qu’on voudrait faire propre sur soi, malgré tout... C’est d’ailleurs tout ce qui compte, sur cette planète de feignasses: le paraître. Donc, prétexte. Savez, mes bons amis, les gens, quand même, ils doivent payer leurs livres et cahiers. Et pas donné, en plus. Cette année, paraît qu’il faut débourser dans les 200 au total pour un seul niard. À côté de chez nous, y a une famille de loqueteux qui a dans les 5 ou 6 merdeux. Sûr que ça fait cher au final. Donc y en n’a que deux qui y vont de temps en temps, à l’école. Par contre, ils affichent les deux de cholies basket Puma à 340 la paire – je sais le prix par ma filleule, qu’a les mêmes. Ouich... Évidemment...

Bon, une fois qu’on y est, à l’école, c’est encore une autre histoire. Les maestras jouent du bigophone tandis que la racaille hurle, se roule par terre, capharnaümise les classes à tout va et se goinfre de saloperies vendues à-même la cour par les vendeurs ambulants qui, eux, comme c’est curieux, ne décarrent pas de l’école de toute la journée... Par contre, toujours le paraître, retards, absences et indisciplines sont au menu du jour à chaque réunion de parents d’élèves. Et là, on reste pantois sur les conseils généreusement prodigués aux enflures par les tenants du savoir: pensez à laver vos enfants, habillez-les correctement, donnez-leur des sous pour s’acheter dans le préau, enlevez-leur les poux pendant le week-end, et puis n’oubliez pas de venir vous informer sur les maladies vénériennes et les grossesses précoces... Ouich...
En classe, la méthode est la suivante: la prof met une plombe à noter au tableau les trucs qu’il faut apprendre, et roulez jeunesse! Plus qu’à copier pour bosser à la maison dans les bouquins. Mais comme personne ne copie, savent pas ce qui faut apprendre, les zoulous. La maîtresse, comme elle se fait les ongles, peut pas tout faire, merde! Déjà qu’elle doit balancer tout le programme d’un coup au tableau en espérant que la raclure finira par en retenir quelque chose... Alors reste plus qu’à bosser sur les livres. Mais les gosses n’ont pas les livres, puisqu’ils ont les Pumas... Caramba, encore raté!
Bon, dans tout ce fatras, y a quand même une petite lumière qui donne espoir: à toute les fêtes et sauteries scolaires, qui sont pléthore, les enfants se précipitent et s’éclatent tels des goglus en furie; c’est beau, toute cette fraîcheur prometteuse qui se dandine au son des baffles louées à grand prix et installées dans la cour. Et là, miracle, les fi-filles apprennent enfin quelque chose d’utile: elles ondulent lascivement comme de vraies salaces en répétant déjà les gestes qui feront les délices, quelque temps plus tard, des touristes en goguette et des amateurs de chair canelle.
Allez, les moralistes, point n’est besoin de se jobarder plus longtemps la face: c’est surtout à ça que ça sert, l’instruction, pas vrai ? Notre amie ci-dessous nous le prouve d'ailleurs si on en doute encore ;-)

A tout bientôt, salutations, Robert.

dimanche 15 février 2009

Les joies de l'instruction (2)

Bien, reprenons le cours de nos élucubrations, comme dirait Antoine.

L’estime de soi-même est, sans doute, le sentiment auquel les âmes vulgaires renoncent avec le plus de difficulté. Ce besoin croît chez eux en proportion de leur bassesse même. Ici, à Vételgeuse, si vous écoutez la plèbe, et même les patriciens, pourquoi pas, chacun est TRÈS responsable, TRÈS honnête, TRÈS travailleur. Et pis le pays est riche, très riche, la manne présidentielle le prouve à discrétion (profitez, les cocos, ça va pas durer), tout y est à la pointe du progrès – on envoie même des satellites titiller les arpions du Grand Sachem – et les centres commerciaux où va se goberger la saine jeunesse rivalisent de verroterie avec les plus beaux spécimens du genre de Floride ou de Los Angeles. Donc ne nous inquiétons pas, on tient largement la distance avec les Schleus, les Rosbifs ou les Ricains. Doutent de rien, les manchots!
Ceci posé, point n’est besoin d’éructer votre haine face à tant de mépris de l’indigène lambda... car j’étaie.

Prenons ce qui vient à l’esprit. Tiens, l’inaptitude qu’ont les autochtones à afficher la moindre parcelle d’instruction... En général. En douce, certes, d’aucuns parviennent à compter leur nombre de doigts sans le secours d’un ordinateur, que, du reste, ils ne savent manipuler autrement que pour MSNiser et Counter Strikeriser à outrance, c’est dire les ravages... Ici, je dois avouer que le commentaire du généreux Philippe, ci-dessous inclus, fixe un élément probablement très vrai, mais qui, au demeurant, dépasse mon propos puisque je m’attelle davantage à décrire des effets – ceux qui nous sabotent la vie à Vételgeuse – que je ne cherche à déterminer des causes, ce qui comporterait un côté justicier qui ne me siérait guère.
Donc, commençons par le calcul, puisqu’on en est là.
L’autre jour, ma femme, qui pourtant est issue de la même basse-cour, était sidérée de constater (depuis le temps elle a oublié les caractéristiques de ses congénères) que six personnes au total ne suffisaient pas pour déterminer le montant de son addition dans un petit débit de cochonneries en pâte feuilletée où elle était allée pointer pour le déjeuner. Faut dire que pour simplifier la vie de ses sbires, le gérant du boui-boui avait plaqué au mur une grande affiche déclinant les tarifs de chaque commande, avec le montant y relatif en cas de multiplication. Donc: 1 x 1 pâté= gniagnia, 2 x 1pâté= gniagnia, 3 x 1 pâté= gniagnia, et ainsi de suite. Problème: ma greluche avait également pris deux boissons et là, ça foutait le bordel vu que le forfait pâtés était augmenté du prix desdites boissons. Suivez ? Six gus, il a fallu, et le montant était toujours faux. A l’arrivée, si la Gaby n’avait pas eu sa calculette sur elle pour leur mettre le nez dans leur merdasse, se serait fait flouer par incapableté de comptage correct... Triste réalité, mais ça ne s’arrête pas là.
Une autre fois, en ville, je fais la queue dans une papeterie où un type voulait faire des photocopies. J’assiste. Je veux 2 copies, il dit, en refilant un papelard au gars du guicheton. Mais le papier avait deux côtés. Donc, le copieur demande au type s’il veut une fois chaque page, ça fait deux, ou une fois le recto ET le verso, ce qui fait toujours deux, ou deux fois le tout, ce qui donne quatre. Cornélien. Là, le type perd pied. Ah ouais, ça, ouais, faut voir. Hem... Heu... combien ça coûte? Ben deux rectos ça fait tant, et donc deux jeux complets ça fait tant, vue que la page c’est tant... Là, clairement, ça sent méchant la noyade... Le type – au demeurant pas clodo du tout, bien mis, propre sur lui, avec une élocution non-éthylique et un accent plus smart que bouseux – se retourne, me regarde, à témoin, se triture le pois chiche, puis, finalement, tend sa petite menotte, où brillent deux-trois piécettes. Et pour ça, je peux en avoir combien, qu’il dit... L’unité valait 150 et le type avait 600 dans la main. Je vous laisse voir...

À côté de ça, c’est du même topo avec la parlotte: le vocabulaire est aussi limité qu’un boxeur unijambiste face à un mille-pattes survitaminé et le peu de mots usités se retrouvent à toute les sauces. Si t’as pas les clefs codées, liées au contexte, au type qui parle et au sens du vent, tu touches que dalle. Mais ça, encore, c’est pourquoi pas; en frouzien aussi, après tout, y a pas mal d’argoteuses expressions et de fumeuses tournures. Mais chez toi, si un gars te parle de son automobile au lieu de sa bagnole, de sa voiture ou de sa tire, tu vas saisir de quoi il retourne, même si c’est pas le terme que tu emploierais. Ici, non. À Vételgeuse, c’est soit tu dis le mot comme on veut l’entendre, soit c’est la sourde oreille... Plus moyen de dialoguer, même si le mot est connu du gars. Tu parles au type de son carro alors qu’il a une camionetta et c’est la nuit complète. Mieux, cause lui de sa camionetta alors qu’il a un pick-up, et t’auras droit à ses grands yeux de bovin éberlué pendant 35 minutes avant que sa cervelle secouée veuille bien admettre que tu parles de la même chose. Sans rire. Demande du piment n’importe où et tu verras si je dis des conneries: ici on dit du piquant et jamais autre chose... Et même si le serveur sait ce qu’est de l’aji, il comprendra jamais que tu lui demande une sauce au piment si tu dis salsa de aji. Faut dire picante, sinon c’est trop pour sa calebasse. Toi, quand tu vois sur une boîte de thon, en dessous de peso neto 184 gr., peso escurrido (ou encore plus local: peso drenado) 129 gr., vu le contexte, tu déduis que c’est le poids à sec, même si t’entraves pas la langue. Tente le coup, juste pour voir: tu fais pareil avec un autochtone, mais tu dis peso seco... Hé? Cómo? Qué? À la brouette, les exemples! Essaie de demander un stylo-plume dans une papeterie, qu’on rigole... Ici, comme ça ne s’utilise quasi pas, la plume, personne ne comprendra jamais ce que tu veux, alors même que le mot pluma est connu de tous. Ou alors tu dis “Mont-Blanc” et alors là, ahhh ouaaaiiiss... Reusement, y reste la pub pour les éduquer et les cultiver! En désespoir de cause, tu peux aussi faire le dessin d’un bec de plume et avec de la chance le vendeur se dira que tiens, oui, ça lui rappelle quelque chose... vu qu’il en a des dizaines sur son catalogue Pelikan, ça va peut-être tilter...

L’air de rien, ça permet de faire la transition avec l’écriture, qu’est aussi un tantinet problématique par ici. Même si les analphabètes ne grouillent plus comme avant, les illettrés, en revanche, pullulent allégrement, même chez ceux qui sont sortis de leur mangrove depuis plusieurs générations. En théorie, tout le monde, ou à peu près, sait lire et écrire, mais en réalité une grosse majorité d’autochtones ne maîtrisent que plus ou moins bien la chose. Vérifiable n’importe où et n’importe quand. Souvent, très souvent, l’orthographe est d’ailleurs phonétique, preuve que les données n’ont pas, ou mal, été assimilées. C’est ainsi que des cohortes de gnaces vous demanderont d’écrire à leur place telle ou telle indication sur un bout de papelard (par exemple la direction pour aller là-bas), prétextant votre accent qui les empêche de capter, une foulure d’index ou une rayure de binocle, parce qu’ils savent bien, du fond de leur brume nébuleuse de clapier mal éclairé, qu’il y a de fortes chances qu’un pâle gringo jouera mieux qu’eux du stylo et que, en plus, il assistera à leur déconfiture orthographesque, ce qui n'est guère prestigieux, je l'admets.
Évidemment, quand on dit qu’ici les gens ne savent ni lire, ni parler, ni compter, ni écrire ça fait moche et on se fait râper sur le poil par la clique de bien-pensants (vous savez lesquels) qui squattent le web francophono-local et altermondialisto-correct; le syndrome «touche pas à mon pote» en a visiblement frappé plus que d’autres et le gars Robert ferait mieux d’aller se faire rincer le museau à grands coups de brosse à récurer! Bon, pour n’être pas totalement salaud, je dois avouer que derrière cette triste réalité pointe la cause dont parlait le dénommé Philippe: abrutis par les soutanes et les bérets rouges, les gus n’ont que l’embarras du choix comme source d’inculture. Malgré tout, et c’est là que le bon Roby fait dans la dentelle, faut avouer que les escouades de zombies qui crapahutent au pays, à mon sens, n’ont certainement pas envie de modifier leur façon de s’abrutir. Sordide, je sais, mais la reptation a ceci de merveilleux qu’elle évite de se fatiguer les mollets. Mais pour ceux qui croient que tout ça c’est calembredaines et carabistouilles, je ferai le point sur comment ça se passe à l'école un de ces jours prochains, ça vaut le détour!
Non, soyons lucide et convenons donc en cœur qu’au pays des cossards, comme pour la culture seule l’instruction fessière a quelques longueurs d’avance sur le ramassis de pisseuses qui végètent dans nos contrées et dont les flasques attributs nous forcent à côtoyer la bête humaine afin de pouvoir se rincer le poireau dans des auberges 5 étoiles. Et même si Violeta Parra pirouettera à pieds joints dans sa tombe, jugeons sur pièce:

Et ce sera tout pour aujourd’hui, salut. Robbe.