jeudi 13 septembre 2012

La loi de l'évolution

Comme t'as vu, j'avais un peu rendu les plaques - fatigue, grosse fatigue, ras-le-bol, lassitude, prostate - mais là, tout soudain, pas plus tard qu'hier, attablé à la panadería Abdul avec un gros Serbe et un vilain Napolitain, j'ai entendu un truc qui m'a révolutionné les papilles zygomatiques... Suis donc revenu juste pour te le livrer tout cru, pas même déballé du papier-gras de la carnicería : paraît que le fils d'un architecte voisin se prénomme, accroche-toi au bastingage, ça va démouler sec: DARWIN...
Je sais pas si tu captes le message souterrain, mais moi je dis qu'un pays où un type peut se prénommer DARWIN n'a plus rien à ajouter !
Et ce sera donc mon chant du cygne - faut savoir se retirer au meilleur de sa forme sous peine d'affliger la galerie.

Et comme tu as été bien sage durant tout ce temps, je te gratifie d'une bonne culière comme tu les aimes et qu’on ne trouve qu’ici, histoire qu’une dernière fois tu puisses t’énerver la saucisse devant ton écran sismique à moulures psychédéliques tendance fluo.



À la revoyure bonhomme, ton Robert.

mardi 12 juillet 2011

Le bon grain et l’ivraie

Bon, je reviens aux affaires, j'en ai un peu marre de me branler le mou tout seul.
Alors voilà-t-y pas qu’un jour, à Vételgeuse, le gars Présidou s’en veut partir en vacances. L’a le droit, comme tout le monde libre, à profiter un peu du gnaf mis de côté péniblement chaque jour que Dios fait exprès pour lui, l’Élu du peuple. Bon, où aller ? se demande-t-il en son for intérieur. Et pourquoi-t-y pas Cuba, c’est des potos que même s’ils sont en train de quitter le monde merveilleux de la Révolutióóónnn à grandes enjambées d’échassiers échaudés par l’échec multilatéral du socialisme étatique, c’est toujours mieux que des capitalos pétés de devises qui nous narguent les dollars depuis leur balcon noir de la maison blanche. Pas comme ici, heureusement qu'on a nos précieux monopoly-or pour soutenir l’économie disneylarde qui assure plus d’équité dans le monde, si-si, j’t’assure.
Bon, alors s’en va pour Cuba, notre Mufti national, et là, stupeur et tremblottements, kèss qui s’en rend pas compte en allant à la médicatura pour un cht’it rhume attrapé dans l’avion ? Que merde ! bordel, ça yoyotte du côté pelvien de la force révolutionnaire, du scrotum socialisant et de la prostate rebelle. Ici, tite digressoche pour soulever que c’est-y pas beau, cette merveilleuse médecine que quand tu t’en vas consulter les amigdales elle t’en sonde jusqu’au croupion ? Moi je trouve ça sublime... Sans déc.
Bref. Le Chef Éclairé, videmment, s’est pas laissé abattre. Ni une ni deux, se fait tronçonner les glandes à t’en lacrimer le bon peuple ébaubi par tant de scélératesse impérialiste – c’est sûrement à cause d’eux tout ça, pas foto ! Et les bouseux, si tristes, de lancer séance tenante une magnifique cadena nacional de soutien financier histoire que tous les heureux bénéficiaires de l’inflation, des pénuries et de l’insécurité mettent la main à la pâte pour sauver leur Lider Illuminado – qui a déjà de la chance, lui, parce que nous, de la lumière, on n’en a pas des masses, mais je radotte, je sais.

Se fait donc opérer, le Gros qui Fâche, et même plusieurs fois, par les ténors du barreau de chaise estampillé habana, se fait une petite convalescence pour la forme, histoire qu’y soit pas allé jusque là-bas pour rien, et retourne at home frais comme un lardon fraîchement rafistolé à la ficelle à rosbif. Là-bas, pour dire, il a eu les meilleurs opérationnistes du monde (on susurre dans les chiottes que des étrangers seraient venus de l’étranger pour renforcer le staff local, mais faut pas le dire ça fait pas assez volibarien), les meilleurs médocs du monde, le meilleur matos du monde et la meilleure convalescence du monde. Ça valait donc amplement le détour.
Surtout que c’était pas prévu au programme, ce petit circuit santé, car chacun sait bien qu’on découvre toujours son cancer par hasard quand on part en vacances sur une île de rêve réputée pour sa médecine socialiste et que de toute façon si d’horribles journaleux s’en étaient pas mêlés il allait le dire à la foule, sois-en certain, plutôt que de faire sa petite affaire discretos là-bas en faisant croire qu’il allait juste serrer la pince au Castré de service.
En concluse, mes bonnes ouailles, je dirais que vaut mieux s’appeler Ludo Vachez et avoir de bons copains dans les Caraïbes pour soigner son cancer que d’être affublé d’un patronyme genre Luis-Carlos Duglandos et de faire la queue à l’hôpital volibarien du coin dans la fournaise dès trois heures du mat pour être sûr de passer avant la fermeture et de surtout bien prendre sa famille, sa bouffe et sa valise de sparades avec soi pour être sûr de manquer de rien. Comme quoi, le paradis, même révolutionnaire, n’est pas le même pour tout le monde…

Et l’autre leçon à retenir précieusement, mes braves, c’est qu’il est sacrément fidèle en amitié, notre Sachem, passque plutôt que de risquer blesser son grand ami casquetté vert-de gris en lui empruntant, par exemple, ses toubibs et son matos dans son avion présidentiel pour se faire soigner à Vételgeuse, histoire de montrer à son peuple qu’il est solidaire de leur merdasse, même avec les moyens d’un autre, il a préféré tout faire sur place. Et du coup l'a préféré lancer à ses administrés, par la métaphore, tu comprends bien: votre merde volibarienne, les gars, elle est assez bonne pour vous, mais vous pouvez vous la carrer dans l’oignon, moi j'me tire me dégondoler la rate à l’autre bout des Antilles… En d'autre termes, me faites pas chier avec ces sous-produits de fausses couches de toubibs locaux et leur matériel foireux que je m'escrime à leur fournir depuis douze piges, moi j'ai d'autres moyens et, partant, d'autres ambitions. Tu captes le message subliminal ? Ben t'es bien le seul ! Passqu'ici, ils trouvent tous que Mon Dieu comme c'est triste notre Chef à tête d'Indio a risqué le pire et qu'est-ce qu'on va devenir sans lui, plus personne pour nous couper le jus à toute heure du jour et de la nuit ? Et les sans-foi qui critiquent... Qu'ils apprennent pour leur gouverne, les salauds, que c’est pour mieux servir la Cause, évidemment, qu'il a fait comme il a fait, alors l’honneur est sauf.

Et moi, pendant ce temps-là ? Ben rien. Je regarde tout ça d’un air crevard et m’en envoie une bonne juteuse de temps en temps, histoire de garder le mécanisme prostatique en état de marche.


Et ce sera tout pour aujourd’hui, bande de petits cuistres. Robert.

mercredi 30 mars 2011

L’amour de la nation

Bon, chez toi, chez nous… mécréants nous sommes… Bon Dieu, Saint Père et Divin Enfant n’a rien à foutre. Enfin, dans les grandes lignes, tu piges; reste toujours deux trois décérébrés indécrottables qui gigotent des doigts sur le front dès qu’y zyeutent un crapaud crucifié, mais dans l’ensemble, les bonnes vieilles traditions… sont aux chiottes ! Pareil pour la nation… drapeau, lampions, hymne national… c'est de l'histoire ancienne. A part pour quémander le départ des étrangers qui te piquent ton boulot, c’est bien connu, ou toucher tes allocs chomdu, ou avoir un passeport pour tourister à ton aise, tu t’en tartempionnes les roustons, de la nation… C’est-y pas vrai ? Bon, j’y vais pas sur l’Identité Nationale, m’en contrecouille, mais c’est pour dire. La religion, l’armée, la nation, toutes les fredaines qui aidaient les Anciens à tenir debout… c’est parti avec l’eau du bain depuis belle lurette.
Mais ici, à Vételgeuse, on a un Grand Mufti, un Sachem qui veille au grain… Et lui, dans sa sapience universelle propre à décoiffer des tonsurés au papier de verre, l’a su, l’a bien compris, que le respect, merde ! ça vaut son pesant d’empanadas graisseuses et de bière pissaigre. Plus tu respectes, plus tu crois, plus t’es juste… donc moins tu sabordes, moins tu crottes de naze sur ton beau país que si t’en es pas digne on te fourguera vite fait chez les encloisonnés, histoire de t’apprendre à vivre comme un foutraque décalcifié de la syntaxe. Le sentiment national, bonhomme, ça se construit, ça s’entretient, ça se regarde dans le blanc des yeux en versant des larmes de sac à main.

Alors que je t’explique: l’autre jour je reçois à ma porte un billet photocopié signé del Ministerio del Interior y Justicia soi-même. Et qu’est-ce qu’y dit, le papelouse ? En gros, Atención ciudadano, c’est une campaña civica nacional, et c’est barré en gros Ultimo Aviso, passqu’en fait y sont déjà passés et j’avais pas donné suite, honte à moi et à ma descendance pour les 53 générations à venir…
Comme t’entraves que dalle au dialecte autochtone, je te traduis direct:

- Lors des célébrations de fêtes nationales et autres occasions semblables, il y a obligation à tous les Vételzuéliens et étrangers résidant dans le pays de hisser la drapeau de Vételgeuse.
- La campagne civique nationale vous rappelle quelques uns des réglements et articles qui régissent la loi sur le drapeau, l’écusson et l’hymne national:
  • Article 4: le drapeau national devra être fixé à un mât.
  • Article 5: les Vételzuéliens et Vételzuéliennes, les étrangers et étrangères résidant en la République Volibarienne de Vételgeuse doivent hisser le drapeau national en leurs habitations privées, bureaux et établissements, durant les jours de fêtes nationales et en quelque opportunité que signaleront les autorités compétentes. En ces occasions, ainsi que pour leurs fêtes patriotiques, les étrangers et étrangères résidant en la République Volibarienne de Vételgeuse pourront hisser également le drapeau de leur nationalité, joint à celle de la République Volibarienne de Vételgeuse, comme signe ultime d’honneur, etc. etc.
Chapitre V: des sanctions.
  • Article 14: quiconque ne se soumettra pas aux dispositions contenues dans l’article 4 de cette loi sera sanctionné par une amende de cinq à dix unités tributaires.
  • Article 15: quiconque ne se soumettra pas aux dispositions contenues dans l’article 5 de cette loi sera sanctionné par une amende de cinq à dix unités tributaires, etc. etc.
Notons encore que pour qu’on n'ait pas le moidre prétexte, ladite campagne nationale passe chez chacun avec un stock de drapeaux et écussons à vendre pas cher, prix raisonnable et bonne qualité, ils promettent; c’est sympa, généreux et bien pratique…
Et pour finir, je te traduis la dernière phrase du papillon civique, elle est rigolotte tout plein, moi j'adore:
" Les symboles patriotiques sont la plus excellente représentation de notre nationalité et souveraineté, et l’objet permanent d’hommage et de dévotion… "

Bon, pour certains y'a sûrement pas de quoi déjuter un gland, mais moi j'y vois la superbe inclination de notre Chef Suprême à veiller à ce que TOUT soit sous contrôle, à commencer par le respect patriotique. Et c'est vrai, avec une loi comme celle-là, sûr qu'on va se mettre à l'aimer, ce beau pays… Surtout qu'il n'y a pas que l'hymne et le drapeau qui soient à vénérer, à Vételgeuse, y'a aussi la pouliche montée sur roulement à billes et cintrée de la guêpière ;-)



Bonne bourre les aminches, Roby.

lundi 28 mars 2011

Le grand bond en avant

Hier je t'ai causé comment qu'on s'amusait sous les tropiques avec les permis de conduire et autres papelards affiliés, mais que vois-je que j'ai oublié de te dire un truc, pourtant aussi poilant qu'un bossu vaincu par la gaudriole…
Car si t'as tout bien compris depuis le temps, ici tout se vend, s'achète, se vole, c'est la dure loi du capitalisme sauvage, malgré les grands airs de notre Mufti national qui voudrait bien faire prendre les vessies fricassières à la sauce Pepsi pour de la révolutionnade aiguë. D'ailleurs, t'as qu'à voir, comme disait chais plus qui, les casquettes populaires vendues sur les étals ici où là et qui n'ont aucun problo existentiels à se cotoyer entre Che Gué-gué et Coca-Disney… C'est du socialisme rampant au méchant arrière-goût de Capital impérialiste, semblerait bien.
Bon, j'exagère un chouïa, je concède, passque c'est vrai qu'ici on fait dans le communo-communal et qu'on en voit tous les jours les merveilleux progrès. Tiens, au hasard: l'alphabétisation…
Moi, quand je lis les canards locaux – et même les étrangers, qui copient comme des glands la prose inspirée de Vételgeuse sans prendre le temps de voir qui c'est qui nettoie les chiottes de la presse nationale et si ce serait pas par hasard des huiles du Parti – je vois partout de la belle avancée socialiste que c'en est larme-à-l'œil-esque… Paraît que depuis douze piges qu'il est aux affaires, le Grand Sachem a tellement bien œuvré que maintenant, des illettrés, des analphabètes, y'a pu, au pays… C'est-y pas beau ? Non, je demande pour la forme, passque pour de vrai, c'est quand même magnifique, tout ce mirifique progrès social…
Bref.
Préambule posé, j'en viens.

Donc au pays de Vételgeuse, tu peux t'offrir un précieux permis de conduire pour pas très cher, suffit de cotiser à la bonne caisse, la volibarienne étant celle à la mode du moment. Ceci dit, ce n'est évidemment pas une raison pour croire qu'on fait pas tout bien comme y faut comme les autres, à Vételgeuse, y'a même des règles qui ressemblent en tous points à celles qu'on connaît dans les pays civilisés qui font pas dans le Canada Dry, eux: à savoir qu'on peut même le PASSER le permis (si, si, je t'assure !) et que donc y a comme partout un certain nombre de conditions, au nombre desquelles, je te laisse deviner… savoir LIRE et ECRIRE… Ouaip, mon gars, comme tu le prononces… (si toutefois t'arrives à me lire, videmment, paraît que c'est pas donné à tout le monde…)
Preuve à l'appui (je t'ai mis une croix et une flèche rouges pour mieux voir), tu peux ainsi juger que si les gniaces se donnent la peine de le préciser sur leur site ouèbe, qu'y faut savoir lire et écrire, t'imagines si la chose est courante…


Comme quoi, c'était là que je voulais en venir, tu vois comment le Grand Bond en avant du socialisme a arrangé leurs affaires, aux bouseux locaux…

Enfin moi, je dis rien, de toutes les manières je préfère de loin la conduite à vilebrequin-masseur et pompe à nœud incorporée, alors le permis, tu parles si je m'en bats les aisselles à grands coups de cigares cubains...



Amitiés, Robert.

jeudi 3 mars 2011

Circulez, y a rien à voir !

Ici, sous les tropiques, dans les pays merdeux, les planètes sauvages où c’est-y qu’y règne foirade et corruption, mais faut pas dire trop fort t’en as qui se vexent pour moins que ça, le permis de conduire, c’est pas trop la complique de l’avoir. Le problo c’est jamais les exas, par ici, because soit y’en a pas, soit c’est bidon: pipo tirla-da-da tsoin-tsoin, si tu vois ce que je veuille dire… En clair, suffit de banquer à qui de droit et c’est innzepoquette ça roule Raoul ou ça rigole Anatole, c'est toi qui vois. Ou sinon tu t’en branles, c’est encore ce qui se fait de mieux, ça prend moins la tête et c'est tout aussi efficace. Autour de moi, pour dire, j’ai demandé à la sauvette, ben le gros trois-quart de mes relations m’ont confirmé rouler sans aucun papelard… En cas d’embrouille flicassière ? Bof, tchatche et bras à rallonge, c’est la coutume, ça s'appelle l'aide aux démunis de l'administration poulaga.

Alors voilà. Comme le permis c’est juste histoire de payer un gars pour te le traire tout frais du service idoine sans même avoir à te farcir une entorse du sourcil, qu’est-ce donc qui peut bien te complexionner la vie, vu qu’y faut avouer qu’à Vételgeuse TOUT est généralement fait pour te gonfler les burnes, en particulier ce qui touche à l’administratif. Comme tu sèches devant ton écran tactile à roulettes LCD je te le souffle dans les trompes d’Eustavio: en plus du permis de conduire, dans ce pays de zombies mal torchés du dergeot et décaféinés de la comprenette, tu dois posséder un certificat médical qui se renouvelle chaque année – tu vois d’ici la gonfle dans ces contrées de tordus ou la moindre velléité de réalisation de quoi que ce soit te demande cinq piges de tractations et au passage te cause séance tenante trois crises cardiaques et douze attaques d’apoplexie… Accessoirement, ce papelard inutile qui ne sert qu’à faire chier le populo atteste que tu peux conduire, passque quand même, c’est pas une raison qu’on est sous-développés du bulbe qu’y faut tout laisser faire, gare à toi si tu sais pas que Vételgeuse est à la pointe de la Révolutionnade mondiale… Et donc du progrès. Et donc de l’avancée technologico-sociale. Et donc de tout ce que tu veux, vu qu’on est l’avenir de la planète, dixit Mufti 1er, notre auto-président depuis 12 balais (de chiotte).
Donc, à Vételgeuse, quand un flicard te gauffre au passage – ça s’appelle une alcabala et c’est comme qui dirait une sorte de traquenard qui se pose n’importe où et qui te cherche le plus de noises possible au plus de gens possible en le moins de temps possible –, faut brandir bien droit tout ce qui existe de fafs officiels dans ta sacoche, ta banane, ton vide-poches, tes fouilles et ton sac à main, on n’est pas là pour rigoler mais pour engraisser le fonctionnaire mal payé qui heureusement pour lui possède un uniforme lui permettant de se poster là où c’est le mieux pour arrondir son salaire souvent pas réglé ou avec un retard oscillant de trois à six mois. Papiers complets du véhicule (y compris bien souvent tout le passif de l’achat, de l’immatriculation ou de l’importation s’il y a lieu), cédula d’identité, licencia de conduire, certificado médico – nous y voilà!

Moi, le permis, je l’ai acheté depuis belle lurette, mais mon certo date de 2005. Pas grave, tant que t’as quelque chose à montrer t’échappes assez facilement au racket, suffit de causer un peu le bout de gras et de dire Oh mon dieu comme j’avais pas vu qu’il était échu mais sûr et certain j’y vais de ce pas pour renouveler, crois-moi m’sieur l’agent et bonjour chez toi… Et si le bougre garde un air froncé malgré tes génuflexions larvesques, c’est toujours temps de lui dégainer quelques brouzoufs qui lui tireront illico un sourire jocondesque à la sauce latina.
Ma femme, elle, pour la voiture pas de problo, mais pour la moto elle a pas le césame. Normal, jusque là elle en avait pas besoin. Maintenant, comme je lui ai payé un petit cube pour jouer dans le quartier – c’est pas encore une Harley des Sons of Anarchy, mais c’est commode et moins cher à entretenir qu’une chignole – fallait bien mettre madame en règle question licence si on veut pas y laisser la chemise en pourboires et comme l’administration est de plus en plus radicale va pas faire vieux avant qu’on se retrouve au ballon pour une connerie de ce genre – j’en connais des à qui on a retiré la caisse juste parce que le certo médico était échu, et après bonjour les embrouilles et les bakchiches pour la récupérer…
Alors on va-t-y donc pour banquer le permis moto de ma greule par l’entremise du président de la compagnie de taxi de notre bled, une relation qu’on soigne aux petits oignons depuis plusieurs années. Sauf que videmment, parmi les trucs à fournir (photo, copie de cédula), faut aussi le fameux certificat médical, sinon, permis y a pas, même par complaisance. Bon, on y va de ce pas là où on sait que c’est-y que ça se passe, mais je te le donne Émile: porte de bois, passe-ton chemin clampin, circule-moi de là y a plus rien à voir ! Comment ça, y a rien à voir ? qu’on s’étrangle. Ben ouais, mon gars, c’est comme j’te le dis: ici on fait plus le certo médical, là-bas non plus et pas plus encore à cet autre endroit que tu connaissais le toubib qui te le fournissait en dix minutes moyennant l’obole traditionnelle et le paiement de la taxe due à la banque du coin. Merde alors ! Et on fait comment ? Attends, je t’explique.

Ben en fait, c’est tout changé par rapport à avant, me dit un gniace après trois plombes de recherches assidues par monts et par vaux. Le truc a été réorganisé par le Grand Mufti soi-même qui heureusement pour le bien du peuple veille à ce que tout soit bien révolutionno-compatible, en particulier les services publics, qui changent de nom comme de kleenex. Et le fait de passer par des médicastres privés, même agréés par l’État – via le Departemento nacional de medicina vial – , ça sonnait pas assez volibarien. Alors il a remédié et décidé que dorénavant fallait passer directement par le Ministerio del Poder Popular para la Salud del Gobierno Volibarien de Vételgeuse. Le truc bien, c’est que c’est devenu gratos. Bon, les taxes n’étaient pas prohibitives, mais suffisamment rebutantes faut croire pour pousser un max de gonzes à ne pas s’en occuper. Avec la nouvelle méthode – toute neuve pissque visiblement personne dans le coin n’était encore au courant –, plus de raison valable pour ne pas passer ton certo, surtout qu’il est maintenant valable deux ans – c’est toujours ça de pris !
Je sais pas ailleurs dans le pays, mais pour chez nous, y a qu’un seul endroit où qu’on peut le faire, le précieux faf, c’est à l’ambulatorio d’un bled qui, heureusement pour nous, n’est qu’à cinq bornes de chez nous. Pour les autres, c’est démerde-toi comme tu peux, mais c’est là et nulle part ailleurs. D’après mes calculs d’apothicaire et selon les témoignages de mes voisins de poireautage, l’ambulatorio local délivre pour au moins 30 kils à la ronde… T’imagines d’ici combien de milliers de blattes ça fait au mètre carré quand tu sais que chaque foyer se farcit quinze gosses, trois oncles, cinq tantes, douze cousins-cousines, vingt-cinq sympatisants profiteurs et quelques dizaines de visiteurs quotidiens !
Bref.
Avec ma femme, on se dit que comme moi je l’ai déjà, mon certo, même échu, c’est à elle la priorité. Bon, c’était aussi pour moi le moyen d’essuyer les plâtres à moindre frais vu qu’on n’avait aucune idée de la nouvelle procédure et que j’ai personnellement des limites assez sévères en matière de se faire chier dans des queues interminables dans le bruit et la chaleur poisseuse de l’administration locale. Ma femme, elle, ça va, ça la gonfle mais elle supporte. Faut dire qu’elle est du pays, ça aide considérablement, même si les années passées à l’étranger et la fréquentation d’un mec normal l’ont passablement remontée contre ses congénères et leurs pratiques de lobotomisés.

Donc mardi dernier ma femme se radine à l’ambulatorio la bouche en cœur et la prunelle pleine d’espoir. Raté ! Pour le certo c’est que le lundi, le mercredi et le vendredi, la queue commence à cinq heures du mat’ et ils ne prennent que 30 personnes par jour… Ah ouais d’accord. Pis faut aussi amener ton groupe sanguin sur un papier estampillé légal, et même si tu l’as déjà sur un autre document, même officiel, tu dois quand même aller le faire exprès pour ça. Et même si t’as ton certo de l’année dernière avec le groupe inscrit dessus, c’est bien précisé sur des feuilles collées au mur… Tu vois, des fois que ton groupe sanguin aurait changé entre-temps… Et on peut pas le prendre ici, le groupe sanguin ? Non ma bonne dame. Ici on n’a pas de labo, c’est un ambulatorio, pas un hôpital. Alors soit tu vas dans un privé, ça douille et faut attendre le résultat pour le lendemain, soit tu vas à l’hosto central, c’est gratos mais ils te le font tout de suite.
Le lendemain, donc, ma femme se radine à l’hôpital près de chez nous et va droit à la Banco de sangre. Y a deux petites plombes d’attente pour la forme histoire de dire qu’on a fait quelques chose de sa journée, debout dans la chaleur et le brouhaha d’un hall de gare à Bankok ou Djakarta, pis c’est ton tour et une infirmière à l’air revêche pique ton doigt avec une aiguille pour ponctionner une goutte ou deux et ô miracle, t’es A positif, comme indiqué sur ton ancien certo qu'est plus valable au point qu'on veut même pas savoir ce qui est marqué dessus…

Bon, alors le vendredi rebelote à l’ambulatorio, mais ma femme y va à six heures, faudrait quand même pas pousser mémé dans les orties ! Sur place, c’est encore fermé, évidemment, mais la populace s’organise comme ils en ont l’habitude, petits tabourets pliants et arepas farcies à la graisse saturée (faut de l'énergie pour tenir sous les frimas de ce mois de février) pour grignoter jusqu’à l’heure du petit déj’ où on s'enfilera des empanadas graisseuses pour changer.
Pour simplifier la vie de l’administration et surtout s’assurer de leur place dans la file, les mecs de la queue ont dressé une liste sur un papier et chaque nouvel arrivant y inscrit son nom et son ordre d’arrivée. Ma femme a le numéro 23, autant dire que c’était tiré par les poils du cul.
Vers sept heures, la clinique ouvre enfin ses portes et un mec vient pour déterminer l’ordre de passage. Il prend la liste préétablie et distribue aux gugusses de petits cartons numérotés en suivant leur ordre d’arrivée. Sauf qu’au lieu d’en donner trente, comme prévu, il dit qu’il n’y en aura en fait que 25, tu comprends, la doctoresse vient de loin alors on n’a pas le temps d’en faire plus. Ma femme dit au mec que dans la file aussi y en a qui viennent de loin, mais le mec s’en bat les roustons et pas une blatte de la queue ne moufte – à Vételgeuse c’est comme ça, on prend l’enculade bien au fond, à sec, et on en redemande !
Jusqu’à 9h. 30 rien ne se passe, sinon la chaleur qui monte gentiment pour flirter avec les 40 degrés dans le hall pisseux de la clinique gratuite mais affublée de trous dans le plafond, de déchets éparpillés sur le sol et de crasse soudée aux murs à même le ciment peinturluré à la hâte et décoré de notes manuscrites datant au minima de la guerre du Péloponnèse. Pis finalement la toubib arrive toute radieuse mais explique qu’il y aura que 15 certificats délivrés, tu comprends, on n’a plus assez de talons alors si tu veux tu peux passer l’exa et tu reviens d’ici quelques jours pour qu’on te fasse le certo… Comme on connaît le pays, c’est la déprime totale, les quelques jours pouvant facilement virer à quelques semaines, voire quelques mois ! C’est d’ailleurs le sport national: falta material, disculpe la molesta ! Manque toujours un truc, encre, papier, formulaire, cachet, timbre perdu, système planté, machine en panne…
Donc ma femme déprime mais va quand même pour son exa, au moins qu’elle soit pas venue pour rien. Et le carrousel commence. Contre toute attente ça va assez vite, visiblement la doctoresse a envie de rentrer chez elle le plus rapido possible. En moyenne de cinq à dix minutes pas numéro. Au bout du compte y en a quand même pour quasi trois heures et ma femme passe finalement à 11 h. 30, après un petit miracle: 10 minutes avant son tour une supervisora est venue amener un nouveau carnet de talons pour certificats ! Hosannah ! Merci Presidente de pourvoir avec tant de grandeur et de générosité à nos besoins de base (ne parlons pas de l'huile, du beurre, de la farine ou du café, ça risquerait de fâcher) !
L’examen quant à lui, est d’une rigueur absolue et j’interdis quiconque de glousser bêtement: dans la salle où ne trône qu’un bureau minable avec trois papiers dessus – dans un coin un mannequin déglingué aux organes apparents et au mur un poster avec des lignes de lettres allant de plus gros à plus petit comme chez le zyeutiste ou le lunetteux –, le client s’assied sur un tabouret défoncé pendant que la toubib remplit sa feuille. Elle tend un carton et faut cacher un œil et lire avec l'autre les lettres au milieu du poster qui se trouve à deux mètres à peine sur le mur. Après, tu caches l’autre œil et tu fais pareil. Voilà, c’est dit, on a vu que t'es bien en bonne santé pour affronter le trafic. La nana finit de remplir le certo et d’y coller timbre et cachet, et t’annonce que tu dois plastifier le tout et bonne rentrée chez toi, au suivant.
Ouf, c’est fait ! Maintenant, c’est ton tour, me dit ma femme… Comme je suis pas convaincu par la gonflade qui m'attend – au final je préfère encore me risquer une corruptive obole de temps en temps que de m'emmerder tout une matinée pour cautionner ce système chiatique –, elle se propose d’aller faire la queue à ma place et de m’appeler par biniou quand c’est à mon tour de passer. Vu comme ça, évidemment…
Donc hier ma femme s’est refait le boxon, mais en y allant cette fois à 5 heures du mat’. Moi, j’attends patiemment à la maison en sirotant mon café, qu’elle m’a préparé avant de partir, puis je recueille les commentaires de l’avancée des travaux en temps réel par SMS:

« C’est bon, j’ai le numéro 15 »;
« Ils ont ouvert, c’est l’angoisse ! »;
« C’est la jungle… je dois me battre comme une hyène ! »;
« J’ai le numéro 17 »;
« La toubib est arrivée »;
« Prépare-toi, c’est dans plus ou moins une heure »;
« Viens tout de suite ça s’accélère… »

Je sors du plumard et radine aussi vite que possible et quand j'arrive ils en sont à un numéro du mien. Ouf les gars, ma femme me l’aurait pas pardonné, de s'être fait chier pour rien, même si elle est bien dressée… Je lui demande qu’est-ce que c’était ce foutoir et pourquoi elle a dû se battre comme une chienne protégeant une rondelle de sauciflard sortie d'une poubelle. Elle me raconte qu’au moment de prendre la liste des gens, la bonne femme qui s’en occupait a commencé à distribuer les numéros comme elle voulait, donc sans suivre l’ordre d’arrivée… Tout le monde s’est mis à hurler et à se précipiter pour saisir au vol un petit carton histoire de pas rester en rade. Ma femme a insulté la gonzesse et s’est saisie de la liste et elle a elle-même appelé les gens selon leur ordre d’arrivée. Mais l’infirmière l’entendait pas de cette oreille et ça a bataillé ferme pour l’attribution des numéros.

Finalement, ma femme s’en est sortie et a fait ce qu’elle a pu pour les autres, agitée de soubresauts humanitaires récoltés à l’étranger. Sinon, tu penses bien que tout le monde s'en branlait de constater que t’avais là des vieux crouillats qui poireautaient depuis 4 heures du mat’ et venus de 25 bornes d’ici en taxi-poubelle collectif… On est à Vételgeuse, mon gars, c’est chacun pour sa gueule !
Mon examen on s’en fout, je te raconte pas, et maintenant je suis tranquille pour deux ans si tout va bien. Ça me permettra de mieux me concentrer sur les reins cambrés qui circulent tout par là autour, tout en sirotant un cocktail et en pelotant les nibars 100% siliconés de ma chère et tendre…



Bon, à bientôt les gars, Robby.

mardi 15 février 2011

Feliz navidad

Attends seulement que je te raconte mon petit Noël.
Alors voila que mon pote Roger, qui vit à Sarkoland mais qui garde une casbah à Vételgeuse pour y siroter ses vacances vu que sa greule est, comme la mienne, originaire du pays, voilà donc que l’aminche Roger s’en vient passer les fêtes au pays de la Reeevolucióóón qui sait si bien avancer avec le peuple, surtout depuis que le Grand Mufti s’est adjugé les pleins pouvoirs, histoire de montrer à tous les belliqueux dubitatifs que c’est quand même pas l’opposition, revenue aux manoilles du Parlemanche depuis peu, qui va l’empêcher de poursuivre dans la voie du succès: inflation supersonique, pénuries récurrentes, services publics déliquescents, communications sous contrôle, corruption et insécurité garanties, bref.
À chaque fois qu’il débarque, Roger, que je te dise, plus ou moins deux fois par an (faut remplumer sa femelle qui dépérit sous les frimas – on peut pas tout avoir: une bonne paire de loches et un cuir capable de résister à la froidure), il amène avec lui tout un tas de merveilles à bâfrer (foie gras de poule, confiture d’oignons, filets de limaces fumées, daube de chouette sauce vin blanc, moutarde à la graisse de phoque) que c’en est miracle pour des papilles condamnées à la farine de maïs et la graisse saturée – quand on trouve de la farine et quand on trouve de l’huile, bien sûr, tu m’as suivi.
Du côté de sa donzelle, c’est toute la Sainte Famille Branlos qui débarque, soit tout une cargaison de frangines, frangins, belles sœurs, beaux frères, cousins, plus ou moins cousins, amis, plus ou moins amis, connaissances, voisins, plus ou moins voisins, et à peu près tout ce qui bouge et qui profite – c’est d’ailleurs synonyme au pays: tout ce qui bouge profite, c’est la loi première de la culture locale. Videmment, ça fait du foin – les bonnes femmes de Vételgeuse ne pouvant pas parler autrement qu’en poussant du larynx aux naseaux à t’en décrocher des roues de corbillard – et ça coûte bonbon, mais Roger il s’en fout, il vient là pour ses vacances, il raque, il douille, il banque, il débourse, et pour oublier il picole et malaxe les fesses de ce qui passe à sa portée et de préférence si c’est jeune et stringué.

Alors là, pour la Noël, l’avait convié tout un tas de glandus – bien obligé – plus nous et quelques potos Shadoks, mais pas beaucoup passque les expats, ici, je sais plus si je t’ai dit, c’est aussi captivant qu’une boîte de cassoulet toulousain made in China.
On se radine donc le 24 au soir, les bras chargés de bouteilles et des congratules plein les pognes. Comme toujours en pareil cas, la soirée s’étire à n’en plus finir sans que rien ne se passe… Faut dire qu’à Vételgeuse, le troupeau a des habitudes assez particulières: on s’assied face à face sur des chaises en plastoque, on ne fait rien, on discute à peine, on écluse des bières en se regardant jusqu’à point d’heure, généralement sous le doux roucoulement d’un reggaeton poussé à bloc. Question préparatifs, la plupart du temps les gniaces s’en vont faire les courses au moment où débarquent les invités… J’exagère même pas. Total, c’est quand tu commences à grave piquer du nez que les gens démarrent vraiment la fiesta, surtout que la dose de binche commence a faire effet. Pour la bouffe, t’as d’ailleurs intérêt à avoir visité le Macdo avant de venir, ça t’aidera à tenir jusqu’au repas proprement dit, qui a toutes les chances d’être servi vers les 22 ou 23 heures quand t’as été invité pour midi…
Mais là, évidemment, c’était un peu différent, passque d'abord mon pote Roger n’est pas de Vételgeuse – et même s’il laisse faire il donne tout de même une certaine dynamique à l’ensemble – et aussi passque sa femme, Tibi, ça fait du genre quinze piges qu’elle vit en Frouzerie, et donc, rien ne l’horripile davantage que de constater comment ces taches n’ont pas évolué d’un iota depuis son départ. En clair, elle a les boules à chaque fois qu’elle revient au pays… C’est pas moi qui le dit, c’est elle.

Donc la maîtresse des lieux, femme de mon pote, s’active en cuisine comme une diablesse, secondée par les autres femelles indigènes de la maisonnée, pendant que la tripotée de gosses crapahutent dans tous les sens et que nous, avachis sur les tables de jardin recouvertes de chiures de mouches, de petits canapés et de vin blanc, nous savourons les en-cas apportés de la civilisation par l’ami Roger. On picole, on rigole, on claque les moustiflards, on lorgne en cuisine par la fenêtre. On se lève toutes les 30 secondes pour aller baisser le volume de la sono, systématiquement remonté à donf par un branleur de passage qui doit trouver bizarre et dérangeant qu’on puisse encore s’entendre causer…
À ce stade, le moins qu’on puisse dire c’est que ça n’avance pas vite, vu qu’il est déjà 22 heures et qu’on a débarqué à 17 heures… Cinq plombes assis sur une chaise à siroter du chilien de base en se radotant parmi, vient toujours un moment où ça lasse…
Puis résonne le premier coup de semonce: la Tibi vient à passer, surexcitée (elle a récupéré chez nous les bonnes vieilles habitudes de stress) passque la bouffe n’est toujours pas arrivée… Comment ça, pas arrivée ? Ben non ! C’était une de ses sœurs qui devait amener ce qu’ils ont acheté tout exprès: deux grosses cuisses de cochino plus tout un tas de bordel genre hallacas, une spécialité locale à base de farce viandesque enfilée dans une pâte de maïs cuite à la vapeur dans des feuilles de bananier – des plombes à préparer et pour un résultat plus que médiocre, c’est lourd et pâteux, même si parfois, convenons, la farce peut s’avérer goûteuse – mais alors y avait qu’à en faire des boulettes de viande, enfin ce que j’en dis…
Une heure plus tard, tout va bien, la boustifaille est arrivée et le chauffeur du tacot, normal, s’est invité à la noce, au grand dam de Tibi, qu'avait oublié comment au pays toute opportunité est bonne à prendre…
À un certain moment, la maîtresse de maison s’en va pour se doucher et se préparer – elle n’a pas arrêté de la journée, sous l’œil goguenard et méprisant des membres de sa famille (t'as voulu partir à l'étranger c'est bien fait pour ta gueule), qui picolent tout ce qu’ils peuvent en profitant de l’aubaine. Au passage, elle nous annonce qu’on va d’abord faire manger les gosses à une table préparée pour eux, puis ce sera notre tour. Il y a le cochon grillé, de la purée maison, une salade de poule, des hallacas, bref, du traditionnel. OK, on attend gentiment en poursuivant les réjouissances éthyliques.

Plus tard, bien plus tard, je vois par la fenêtre de la cantoche l’un d’entre nous qu’était parti pisser et qu'est là, debout, à discuter le bout de gras une assiette à la main. À tout hasard, je demande à l’assemblée si quelqu’un a une idée de pourquoi Machin est le seul à pouvoir bouffer, ou alors peut-être qu’il faut aller se servir quelque part, bref, j’interroge. Bien vu… Après vérification, on se rend compte tout soudain que les Vételzuéliens, tous agglutinés en cuisine, on déjà bouffé… Tiens donc ! Eh ouais, bonhomme, ils ont bouffé, bâfré, tout seuls comme des grands, au nez et à la barbe des proprios et des autres invités…
Mon pote Roger, qui en a vu d’autres, a ouvert de nouvelles bouteilles et on a été chercher ce qui restait des plats. Plus de purée, un brin de bidoche resté attaché aux os de feu le cochon, de la salade et des hallacas froids, ceux qui restaient au frigo parce qu’y en avait trop. Il était 2 plombes du mat… C’était la nuit de Noël… Tibi, pour dire, a affirmé que c’était bien la dernière fois, mais comme dit Roger, elle dit ça à chaque fois…
Cerise sur le pompon: à 3 heures du mat, un des gamins s’est mis à hurler plus fort que les autres et malgré le bordel ambiant il a bien fallu se dire qu’un truc se passait. Après vérifiques il s’est avéré que le cloporte s’était ouvert le pied sur des débris de bouteilles de bière qui, naturellement, jonchaient le sol, vu que la poubelle, au pays, connaissent pas… Evidemment, comme dans tout pays latino qui se respecte, comédie et tutti quanti, ça chialait et ça gueulait dans tous les coins. Malgré tout, vu la profondeur de l’entaille ça valait bien une soudure professionnelle, qu’on s’est dit entre Européens clairvoyants… Donc on s’est embarqués pour la clinique qui reusement n’est qu’à deux ou trois bornes d’ici. La tire de Roger n’étant pas plus fiable qu’un local au turbin, on a pris la mienne.
Dans la brouette, y avait ma Gaby et moi, Roger et sa femme, plus le chieur, qu’on avait rafistolé tant bien que mal avec de la gaze et du spara. J’ai demandé qui c’était ce gosse, où étaient les parents… Sais pas, m’a dit Tibi, qu’avait les boules aussi gonflées qu’à un stand de bowling. S’intéressent pas ? j’ai encore demandé. Pas de réponse. J’ai laissé tomber. Je sais bien que quand y a des étrangers, de toute façon, c’est à eux de pourvoir… Ils ont le fric, le savoir, ils feront ce qu’y faut. Pendant ce temps, les autochtones peuvent rester avachis à écluser des bières en rotant sous la lune…

Voilà mon petit Noël bien à moi, passé sous le ciel radieux et si bien éduqué de Vételgeuse… Je ne prétends pas que c’est comme ça tout le temps et partout, j'voudrais pas froisser ceux qu'admirent encore cette formidable culture post-colombienne, mais juste que même après toutes ces années j’arrive encore à être sidéré par le manque de savoir vivre de cette racaille nationale. Chacun pour soi, pas une once de regard vers les autres, l’opportunisme poussé à son extrême, l’avidité, la bassesse, le profit avant tout, l’ignorance et la bêtise… Encore et toujours. Et ce n’est ni la pauvreté ni le manque d’instruction qui donnent ce résultat, j’ai connu des pays bien plus pauvres où les gens savent parfaitement se tenir.
Tu le prends comme tu veux, mais pour moi c’est la mentalité, c’est la race, c’est les gènes, l’atavisme. Je ne sais pas d’où ça vient et je m’en fous, mais c’est le constat. Après, comme partout, y en a des pires ou des meilleurs que d’autres, des mecs sympas et des crevures, mais ça reste la tendance générale. Un peu comme les greules qu’on rencontre partout dans la rue à Vételgeuse: t’en as des bonnes et des moins bonnes, des triquantes et des juste passables, mais dans l’ensemble, quand même, c’est de la chair à saucée first catégorie. Question de nature…



Allez, à la proxima vez, Robert.

jeudi 30 septembre 2010

Le bon exemple

Depuis le temps, tu connais, tu sais que la politique et ses tartempions enfilés de pouvoir et de pognon m'indiffèrent presque autant que le douanier des îles Fidji qui s'est coincé le doigt dans la portière de son burlingue la semaine dernière, et pour tout dire je m'en badigeonne le pied à coulisse d'huile d'olive extra-vierge. Seulement, parfois, les drôles le deviennent tellement qu'on est bien obligés de s'esbaubir, de se refaire l'intégrale de Coluche en pensant à eux, pour le plaisir des mirettes et des esgourdes, passque les politicards, c'est aussi rigolbringue qu'une équipe de Marc Dorcel en tournage dans un asile d'aliénés bourrés aux amphètes.

Là, si tu sais pas – pourtant c'est pas les blogs d'exégètes sur la question qui manquent dans le paysage –, c'était les élections législatives le week-end dernier à Vételgeuse. Je vais pas te farcir l'oignon d'analyses aussi abstruses que gonflantes, juste te brosser la carlingue de l'extérieur, tu pigeras mieux pourquoi je me fends comme un bossu.
Lors donc, ici, au pays, l'Opposition n'avait pas droit de cité au Parlement, cause un boycott du Grand Mufti qu'elle avait ourdi en pensant sûrement que ça allait le freiner sur sa lancée. Mauvais calcul. Et pas trop malinois, les glandus, à jouer au chat et à la souris, vu que ça a donné les coudées franches au Dirlo Général pour jouer de la révolutionnade sans la moindre contestation à l'horizon. Mais enfin bref, on va pas refaire l'histoire, surtout qu'on s'en tamponne les roustons à grands coups de cornet à piston.
Dimanche dernier, les blattes amorphes de Vételgeuse se sont donc rendues aux urnes pour voter comme des humains normaux, et accessoirement choisir les empafés qui allaient poser leurs culs mielleux sur les fauteuils à bascule du Parlement. Au final, et toute rigolade mise à part sur les éventuels frelatages de bulletins, le pouvoir en place et l'opposition sont arrivés au coude à coude sur le nombre total de voix obtenues. En revanche, question sièges de décideurs, le Parti national s'en gauffre moins de cent sur les 165 à dispo, ce qui est nettement moins bien qu'avant (sans l'Opposition c'était fastoche, faut suivre) et surtout insuffisant pour pouvoir manipuler le Pays sans avoir de compte à rendre à ceux de l'autre bord – pour ça l'en fallait 110, on est loin du compte.
En clair, et quoi qu'en disent les adeptes de la Sainte Religion Volibarienne, c'est la déconfiture révolutionnaire, la débandade du slibar à cul rouge... faudra revoir les copies les mecs, on dirait qu'y en a qui sont plus trop d'accord sur la marque de vaseloche employée depuis douze ans... Tiens, si on avait eu les présidentielles, à la place des législatouilles, le Sachem aurait bien pu y laisser son falzar, pour le coup...
Ce qui est marrant tout plein, vu de l'extérieur des urnes, c'est que cent mille petites voix d'écart entre les deux blocs donnent plus de trente sièges d'avance au Parti du Chef... Alors on s'interroge, normal, on se demande comment ça se fait-y donc autant d'écart entre le nombre d'élus et de votants, même si le découpage électoral n'est pas aussi simplissime que, grosso-merdo, nombre de votants divisé par nombre de sièges, y doit quand même bien y avoir quelque part un ratio qui s'en rapproche un tantinet, pas vrai?

Alors là où je t'explique, on est en conférence de presse post-hostilités, et des journaleux à bave de crapaud se sont posé la même question. Comment c'est-y donc possible, ô Grand Moghol à tête d'Indio obézifiant ? C'est-y à dire qu'y aurait eu manipulations frauduleuses au Pays de l'honnêteté populiste ? Me dites pas que c'est pas vrai !!! Tiens, la donzelle, là, pour Radio Shadok Internationale, te pose la même question... Et qu'est-ce t'y dis ? T'y réponds quoi... comment c'est-y possible, tout ça ?
Évidemment, pour rester dans des exemples qu'on connaît, des Juppé, Lecanuet, Chirac, Fabius, Sarko Ier, Pasqua, j'en passe des verts et des pas mûrs, te retourneraient la balle dans les laterines que ça ferait pas un pli: «Comment quoi ? mais c'est facile, ma bonne dame, tu sais bien que ceci-cela et que comme-ci comme-ça, et que voili-voilà...» Dans la dentelle jusqu'au trognon... sourire lait condensé aux babines et mains bien à plat sur la table. On en a vu d'autres, mectonne, et les menteries, même échelon national, ça nous connaît...
Là faut dire que si y'a bien un truc, chez les politicards, c'est qu'ils ont le talent chevillé à la baveuse façon camelot cocaïnomane, si tu vois... ça forfante, ça manipule, ça bidouille en toute intelligence comme des serpents à sonnette dans un panier de crabes, ces bestiaux-là. Tout dans le crachoir et rien dans les poches... Te refileraient des encyclopédies en braille à des boxeurs manchots, les gonzes... Agiles comme des mille-pattes funambulistes et aussi retors qu'un bataillon d'Inuits en mal de phoque séché.

Tu penses bien, dans ces conditions, que la cause était entendue... Je t'en réponds dans les dents une bien sirupeuse et en voiture Simone pour ta rédaction à nous pondre sagement ton papier-cul en mordillant ton crayon, et si t'as de la peine t'a qu'à recopier le communiqué officiel, c'est encore plus clair comme ça... Et pour les règles du découpage électoral, demande à Machin du bureau des règles, y saura bien t'expliquer toutes les nuances qui nous ont apporté la victoire malgré qu'on l'a eu dans le fion...
Ben là, tu me croiras si tu veux, mais non. Le Gros qui fâche l'a rien su répondre. Rien de rien. C'était pourtant facile, l'avait qu'à s'étendre manière goal-average du mondial, quand l'équipe qu'a perdu 3 matches sur 4 est qualifiée quand même au tour suivant passque c'est les règles... Mais l'a pas su, Pauvre Mufti. L'a pas pu. Seulement l'insulte et l'opprobre – normal quand on déstabilise l'animal à sang chaud en plein public –, le mépris dénigrant qui cache maladroitement la morve qui pend du nez jusque sur les papelards parkinsonnisant entre les mains fébriles... «Tu bosses pour quel canard boiteux, salope ? T'as fait tes classes où, garce vendue aux troupeaux de l'Impérialisme ? Tu veux un café, morue ? Une main dans ta face, raclure de chiottes turcs dans un asile de constipés ?»

Bon, je vais pas m'étendre sur la dauberie faisandée estampillée volibarienne et plutôt te laisser juger par toi-même, curieux du bulbe comme j'te sais, mais je concluse quand même: comme on a les tenants du pouvoir qu'on mérite, bien normal, pas étonnant que le Grand Illuminé paraisse tout soudain aussi lâche, veule, méprisant et incompétent que n'importe quelle savate autochtone... On le savait déjà, mais à regarder dans le poste c'est encore plus poilant:



Et pour terminer en forme d'apophtegme libidino-scabreux, je dirais que comme la fouille-merde qui a levé le voile sur les pratiques électorales du Timonnier n'a certainement plus beaucoup d'avenir au palais présidentiel, voire plus d'avenir tout court, elle ferait mieux de faire comme ses congénères et persifler du string en tripotant des paires de burnes plutôt que des chiffres à la mords-moi l'nœud...



Et ce sera tout pour aujourd'hui. Robert.

vendredi 24 septembre 2010

Cubanibalisation

Tu sais qu’ici, à Vételgeuse, patrie autoproclamée du patriote Volibar le Grand, on se bricole parmi une économie qui se renferme doucettement sur elle-même, s’inflationnise dans son petit coin sans rien demander à personne. Le pognon qu’on utilise n’est reconnu nulle part, c’est du brouzouf papier maïs catégorie Monopoly pour bouseux, et celui des autres est savamment manipulé par les seules ouailles du gouvernement, qui savent comment faire le mieux pour le bien du pays – pas question que tu dollarises ou europises dans ton coin sans l’aval des dirigeants bien pensants, habilités et débilitants à diaboliser avec l’ennemi outre-révolutionniste. Videmment, y’a toujours ceux qui sont pas d’accord et qui passent par en-dessous, qui black-markettisent que c’en est une honte, des fumiers d’impérialistes, on en a déjà causé dans le poste, n’y revenons pas, c’est pas le moment.
Pour le moment, justement, le propos c’est que c’est un peu la spécialité de notre Chef Illuminé, la renfermade sur soi-même que je fais ce que je veux et si ça te plaît pas je t’emmerde. Déjà pour l’heure nationale, fin 2007, il avait gratifié le monde ébaubi de sa gargantuesque indépendance: modifié son fuseau horaire d'une demi-plombe tout seul comme un grand... L’a décidé, l’a fait. Total: la moitié de nos appareils communicants avec le monde réel et réglés automatiquement sur le fuseau horaire idoine, parmi lesquels ordinos et cellulaires, refusent toujours obstinément d’afficher l’heure exacte avec laquelle on est censés batifoler, englués qu’ils sont restés sur la bonne vieille horloge agréée par tous, moins le Grand Mufti. Avant ça l'avait déjà modifié le nom de l'État, devenu officiellement volibarien, pour ceux qui sauraient pas, puis le nombre d'étoiles du drapeau et même le sens du galop du cheval blanc des armoiries, qui file maintenant toutes voiles dehors vers la gauche révolutionnaire, tu parles si c'est historique...

Autre corollaire de l’économie estampillée Jeu de la Poste et nombrilisme salvateur, c’est que les faffes étrangers ne se bousculent pas dans les larfeuilles nationaux, et pas même plus dans ceux de la gouvernance, vu la facilité avec laquelle le Sachem distribue les deniers de l’État à l’extérieur – donc forcément en devises, vu ce que les autres en ont à foutre de nos brouzoufs locaux. Ou alors il paie en nature naphtique, le précieux or noir grâce auquel on n’est pas encore larvés dix mille pieds sous terre, mais que ça ne va pas traîner vu que là aussi c’est en veux-tu en voilà à n’importe quel clampin un tantinet dans le besoin d’énergie vitale, c’est une question d’image, le Chef doit la jouer on est une nation forte et éclairante, la preuve, on te file du pétroléo gratos ou à prix coûtant, même dans les banlieues défavorisées ricaines, histoire de bien montrer comme la Revolucccióóón est tellement meilleure que la merdasse capitaliste. Aux dernières news, le Mufti, l’aurait décidé de vendre du pétrole à 50$ le baril aux Chinetoques alors que le prix du marché avoisine les 75$... Sûr, c’est pas comme ça qu’on va gauffrer du dollar...
Ce qui est rigolo tout plein, dans l’affaire, c’est qu’à Vételgeuse ça se saurait si un quelconque gniace savait faire autre chose de ses dix doigts que décapsuler des bières pisseuses, brancher le 5000 watts de sa chignole, engrosser des gamines et embâfrer des empanadas farcies à l’huile saturée. Du coup, forcément, faut importer de là où les mecs se sortent un peu plus les pouces du cul pour produire de quoi becqueter plus tout le reste. Mais pour leur acheter, à ceux-là, tu sais quoi ? Faut des devises, bonhomme... comme j’te l’dis. Emmerdant, pas vrai ? Et comment qu’on va faire, alors ? Déjà qu’on aide pas les touristes à venir s’installer, qu’on exproprie à tour de bras, qu’on nationalise à hue et à dia, c’est tout ça de monnaie étrangère qui nous sort des poches...
Tiens ! hier, je lisais dans le canard que les compagnies de téléphonie mobile, qui forcément roamisent avec l’étranger, n'allaient pas tarder à nous couper le jus par faute de paiement. Et l’Internet devrait suivre vu que les serveurs, tu parles, risquent pas d’être hébergés ici, y’a pas assez d’électroche pour bien faire... Aussi, ma femme m'a dit, je savais pas vu ce que ça m'intéresse, que ça fait des mois qu’y a plus ni pommes ni poires au supermercado, ou même au marché... forcément, les centrales d’achat ne payant plus les fournisseurs étrangers, en l’occurrence le Chili, ben a sont plus livrées, les centrales révolutionnaires, on leur fait la gueule... marre de fournir du matos sans être payés, les affreux voisins capitalistes... Mais qu’on se rassure: y’a toujours les kalaches et les Migs tout neufs, à Vételgeuse, commandés à prix d’or chez nos nouveaux amis d’outre-communisme, c’est d’ailleurs bien là qu’on reconnaît notre ancien para de Président: tout dans la milice, la police et l’armée, y’a que ça de vrai pour durer, les mecs !

Enfin bref, je vais pas m’épiloguer sur le système économico-risible de Vételgeuse, tu connais, t’ai déjà dis et tu t’en bas l’œil. Non, là où que je voulais en venir, c’est que comme tu sais, il paraîtrait que l’homme est un animal social, d’après certains, et qu’y fait pas toujours bon rester qu’entre soi, ça limite le champ d’action. Donc faut s’associer, l’union fait la force et toutes ces choses. Fallait donc bien trouver un partenaire pour faire joujou dans le bas à sable révolutionnaire. Et c’était tout trouvé, communauté d’idées et ceci-cela, suffisait de se tourner vers les Enfumés du Cigare, ceux-là même que les cochons de gringos n’ont pas hésité à tenter d’encochonner à leur tour au fond de la baie, mais ça n’a pas trop bien marché, paraît. Rapprochement obligé, d’ailleurs, vu que c’est justement de là-bas que vient pour meilleure partie le fabuleux modèle de Revolucccióóón que connaît Vételgeuse.
Certaines mauvaises langues parlent d’ailleurs d’une cubanibalisation vitesse grand V.
Ça a commencé par les toubibs, que le Sachem a importés via des programmes spéciaux d’aide au développement médical, because semblerait que les médicastres autochtones avaient quand même de la peine à assurer, ce face à quoi je ne dis rien, d’ailleurs, pour une fois, t’as qu’à me relire. Pis ça a été le tour des militaires, les gradés, que le Chef a collé dans son armée sans demander son avis au pueblo, pis les dirigeants de son parti, pis les politiciens à sa botte. Au point que ça a même un peu gueulé, mais pas trop fort, faudrait vexer personne, que c'était pas trop sain de mettre toutes les manoilles de commande entre des mains amies, certes, mais étrangères... mauvais procès, jalousie, méchanceté gratuite... c’est quand même une bonne action, pas vrai, tous ces travailleurs immigrés recrutés généreusement pour leur éviter la boat-pipolisation direction Florida...
À côté de ça, le Grand Dirigeur, toujours avec l’aide de ses amis Castrés, est aussi en train de mettre en place à l’échelon national tout un système sécuritaire informatisé, manière soviétique – contrôle des communications et tutti quanti –, à faire pâlir d’envie Zorglub en personne. Pareil pour le tout nouveau service nationalisé des registres immobiliers et des impôts: appareillage acheté au Panama et installé par les Fidélisés. Que du bonheur... à t’en saucer la platée même après la vaisselle !
Dernier épisode en date de la copie-conforme que le Grand Manitou opère avec l'île embargottisée: la création d'une révolutionnaire carte de rationnement alimentaire, nommée pompeusement Cédula de buen vivir... fallait oser quand même, quel sacré sacripant que ce Chef-là...

Alors comme tu vois, l’économie locale à de qui tenir, à Vételgeuse. Or ce qui me plaît bien, dans l’histoire, chuis d'un naturel moqueur, et si tu lis la presse tu vois où je veux en venir, c’est que le système dont on parle ici, boycotté par les Néandericains depuis 1962, pas rien qu'une paille, est non seulement en voie d'extinction chez les cousins – belle lurette que les Soviétiques ne sont plus de ce monde et que les Chinks ont vendu leur économie aux démons friqués de la planète –, s'essouffle y compris sur son terrain d'origine, c'est pas moi qui le dis mais son Batonnier Castré en retraite, Fidèle à lui-même mais clairvoyant pour une fois (original ici pour les puristes). Même si deux jours plus tard il a révisé sa copie, sans toutefois nier le fond du propos, il a quand même affirmé que son fameux modèle qui fait la nique à Bamaland depuis 50 balais n'était non seulement pas exportable, mais surtout plus viable, même chez lui... tout un programme ! Sans doute qu'avec l'âge le pauvre vioque se dit qu'il aurait pu mieux faire, et que ça risque de valser pour son matricule au Jugement dernier...
Bon, soit dit en passant, ça va pas mieux du côté jovial de l'économie, me fais pas dire ce que je veux pas dire... C'est crise partout, banques en ruine, États surendettés jusqu'au trou de balle, heureusement renfloués par les... banques ! Planche à biffetons quand tu nous tiens... N'empêche qu'au Paradis du Cigare et du Rhum Club, ça catapulte dans les hautes sphères du retour en arrière que seul le Sachem de Vételgeuse a pas dû s'en rendre compte. On pourrait même parler d'une révolution capitaliste sans avoir l'air plus grotesque qu'un volibarien essayant de faire croire que les élections de dans 2 jours ne seront pas truquées...
Non, sérieux, regarde le projet: Raulito, frérot du Fido-boulettes à casquette vert-glauque, voudrait déplacer un demi-million d’employés de l’Etat vers le secteur privé, c'est déjà entériné par la Centrale des travailleurs. Et à terme, supprimer un million et demi d'emplois dits "superflus", soit le quart de la population active... Raisons officielles du dégraissage: système à bout de souffle, inefficacité, productivité insuffisante, indiscipline et manque de motivation des salariés... D'après un analyste cité chais plus où, les gens ne foutent rien dans les burlingues, les interruptions de courant sont pléthore, la production agricole et industrielle est en plein effondrement et 80% des denrées consommées dans le pays sont importées. Et si ça ne te rappelle pas quelque chose, viens donc faire un tour du côté de chez Swann !
Quant au fameux carnet de rationnement des denrées de première nécessité cher à notre Lider Volibaro, le Libreta, il est en passe d'être supprimé et compensé par une hausse des salaires. En clair, on va libéraliser l'économie et reconvertir les travailleurs, des listes de licenciés circulent déjà dans les entreprises. Les autorités parlent de les diriger vers des firmes étrangères installées dans le pays, de les encourager à créer leur propre négoce. En gros, accroître le secteur privé... Je rêve !

Et sur le tarmac de l'imbécillité décidément atavique, qui c'est-y qui restera scotché comme un trisomique à son plafond ? Ce serait-y pas notre Ludo Vachez national que le monde libéré des entraves de l'esclavage moderne nous envie ?
Enfin moi, ce que j'en dis... Tu me connais, à part une paire d'air-bags à l'avant et à l'arrière du châssis, j'en ai pas grand chose à braire... C'est pas ma dulcinée callipyge qui dira le contraire, pas vrai ma Gaby ?



Allez, je te salue bien bas mon amigo. Ton Roby.

mercredi 8 septembre 2010

Propriétaire qui peut (2)

Bon, on a vu hier, si t’as bien tout lu mon billet doux, comment au pays de la révolution en marche, du progrès social tout azimut, du sain régime populiste façon Simon Volibar revu et corrigé Ludo Vachez, notre Saigneur et Maître, les riches salauds qui profitaient jusque-là d’un bien propre en toute catimini, pour soi tout seul, sans partager avec une populace pourtant méritante, même aussi feignassière qu'un cul de nonne, allaient bientôt connaître l’allégresse de l’immobilier communautaire, comme autant de Soviétiques, Chinetoques et Cubanos avant eux.
On a vu, donc, mais j'ai pas tout dit, pas du tout dévoilé le plus beau, espécialement pour toi et consorts, l'étranger qui vise à l'expat sous les tropiques, celui qui y croit encore, grâce aux bonnes âmes qui commercialisent à fond de tramway les casbahs locales en exploitant tes rêves de cocos fraîches et de salopes écartelées sous la couette, ou grâce aux bondieuseries socialisantes des tordus qui ensemencent la planète web de leur loghorrée tronquée d'un paradis volibarien alter-mondialisé – même résultat malgré le topo aux antipodes du cuistre vendeur de vent –, donc grâce à tous ces trouducs qui tendent leurs perches merdeuses aux naïfs en mal de soleil et/ou de gauchisme à deux balles, des troupeaux bêlants d'Européens en tongues et peau rougie continuent d'affluer, et c'est à eux tout exprès que je vocifère ma salace verbeuse du jour.
Alors permets-moi de t'en remettre une couche sur la propriété privée, un addendum, j’ai la verve collée au clavier que ça va pas traîner.

Passque le truc drôlatique, le point d'orgue crémeux, le pompon du bonnet de bain, c'est qu'ils ne seront pas les seuls, ceusses de Vételgeuse, à boustifailler de la compote pour communautaires, à connaître les joies d’une rédemption salvatrice qui finira de jeter le pays dans une qualité de vie inégalée et unique au monde... Les extranjeros, les gringos, les expatrios, eux aussi, devront y passer, à la case paupérisation pour ta salubrité perso, dépouillement pour le bien de l’État, qui redéfinira les priorités et, soyons-en sûrs, qui saura comment redistribuer les largesses en fonction du mérite de chacun.
Faut dire que jusqu’ici, à Vételgeuse, et c’est ce qui faisait les choux gras de tous ces revendeurs de camelote immobiliaire estampillés blogueurs patentés pour mieux rassurer le quidam dubitatif sur la gratuité de leur entregent, jusqu'ici, donc, le simple touriste tout juste débarqué de son deltaplane à prix discount, pouvait séance tenante s'enfiler dans la première notaria venue pour finaliser l'acquisition d'une terrasse face mer dans la région côtière, c'est plus sympa la plage que les piranhas qui te courent au cul sur les bords du Rénoque ou les truands assoiffés de pèze qui gangrènent l'Eldorado guyanais.
C'était l'époque bénie, sacrée, immortelle, où après la notaria te restait plus qu'à signer tes papelards au Registro du coin pour devenir PROPRIO dans les Caraïbes... ça jette un max tu conviendras, et surtout ça beurrait méchant les arepas farcies au caviar de tous les enviandés expatriés qui n'ont rien trouvé de mieux pour survivre ici que d'encommissionner salement leurs propres congénères.

L'étranger débarquait donc la gueule enfarinée, souvent alpagué déjà par messages subliminaux distillés savamment ici ou là sur Routard, Voyageforum ou Pigeonvole.com... et pan ! il signait tout-à-trac son patacaisse de contrats notariaux avant de pénétrer d'un peton timide dans le patio de SA maison rien qu'à lui, le top du top du bonheur de vivre pour le Shadok moyen ou le Schleu en retraite. Facile, rapide, pas cher, l'investissement du siècle, les gars, c'est promis par monts et par vaux, juré sans simagrées les yeux dans les yeux, t'as qu'à seulement croire, on te dit, la funeste réalité locale qui te mettra des trémolos dans le regard dès que t'entendras le nom de Vételgeuse ce sera pour plus tard, maintenant t'as qu'à profiter, alors profite !
Seulement voilà... Le Grand Mufti, dans son inénarrable clairvoyance australopithèque, il a bien réalisé qu'il pouvait pas collectiviser les autochtones et laisser batifoler les gringolitos dans leurs mares à putasses privées. Alors il a dit STOP les gars ! Maintenant, fini de rigoler, remontez les braguettes c'est du sérieux... Pour acheter à Vételgeuse, dorénavant, faut au minimum montrer son carton jaune de Résident bien intégré, ce qui, si t'as un peu suivi le cursus de mes nuits blanches, est devenu quasi impossible, même en soudoyant à gauche et à droite. Or pour obtenir le fameux césame, la cédula précieuse qui te donne libre accès au socialisme grimpant du Grand Chef Illuminé, faut un séjour légal de 5 ans. Autant dire que les touristes ambitieux chargés de rêves exotiques jusqu'à la gueule peuvent toujours aller se rhabiller comme ils peuvent chez Emaüs.

Disons-le tout net, ceux qui connaissent la nouvelle mesure ont maintenant le sourire aussi crispé que celui du chat qu'on encule, mais tous les autres, et ils sont foison sur place et sur le Net – les emmanchés vendant des turnes continuant d'œuvrer comme si de rien n'était (soit ils savent rien et leur bêtise crasse n'a d'égale que leur incompétence, soit ils savent et jouent sur le fait que l'étranger, une fois passé à la notaria et délesté de son gniaf, ne constatera que trop tard que la case Registro lui est fermée à tout jamais) –, tous ceux qui savent pas, donc, l'auront aussi profond qu'un ténia ventousé dans le grêleux, et ils auront beau essayer de repasser par le Start, la seule prime qu'ils toucheront jamais sera celle de la vaseline...
Evidemment, si les étrangers non-Résidents ne peuvent plus acheter au pays, ils peuvent plus vendre non plus... CQFD ! Et là faut dire un truc un peu méchant, mais tristement vrai: que ceux qui pensent faire larmoyer l'administration volibarienne en arguant du fait que leur achat était légal à l'époque et qu'ils devraient donc pouvoir revendre en toute légalité aujourd'hui se la carrent dans l'oignon: ils n'en ont rien à braire, les partisans du Sachem. De ça comme de rien d'autre, d'ailleurs, c'est pas du favoritisme.
D'abord, c'est pas l'habitude locale, de prendre en considération toutes les jérémiades des cas particuliers de tout et de rien. L'idée qui prévaut ici, si tu sais pas, c'est démerde-toi seulement c'est pas notre problo et les vaches seront bien gardées. Ensuite, faut dire que si elle n'était pas appliquée jusqu'ici, la loi qui t'empêche de posséder en rond si t'es pas légalisé du bled, elle existait déjà avant. Donc c'est retour à l'envoyeur. Et même encore mieux: puisque t'avais pas le droit d'acheter à l'époque, tout ça est nul et non avenu et ce qui était à toi est donc maintenant à nous... Et parions que tous les glandus sans cédulas qui font tamponner tous les trois mois leur passeport à l'aéroport pour faire croire qu'ils sont sortis du pays et revenus avec un nouveau droit d'entrée mais qui vivent en toute tranquillité dans une villa paradisiaque s'en vont pas tarder à remettre les clefs de leur quinta rica aux envoyés spéciaux du gouvernement populaire...

Comme quoi, à Vételgeuse, tu peux faire comme tu veux, le prendre par tous les bouts, ça finit toujours par l'enculade, et c'est pas mes copines autochtones qui diront le contraire ;-)



A la revoyure amigos, Ton Roby.

dimanche 5 septembre 2010

Ce qui est à moi est à Lui... (1)

J’en ai une joliette rien que pour toi, ça va te plaire. Pis sinon tant pis, de toute façon je raconte.
Donc voilà. Tu sais, tu te rappelles – ou peut-être pas, alors je te rafraîchis – que notre Mufti national, à Vételgeuse, dans son formidable élan de révolutionnade inspirée, avait décidé, y’a quelque temps, en 2007, ou chais plus, mais on s’en fout, d’offrir à sa populace une grandiose Réforme pour changer tout un tas de merdasseries dans la société – indépendance des médias, liberté des communications, limitation du nombre de mandats du Chef Suprême, j’en passe et des pas mûres – qui faisaient que c’était pas encore tout à fait un pays libéré des entraves de cet ignoble impérialisme qui gangrène la planète.
Malheureusement pour lui, au Vénérable, son peuple était tellement rongé par des siècles de tradition obscuranteuse qu’il alla voter non à ladite Réforme, pourtant généreusement proposée par le Guide, qui attendait au minima d'être récompensé de sa bonté populiste… Tu vois le truc ? On croit rêver ! Sans blague, gars… pas d’accord, les bouseux ! Délire complet chez les pouilleux… les ouailles se rebellent, renvoient le Chef dans les cordes… la Réforme, y veulent pas… Non mais foutre, se dit le Grand Sachem, faudrait voir à respecter un peu la volonté du Simon Volibar, bande de petits chiasseux ! Ma Réforme, tu vas te la prendre en suppositoire s’il le faut, mais tu vas te l’enfiler bien profond, ou je ne m’appelle plus Ludo Vachez
Alors séance tenante, ni une ni deux, l’a passé quand même sa Grande Réforme, Mufti Ier. Décrets présidentiels à tour de manivelles, l’a vérolé tous ses petits articles réformateux bien malgré tout que les autochtones n’en voulaient pas, pauvres sbires, qui savent pas tout ce qu’est mieux pour leur bien… M’en vais les aider un 'tit peu à sortir de la gadoue, j’leur dois bien ça, qu’a dit l’Enluminé. Alors pour commencer, j'vais déjà m’autoriser la réélection sans limite, même si c’est pas permis dans le code, passque comme ça j'pourrai les aider encore plus longtemps à faire leur bonheur malgré eux.
Bon, alors maintenant on en est là, que le Réforme refusée est passée quand même, en toute légalité, légitimité, lubricité (sodo à temps complet, c’est encore meilleur par où ça passe), vu que c’est le Chef lui-même qui a œuvré, et qu’il a été voulu, élu, applaudi, choisi, boulonné pour l’éternité par le peuple soi-même, c’est le principe de la démoctature.

Pourtant… y’a quand même un truc… kèkchose qui coince aux entournures dans le moral du Gros Rouge qui fâche, une ‘tite lichette de changement qu’il n’a pas encore bien pu coulisser glorieusement, passque justement, après enquête, il a vu que c’était ça qu’avait tellement effrayé la bêtasse populace au point que toute la Sainte Réforme avait été recrachée à la sortie des urnes… Alors videmment, sur le sujet, le Patron, maintenant, il y va en douceur… cherche a pas vexer ses brebis adorées, faudrait pas qu’elles prennent une attaque, les pauvres chéries, une crise de foi qui renverrait aux gogues tout le travail déjà effectué, tout ça par un malencontrueux malentendu révolutionnaire.
Passque bien sûr, comme nous on sait, vu qu’on est éclairés, le Chef il fait tout bien pour le bien de son Peuple, mais celui-ci, étriqué du bulbe par des siècles de savante ignorance orchestrée par les oligarques tout puissants jusque-là, il le sait pas, lui, et du coup il pourrait prendre ombrage de cette putain de suppression de la propriété privée que putain comment je vais bien pouvoir faire pour pas que ça se remarque trop ?
Mais là faut que je te dise un truc, que je digresse pour t’explicationner.

Passqu’ici, sur Vételgeuse, mais pas seulement ici, c’est partout autour pareil au même, du Labrador à la Terre de feu, la propriété privée c’est sacré. Les mecs ont des bicoques en torchis, mais ils sont chez eux… On touche pas les billes du voisin… D’accord, ici ça vit les uns sur les autres et ça se mélange à tout va, c’est pas comme en Ricanerie, où un clampin se fait écarteler tout vif s’il a la mauvaise idée de mettre ne serait-ce qu’un doigt de pied en éventail sur un gazon qu’est pas le sien, mais l’idée est la même: l’absolutisme devant la propriété, et ça se respecte. C’est pas comme chez nous, en vieille Europe, travaillée encore en loucedé par ce bon vieux droit romain qui distingue la possession de la propriété.
Là, bon, je vais pas te faire un cours sur les Usus, Fructus et Abusus, mais si tu sais pas, c’est ça qui permet des trucs aussi louches que l’usufruit, ou quand un mec usus d’un fructus même si ce dernier n’est pas à lui. Si ça te passe au-dessus du cigare, retiens seulement que c’est grâce à de si vaseuses notions de droit flouteux qu’un pauvre type qu’a peiné toute sa vie pour se payer un petit appart’ afin d’assurer ses vieux jours peut pas foutre dehors une saloperie de locataire qui paie pas son loyer. Le sale mec en question usus d’un fructus, il en a donc légalement une forme de possession, même s’il n’en est pas le proprio à proprement parler. Tu vois la torvitude du truc…
Bref, n’épiloguons pas sur le sujet, ça va fâcher les rougeauds qui trouvent que tout ce qui est aux autres est aussi à eux, loi logique aussi imparable que naturelle, t’as qu’à voir comment un clebs se laisse piquer son os quand il a décidé que c’était le sien…

Non, ne politisons pas le débat, on a autre chose à foutre pendant les rares heures où on peut gambader sur Internet entre les coupures de courant alter-mondialiste. Mais le truc à retenir, c’est que sur le continent où qu’est plantée Vételgeuse, la propriété c’est sacré, point barre ! De là, quand le Réformateur a annoncé à son peuple ébaubi que dorénavant y'aurait plus de proprios et que tout allait devenir collectif, manière kolkhoze, pour le Saint Partage des biens de chacun envers tout le monde, les gueules se sont allongées jusque sur les grolles et la Réforme balayée à grands coups de lattes dans le cul.
Du coup, le Grand Patron s’est demandé comment il allait pouvoir faire pour continuer à dispenser son formidable élan révolutionnaire à une population aussi récalcitrante que ça en devient franchement désobligeant, allez donc seulement aider les peigne-culs ! Comment sucrer la propriété privée, en d'autres termes exproprier les gniaces qui sont chez eux, sans que les bouseux viennent me gonfler les burnes à grands coups de casseroles jusque dans mon palais présidentiel ?
Alors Réforme impensable ? Mission impossible ? Oui, peut-être en théorie, mais c’était sans compter l’inénarrable pugnacité du Sachem, sa magnifique abnégation populaire et son sens inné de la manipe désintéressée que j’en lacrime rien qu’à y penser.
Malinois comme pas deux lorsqu’il s’agit d’enculer les foules qui en redemandent, il a donc décidé d’œuvrer selon deux axes, et ça marche super bien, m’en vais t’exposer:
  1. Définitions.
  2. La propriété privée, on garde, puisque vous faites chier, mais on redéfinit les termes.
  3. Conditions.
  4. La propriété privée, on garde, puisque vous faites chier, mais on y colle des conditions.
D’abord on y va discrétos, on prépare le terrain, on joue sur les mots, on fait rien de trop musclé – la cavalerie ce sera pour plus tard, il sera toujours assez tôt de resserrer les boulons. Une fois redéfinis les termes, posées les conditions, on drastiquera poco à poco, et sans même t’en rendre compte tu feras joujou dans un kolkhoze à faire pâlir d’envie Staline, Mao et Castro réunis. C’est-y pas trop beau pour être vrai au paradis révolutionnaire ?

Maintenant que je t’ai dévoilé de quoi y retourne, j’en viens à mon sujet. Panique pas, bonhomme, j’en n’ai plus pour longtemps, pis si ça te fatigue tu peux toujours retourner chez Greg pour lire des jolies choses sur Vételgeuse et surtout qui te filent pas trop le bourdon.
Donc hier, je rencontre une copine qui s’appelle Marielys, mais tu t’en fous comme de l’an quarante j’imagine bien. Sauf que Marielys elle m’en raconte une bien bonne que je m’en vais te raconter à mon tour passqu’elle illustre bien les billevesées ci-avant incluses.
Marielys, elle a dans les cinquante balais bien sonnés, cinq mouflets, une tante handicapée à charge, une cousine pas handicapée mais à charge quand même, deux ou trois sœurs à charge aussi, et elle vit comme tout le monde dans une maisonnette avec tout sa tripotée de sangsues qui font du bruit et qu’en foutent pas une rame.
Tout soudain, sa mère, qui crèche pas loin, clamse sans prévenir. Je te passe sur les explications familiales, mais c’est à elle, Marielys, d’hériter du terrain et de la cahute en terre cuite au soleil qui la chapeaute entre les barrières de cactus délabrées et les déchets à ciel ouvert, c’est la tradition par ici-bas. Une fois les formalités d’enterrement expédiées, elle s’en va donc pour nettoyer le terrain et voir comment c’est-y qu’elle va s’organiser avec sa smala de glandeurs. Et là, oh surprise ! elle trouve une espèce de gonzesse dans ses âges qui fait déjà du grand nettoyage et qui lui demande bien ce qu'elle vient foutre chez elle...
Même si selon nos critères d’êtres humains normalement constitués Marielys n’a pas forcément toutes les cases nécessaires à la comprenette de base, c’est la race qui veut ça, elle pige quand même assez vite que la drôlesse a déjà élu domicile sur ledit terrain de feue sa mère et ne compte pas liquider les lieux avant quelques générations. Comme elle n’a plus ni l’énergie ni l’envie de s’étriper avec une grosse conne, elle s’en va donc pour chez elle après quelques insultes carabinées et crachées sur voix stridentes de femelles hystériques, comme elles savent si bien faire à Vételgeuse
Depuis ce fâcheux épisode, et malgré l’intervention des quelques mâles souffreteux de la famille, des voisins, de la mairie et de quelques flicaillons pas concernés vu le manque de dividendes projetés, la vieille salope n’a pas levé le camp et Marielys a compris qu’elle pouvait s’asseoir sur son héritage. Incidemment, elle a appris deux ou trois trucs rigolos que son Cher Président avait déjà décrété mais qu’on n’avait pas vraiment suivi, on n’était trop occupé à siroter des bières en savourant le reggaeton hurleur du voisin, bouffer des empanadas graisseuses et chercher de la margarine, de la farine et de l’huile pour nourrir les cul terreux du nid à blattes.

Premièrement, les droits de succession n’existent plus. Disparus dans les limbes de la loi révolutionnaire qui cherche a faire le bonheur de tous et pas seulement de quelques riches ordures qui vont profiter du système en se gavant de générations en générations, genre Marielys et consorts.
Deuxièmement, le pouvoir aux Communes n’est pas qu’un slogan de plus qu’on colle sur les bagnoles gouvernementales pour faire croire au peuple que c’est lui qui décide, l’est devenu réalité. Sur le terrain, c’est maintenant la Commune qui décide de tout, y compris de qui va habiter quoi, par exemple dans le cas où un mec clapote en laissant sa maison vacante. La bougresse squatteuse ayant pris Marielys de vitesse et bénéficiant visiblement d’excellentes connexions communales, elle est devenue légalement indélogeable.
Troisièmement, qu’à Vételgeuse un proprio est maintenant qualifié d’occupante. Occupant de son propre bien, certes, mais occupant et non plus propriétaire.

Là faut voir qu’on n'en est qu’au début des hostilités, à la redéfinition des termes. Viendront ensuite les conditions. Et plus tard, dans pas trop longtemps quand même, quand ces premières étapes auront été bien assimilées par la masse sodomite, on pourra préciser quelques joyeusetés finassières:
  • un occupant est qualifié d’occupant s’il n’occupe pas plus de 12 mètres carrés à lui tout seul...
  • un occupant sera forcé d’accepter d’autres occupants si son bien est trop grand pour lui selon la loi...
  • un occupant n’est pas qualifié d’occupant si son bien est trop grand pour lui...
  • un occupant ne pourra pas vendre son bien s’il y a d’autres occupants avec lui...
  • un occupant sera obligé de passer par l’État pour pouvoir vendre son bien, aux conditions et prix imposés...
  • un occupant pourra être délogé s’il n’est pas qualifié d’occupant selon la loi...
  • etc. etc.
Heureusement, les mecs, point besoin d'être propriotte pour bien suçoter les roustiflards des étrangers en mal d'affection, ce qui devrait garantir à ces derniers, dont je suis assez satisfait d'intégrer les rangs libidineux, on ne se refait pas, de pouvoir bénéficier pour quelque temps encore des largesses culières de nos donzelles préférées ;-)



Allez, à demain, les aminches, Robert.

mercredi 28 juillet 2010

Post-scriptum traumatique (2)

Tite lichette encore, si tu veux bien... quant à la ci-dernière joyeusade scolarisante, étant donné que je sors tout juste de ma coiffeuse, qui m’a clairci tant les idées que les douilles grâce à ses cisailles, pour les secondes, et à ses mioches pour les premières.

Or donc, pendant que ceux qui virent à l'extase en comptant leur nombre de visiteurs turbinent à innover dans la prose cultureuse, j’y étais lascivé sur son fauteuil à bascule, à ma Tibisay, et face miroir, s’il te déplaît pas, et j’y ai profité d’en flirter un doigt question apprentisseries pour lardons.
Et de lui lancer ma ritournelle comme tu sais, les A et les D à l’école, toutes ces combines du délirium révolutionnaire que c’en rigolbringue à t’en déchausser les molaires. La Tibi opine, acquiesce, confirme, colère à tout va – faut pas lui parler du Grand Sachem de trop près – et qu’est-ce-t’y j’apprends, au passage, comme ça, l’air de rien, à la sauvette, d’après toi ? Ben que c’est encore plus jouasse que j’imaginais, plus drôlatique tout plein, et, corrolaire, plus salace encore que je te contais y’a pas plus de deux ou trois jours.
Preuve qui peut, la Tibi s’en va tournicoter dans son gourbi et me sort d’une calebasse le boletín de son petit dernier, élevé à grands coups de pèze dans une scolante bien privée qui douille bonbon rien que pour passer l’entrée. Bon, perso j’y mettrais pas les doigts de pied, dans une taule pareille, catho-facho jusqu’au trou du cul, mais comme je dis toujours, quand on aime on ne compte pas, ça fait mesquin, et faut avouer que le turbin de la Tibi remplit bien ses caisses de bière, et si par ailleurs elle a le malheur de nourrir quelques ambitions pour sa marmaille, c’est vrai qu’elle a tout intérêt à raquer sec et d'ensuite pourvoyer sur Ténériffe ou autre, enfin un bled normalement constitué et doté d'écoles qui ressemblent à autre chose qu'à une étable pour pré-pubères surexcités.

Donc je zyeute le boletín du Ricardo, c’est comme ça qu’il est affublé. C’était le seul bulletin qu’elle avait, la Tibi, sur ses trois chiards, passque pour les deux autres, dans la même école mais classes différentes, un le prof n'avait pas les tampons pour tamponner, ça fait déjà deux jours de suite mais faudra revenir encore, et l’autre il avait oublié les bulletins chez lui, faudra revenir aussi. Comme elle y allait que pour ça, Tibi, et que c'est chaque fois une grosse demi-journée de perdue sous le soleil, elle était jouasse comme un enterrement de sourd-muets, te dire.
Alors voilà comment le truc se présente, un carnet de fin d'année à Vételgeuse: d’abord t’as la couverture, dont la reliure à elle seule vaudrait le détour à trois heures du mat’ en pleine nuit de Saint-Sylvestre et bourré comme un coing. Une feuille de carton bleu ciel pliée en deux et ficelée sur les côtés par un lacet de laine – bleu aussi, c’est déjà ça. Le tout est fait à la main, les trous pour la ficelle comme le reste, c’est ni droit, ni d’équerre, ni égal nulle part. Mais le bleu pâle est joli. Dessus c’est écrit (à la main aussi, et les lignes sont rigolottement parallèles à rien du tout): Ricardo Dugenou-Dugland (j’vais quand même pas t’donner le vrai blaze, vu le taux de délationnisme qui règne tout par là autour), 5to grado, Docente: Licenciada Mirtho Lardozo, comme ça se prononce ou à peu près. Le coup du «licenciada», faut savoir qu’au pays y z’aiment bien mettre ça partout, ça prouve comment t’as été bon dans tes études, au cas où un maleducado viendrait à en douter. En vrai ça donne ça:

– Bonjour, Licenciado José Maldito, ou Ingeniero Luis Montoutgro... Ça pose tout de suite le bonhomme, même quand t’as rien demandé.
Remarque, sont pas les seuls, à aimer la présentation imagée, les décérébrés autochtones (merde, pléonasme), passque j’avais une connaissance ricaine qui se présentait en tendant bien droit la main, balai dans le cul et regard direct, en disant à chaque coup:
Hello, I’m Richard, Washington DC...

Bon, à l’intérieur de la couverture du boletín susdit, une feuille pliée en trois, imprimée sur une jet d’encre dont la cartouche n’avait probablement plus été changée depuis le passage des premiers Indiens par le détroit de Béring quand il était encore glacé. Première page (y’a donc six pages vu que c’est recto-verso, faut un peu imaginer d’ton côté, j’vais pas toujours tout expliquer), première page, donc, t’as l’écusson et la titulaille nationale sur une bonne moitié, faut bien ça pour présenter ce formidable Pays du Progrès Révolutionnaire: República Volibariana de Vetelgeuse, Ministerio del Poder Popular para la Educación, et bla-bla-bla sur une demi-page. Plus bas: Boletín Informativo Básica. Año escolar 2009-2010, mais ça c’est à la main passque c’était imprimé 2008-2009 et un charitable a biffé au Bic et marqué correct à côté. Ensuite les noms, l’âge, le numéro de cédula, vital pour le suivi intrusif du futur, le représentant, le prof et tutti quanti.
Tu ouvres le volant et t’as trois paginettes verticales avec chaque fois les évaluations et observations du trimestre, du genre: « Arrive lavé le matin, sait très bien son alphabet jusqu’à B, sait parfaitement compter sur ses doigts jusqu’à 5, l’a très bien joué avec les autres dans les arbres de la cour, l’a bien foutu la paix à sa maîtresse quand elle essémessisait à ses copines, l’a bien tout recopié le tableau pour chez lui ». Passqu’ici c’est comme ça qu’on bosse: le prof asperge tout le programme au tableau en arrivant et attend sagement dans un coin que les niards aient tout recopié pour y bosser à la maison, pis y rentre chez lui tout guilleret du magnifique savoir dispensé que ça t’en donnerait la chair de poule à un professeur agrégé de la Sorbonne.
Au bas de chaque page de trimestre, toujours dans le boletín, t’as marqué la date et le tampon de l’école et les lignes pour signer, d’un côté l'instit', de l’autre le parent. Evidemment, sur les trois pages t’en as deux où la maîtresse a signé à la place du parent, faut ce qu’y faut, on est à Vételgeuse...

Au final, dernière page mais pas des moindres, t’as le Boletín de Promoción proprement dit. Là c’est la directrice de l’école soi-même qui félicite le pingouin d’avoir passé en 6° grado, año escolar 2008-2009, biffé et noté juste à la main. Daté, tamponné, signé. Le tout imprimé à la sans-encre et faut juste rajouter les données manquantes dans les espaces prévus, genre la date et le grade de l’année prochaine.
Je me tourne vers ma Tibi et lui demande comment ça se fait-y que je vois pas la fameuse lettre qui donne le niveau atteint en fin d’année, A ou B ou D, et aussi comment ça se fait-y que le bulletin ci-présent devant inclus ne mentionne QUE Promoción. En clair que t’as pas le choix de promu ou pas, genre un des deux à biffer, ou alors c'est-y qu'y a des bulletins imprimés à l’avance pour ceux qui passent et ceux qui ratent ? Mais non, qu’elle me dit Tibi, ahurie par mon ignorance gringolesque. C’est fini, tout ça. Le Suprême l’a dit lui-même, paraît, qu’y avait plus de lettres à l’école – invención del Presidente, qu'on dit.
Donc les lettres, les notes, on met plus, c’est fini. Trop discriminatoire... Alors maintenant, que j’demande à la donzelle, comment tu sais si ça passe ou pas ? Ah mais non, Roberto, t’as pas compris... maintenant tout le monde passe, c’est obligé... Tout le monde promu, hop ! En voiture Simone pour jusqu’à la Universidad, où là non plus t’as pas de prérequis chiatiques qui te laisseraient sur le carreau douze mecs sur dix. Tu bouffes tes années, promues automatiquement, pis tu passes à l’Uni sans besoin de rien d’autre que tes petites jambes pour aller jusque là, pis après t’as tes diplômes, grâce aux exas que tu réussis haut la manoille avec le prof à tes côtés qui te montre bien où faut mettre les réponses justes. Tous au même niveau, dans le même bateau... même les ceusses des scolastiques privées qui coûtent la peau du cul. C’est beau la révolution, pas ?

Alors voilà. Moi, comme j’ai toujours le vilain esprit, tu me connais, je me demande si y’aurait pas comme qui dirait une espèce de lien de cause à effet que les profs les laissent tous passer, les macaques, vu que c’est leurs parents qui vont ensuite les évaluer, rapport à la loi des Communes que je t’ai dit l’autre jour... Tu vois pas qu’un mioche passe pas son année et que son père te retourne à la maîtresse une incapableté de poursuivre sa grande carrière dans le vernissage des ongles... Chiotte ! toutes ces années d'études perdues pour si peu... autant fermer sa gueule et tout laisser passer en attendant la retraite...

Reusement qu’en cas de pépin, c'est ça qu'est bien à Vételgeuse, la maestra, pour peu qu’elle soit calibrée tout bien comme il faut, a toujours la possibilité de se reconvertir en ballerine à clins d'yeux pour étrangers esseulés, ça permet au moins de rebondir sur les fesses...



Saludos et à la proxima vez, Robby.